Alors que le XV de France s’apprête à affronter l’Angleterre dans le cadre du Tournoi des 6 Nations, il devra également faire face au public de Twickenham qui entonnera à n’en point douter le fameux « Swing low, sweet chariot » pendant la rencontre. Mais au fait, d’où vient ce chant bien connu ? Un compositeur incertain, les Nazis qui s’en mêlent… voici l’origine et l’histoire de « Swing low, sweet chariot », le chant des supporters de l’Angleterre.
« Swing low, sweet chariot » : une origine incertaine
Ce qu’il y a de bien avec un bon vieux « Allez les Bleus », c’est qu’il est certes très rudimentaire et simpliste, mais il est aussi sans ambiguïté. Que ces Bleus aillent, et tout le monde sera content, en somme. Un chant sans aucune autre dimension, même si feu Johnny Hallyday et Catherine Lara ont bien essayé de compliquer l’affaire en 2002. Et que le slogan en lui-même a une histoire mouvementée.
Pour ce qui est de l’origine du chant, elle est en revanche difficile à tracer. Tout comme l’est l’origine du « Swing low, sweet chariot », dont on sait néanmoins qu’il a dû traverser l’océan Atlantique pour atterrir dans les tribunes de Twickenham.
Beaucoup s’accordent en effet à attribuer la chanson à Wallace Willis (et sa fille Minerva), un esclave affranchi afro-américain, accueilli par la nation Choctaw (originaire du sud des États-Unis actuels), qui l’aurait composée au début des années 1860.
Une origine toutefois incertaine selon Arthur Jones, professeur d’histoire de la musique à l’université de Denver : « Il existe de nombreuses occurrences de cette chanson en tant que chanson d’esclaves dans la tradition orale. Il est probable que Wallace Willis l’ait apprise ainsi. »
Le premier enregistrement connu de « Swing low, sweet chariot » date en tout cas de 1894 et est l’œuvre du Standard Quartette.
De l’Amérique à Twickenham, le chariot traverse l’océan
« Swing low, sweet Boeing 747 » aurait probablement rendu la tâche moins ardue. Mais que voulez-vous, il a bien fallu faire avec les moyens de l’époque. Toujours est-il que le « Swing low, sweet chariot », quelque part pendant le XXe siècle, a réussi à trouver le chemin de l’Angleterre. Peut-être porté par les voix des artistes d’envergure qui l’ont repris tour à tour, Dolly Parton, Joan Baez ou encore Johnny Cash pour ne citer qu’eux.
Et là encore, l’histoire n’apporte pas vraiment de réponse définitive sur la date d’arrivée du fameux chant dans les tribunes du temple du rugby. On la situe dans les années 1960, soit un siècle après sa supposée composition.
On en retrouve en effet mention dans un article du magazine Tatler datant de novembre 1966, décrivant les centaines de supporters anglais entonnant « Swing low, sweet chariot » en cœur dans les pubs du quartier de Twickenham.
Depuis, la chanson a fait le tour du monde dans les bagages des fans du XV de la Rose, et rares sont ses rencontres où on ne l’entend pas. Qu’on l’aime ou non !
Un chant controversé, banni par les Nazis
Connaissez-vous le point commun entre la RFU (Rugby Football Union, la fédération anglaise) et le 3e Reich ? Posée comme ça, la question est un peu bizarre, on vous l’accorde. Réponse : les deux ont tenté ou envisagé de bannir « Swing low, sweet chariot ». Heureusement, les similitudes s’arrêtent là.
En 1939, les Nazis ont apparemment essayé d’éliminer toute une liste de morceaux composés, joués ou chantés par des artistes juifs, ou qui ne correspondaient pas à leur vision du monde. On ne tentera évidemment pas de rationnaliser le procédé…
Bien des années plus tard, la RFU a elle aussi considéré la possibilité d’essayer de bannir le « Swing low, sweet chariot » de ses tribunes, estimant que l’appropriation du chant était de mauvais goût en raison de ses origines.
Maro Itoje avait lui-même avoué que le chant le mettait « mal à l’aise » bien qu’il n’ait à l’époque pas plaidé pour qu’il soit interdit de séjour à Twickenham. Ce qui aurait d’ailleurs été impossible.
« Vous ne pouvez pas contenir quelque chose qui possède une si grande force culturelle. Il faut la partager et même si vous ne voulez pas qu’elle soit partagée, elle le sera », expliquait Arthur Jones dans les colonnes du Guardian.
Et on ne doute pas que les supporters anglais partageront à nouveau le « Swing low, sweet chariot » lors du Crunch, samedi dès 17h45.
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