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Une prestigieuse bibliothèque de Paris au cœur d’une mystérieuse affaire de disparitions de livres rares

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Des livres rares, de mystérieuses disparitions et un drame… La mère de l’ancienne directrice adjointe de la bibliothèque Jacques-Doucet (5e), qui abrite notamment des originaux de Rimbaud, Verlaine ou Mallarmé, doit comparaître vendredi 14 février 2025 devant le tribunal correctionnel de Paris pour des soupçons de recel d’œuvres rares. Une affaire ténébreuse qui a éclaboussé l’institution nichée place du Panthéon et qui a tragiquement conduit, en octobre 2022, au suicide de la fille de la prévenue, Sophie Lesiewicz.

Un legs entreposé dans un garde-meubles

« L’affaire Doucet » a été mise au jour en octobre 2022 dans une enquête de Victor Castanet publiée dans Le Monde. Selon le quotidien, le legs à la bibliothèque de 15 000 à 20 000 manuscrits et livres précieux par le bibliophile Jean Bélias, après son décès en 2010, a été entaché d’erreurs.

Alors que la règle commande de procéder à un inventaire exhaustif et minutieux du legs, rien n’est fait entre 2010 et 2014, a ainsi relaté le quotidien. Que s’est-il passé durant ces années ? Qui est entré dans l’appartement où le défunt conservait « une cathédrale de livres » rares et précieux ?

En 2014, les livres du legs Bélias sont stockés dans un garde-meubles. Le Monde révèle qu’un marché est passé avec un libraire « en dehors de tout cadre légal » pour échanger des livres de la collection Bélias contre d’autres susceptibles d’enrichir celle de Doucet.

Des employés de Doucet confient au quotidien avoir vu Sophie Lesiewicz quitter la bibliothèque avec « des sacs remplis à ras bord » de livres.

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Des pièces retrouvées dans des ventes publiques

Excédés, des salariés rédigent en mars 2018 un rapport à la chancellerie des universités de Paris (qui gère la bibliothèque) et au ministère de l’Enseignement supérieur. Ils évoquent un trafic de livres et des disparitions inquiétantes d’ouvrages rares. Inquiètes, des familles de donateurs écrivent à leur tour au recteur de la chancellerie. Parmi les signataires, on trouve les filles du poète Francis Ponge et du peintre Nicolas de Staël.

Des pièces de la collection Jean Bélias apparaissent dans des ventes publiques. Certains lots, dont une eau-forte de Chagall et un portrait d’Erik Satie par Jean Cocteau, sont vendus au nom de Marie-Christine J., 76 ans, la mère de Sophie Lesiewicz aujourd’hui sur le banc des prévenus.

Un fonds exceptionnel

La bibliothèque Jacques-Doucet a été créée au début du XXe siècle par Jacques Doucet, un couturier mécène et collectionneur, ami d’André Suarès, proche d’André Breton et Louis Aragon. Elle abrite les fonds des plus grands écrivains français, de Charles Baudelaire à Jean Echenoz.

Dans les rayonnages, on compte plus de 140 000 manuscrits originaux, 50 000 livres imprimés enrichis, 800 revues littéraires et poétiques, plus d’un millier de reliures d’art, des photographies, des peintures, sans compter des dessins de Picasso ou des estampes de Braque, Miró et Chagall ainsi que des objets mobiliers d’écrivains.

Depuis « l’affaire », des épreuves corrigées du « Poète assassiné » de Guillaume Apollinaire, des correspondances du philosophe Henri Bergson ont été achetées, se félicite la bibliothèque sur son site.
Le typographe, écrivain et éditeur hongrois Paul Nagy a donné ses archives, et d’autres fonds poursuivent leur enrichissement comme ceux de Bernard Noël, André Breton ou Max Jacob.

Au lendemain de la publication de l’enquête du Monde, Sophie Lesiewicz, principale mise en cause, se suicide. Avant ce drame, elle avait dénoncé le « harcèlement » dont elle aurait été la victime de la part d’une « clique » d’employés de la bibliothèque. La bibliothèque ferme aussitôt et le restera jusqu’en septembre 2023.

Animée par une nouvelle équipe, l’institution souhaite mettre « l’affaire Doucet » derrière elle. Tandis qu’un travail de récolement (un inventaire complet et précis des collections) est toujours en cours, les acquisitions ont repris. 

À charge désormais au tribunal de déterminer ce qui s’est passé entre 2011 et 2022 au sein de cette bibliothèque aussi discrète que prestigieuse.

avec AFP



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