Home Est un rapport tire la sonnette d’alarme, le directeur répond

un rapport tire la sonnette d’alarme, le directeur répond

80
0



Jeudi 23 janvier 2025, la Chambre régionale des comptes (CRC) a publié son rapport sur la gestion du CHRU de Nancy. Ses auteurs, qui s’appuient sur les exercices financiers de 2018 et suivants, mettent l’accent sur une « situation financière dégradée » et vont jusqu’à s’interroger quant à la capacité de l’établissement à financer son projet de nouvel hôpital.

Contacté par Lorraine Actu, Arnaud Vanneste, directeur général du CHRU de Nancy, a accepté de faire le point sur la situation.

Le bâtiment Philippe Canton fragilisé ?

La première incertitude évoquée par la CRC concerne le bâtiment Philippe Canton. Construit en 2007 dans le cadre d’un partenariat public-privé, le site a présenté diverses anomalies dix ans plus tard. Notamment des fissures. « Une expertise judiciaire a été mandatée. Le rapport de l’expertise technique a montré qu’il n’y avait pas d’inquiétude à avoir quant à la robustesse du bâtiment, mais que des travaux correctifs devaient tout de même être menés », indique M. Vanneste.

Les travaux sont presque terminés. Le rapport de la CRC mentionne que « les conclusions de l’expertise s’avèrent rassurantes ». Cependant, la chambre note que ces conclusions « ne concernent que les défauts apparents du bâtiment et que l’établissement n’a pas fait d’étude sur sa longévité et sa capacité à supporter des modifications ». 

La chambre s’inquiète que la construction d’un nouvel hôpital, prévu pour entrer
en service dans une dizaine d’années, avec la création de bâtiments censés durer plusieurs dizaines d’années, prenne partiellement appui sur un bâtiment fragilisé. Une telle articulation pourrait nécessiter de nouveaux travaux à une échéance bien inférieure à ce qu’il est possible d’attendre de la construction d’un nouvel hôpital. La chambre invite le CHRU à faire réaliser une expertise sur la longévité du bâtiment Philippe Canton.

Chambre régionale des comptes

Pour Arnaud Vanneste, « il est impossible à date de savoir si un bâtiment vieillira bien ou non, car cela se voit avec le temps ». Il ajoute par ailleurs que les magistrats financiers n’ont pu disposer de tous les éléments sur ce dossier puisque le rapport de l’expertise judiciaire date d’octobre 2024 et que celui de la CCR était alors déjà clôturé.

Vidéos :

Le futur nouvel hôpital du CHRU de Nancy va coûter plus cher que prévu

L’autre point qui inquiète la CRC porte sur la soutenabilité financière du projet de nouvel hôpital, d’autant plus depuis que l’on sait qu’il va coûter plus cher que prévu.

Malgré l’augmentation du coût de l’investissement, l’Agence régionale de santé (ARS) n’envisage pas d’augmenter sa participation au financement du projet. Dès lors, au regard de la difficulté de l’établissement à retrouver une activité comparable à celle antérieure à la crise sanitaire et à sa situation financière, la chambre s’inquiète du choix de l’établissement de ne pas modifier davantage son projet de construction afin d’en diminuer le coût. Si aucune aide complémentaire n’est accordée à l’établissement, la chambre doute de sa capacité à parvenir à financer un tel projet.

Chambre régionale des comptes

Les auteurs notent que les ventes des bâtiments inutilisés après le rapatriement de toutes les spécialités à Brabois « ne constitueront qu’une petite partie du financement du projet ». Ils indiquent par ailleurs que le coût de démolition de l’hôpital adultes et de l’hôpital d’enfants « n’est pas inclus dans le montant du projet ».

Ce que conteste Arnaud Vanneste. Concernant l’hôpital adultes, il indique : « La démolition de la barre a bien été ajoutée à la trajectoire financière, mais comme une dépense d’exploitation ». Et pour ce qui est de l’hôpital d’enfants, il précise que celui-ci ne sera pas démoli, mais rénové pour accueillir le pôle administratif. Plus globalement, en raison de l’évolution du prix de la construction et des différentes crises, le centre hospitalier a dû revoir sa copie et ainsi abandonner certains projets

Le développement de l’ambulatoire : une perte financière pour le CHRU de Nancy

Comme mentionné précédemment, la Chambre régionale des comptes pointe du doigt le fait que le CHRU, concernant son activité, « peine à retrouver son niveau d’avant crise », c’est-à-dire avant le Covid-19.

Des propos qui sont « à nuancer » d’après M. Vanneste. Et pour cause, il assure que ce sont les modalités de prise en charge qui ont changé. Les difficultés liées au recrutement d’infirmiers, aussi mises en avant dans le rapport, obligent par exemple à fermer un certain nombre de lits. Et ce, même si la situation tend à s’améliorer. « En janvier 2023, 130 postes étaient vacants, 120 en 2024 et 90 en 2025 ». Du mieux donc, même si cela ne permet pas de revenir au niveau d’avant crise où « seulement » 50 postes étaient vacants.

Autre point qui a son importance : le développement de l’ambulatoire, qui a des conséquences financières. « On reçoit beaucoup plus de patients en ambulatoire et moins en hospitalisation complète ». Si notre interlocuteur reconnaît que c’est « mieux en termes de qualité pour les patients », cette orientation vers la médecine moderne fait perdre de l’argent aux hôpitaux. Là où une hospitalisation complète coûte entre 3 500 et 5 000 euros, celle de jour est plutôt comprise entre 600 et 800 euros. Une différence conséquente.

La dette du CHRU inquiète la Chambre régionale des comptes

Enfin, la CRC se penche sur la « capacité d’autofinancement » et sur la dette du CHRU. Si le discours est plutôt alarmant, Arnaud Vanneste se veut lui rassurant. « Aujourd’hui, le CHRU fait partie des CHU qui sont soit bénéficiaires, soit peu déficitaires. Quand on prend les résultats financiers, on est autour de l’équilibre financier ».

Bien qu’une amélioration des indicateurs soit observée, les ratios d’endettement restent dégradés. La dépendance financière de l’établissement est supérieure à 50 %, le poids de la dette représente plus de 30 % des produits de l’année et la durée apparente de désendettement repasse au-dessus des 10 ans en 2022, ce qui oblige l’établissement à solliciter une autorisation préalable de l’ARS pour recourir à l’emprunt.

Chambre régionale des comptes

Bien entendu, l’objectif est que le CHRU soit un jour bénéficiaire. « Le travail mené entre 2015 et 2019 a permis d’aboutir à un redressement financier », ajoute notamment le directeur général.

Une dette évaluée à 580 millions d’euros en 2035

Comme c’est le cas pour de nombreuses autres structures et institutions, le CHRU n’est pas en mesure aujourd’hui « de produire une trajectoire financière stable ». La faute aux incertitudes, à un gouvernement qui change régulièrement et à l’absence de budget.

L’établissement va toutefois profiter des aides, à savoir 420 millions d’euros pour le nouvel hôpital et 140 millions pour alléger la dette, dont une partie a déjà été touchée. « On va profiter de toutes ces aides, car sans cela, on ne pourrait pas porter le projet. Notre plan de financement, ce sont justement toutes ces aides et le recours à l’emprunt. Le CHRU a commencé à se désendetter à partir de 2016 », précise notre interlocuteur.

Ainsi, la dette devrait atteindre les 320 millions d’euros en 2028. Après un recours à l’emprunt, pour financer le reste des travaux, la dette sera de 580 millions d’euros en 2035. « C’est ce montant que l’on ne doit pas dépasser », termine Arnaud Vanneste.



Source link

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here