Un moniteur d’auto-école « un peu trop cool » de Nort-sur-Erdre (Loire-Atlantique) a été jugé ce mardi 4 mars 2025 par le tribunal correctionnel de Nantes (Loire-Atlantique) pour « agression » et « harcèlement » sexuels sur dix jeunes filles qui prenaient des cours de conduite avec lui.
Loire-Atlantique : un moniteur d’auto-école jugé pour agression sexuelle
Il avait par exemple tendance à mettre la main « sur le genou » de ses élèves « pour accélérer sur la 2×2 voies » ou à leur « chatouiller le ventre » pendant qu’elles conduisaient pour les « déstresser ».
Il leur apprenait aussi « la technique du câlin au passager » pour « apprendre à faire un créneau » ou faire une marche arrière.
Cet homme marié de 36 ans « exigeait » également d’être embrassé à la fin du cours par ces jeunes filles, âgées de 15 à 25 ans, qu’il surnommait « Ma chérie », « Mon cœur » ou « Darling ».
L’une des victimes, à l’époque lycéenne de 17 ans et aujourd’hui étudiante en médecine, avait toutefois remarqué qu’il devenait « très froid » et « très sec » quand elle lui parlait de son petit ami.
Un autre adolescente, qui avait 15 ans au moment des faits, trouvait elle « bizarre » qu’il lui « demande un livre de romance ».
La première plaignante avait pour sa part 17 ans et trois heures de conduite derrière elle. Cette dernière avait trouvé son comportement « déplacé » quand il lui avait « dit « Je t’aime » à l’oreille » alors qu’ils faisaient route vers Blain (Loire-Atlantique).
Le moniteur d’auto-école avait aussi consulté sa photo sur les réseaux sociaux et l’avait trouvée « stylée » ; il lui avait aussi enseigné « la fameuse manœuvre pour apprendre à faire des créneaux » devant l’église de Blain, a relaté la présidente du tribunal correctionnel de Nantes.
Il faisait des « chatouilles sur le ventre » pendant qu’elles conduisaient
Surtout, cette adolescente avait trouvé « bizarre » qu’il veuille lui « faire la bise » après leur cours de conduite et que sa tête n’ait « pas bougé » au point que leurs bouches soient « très proches ».
Cette « coquine » – comme il l’avait surnommée « à deux reprises » dans l’habitacle – s’en était donc ouverte à ses parents.
Ces derniers s’étaient alors chargés de prévenir le directeur de l’auto-école Bellamy, où il travaillait.
« C’est alors que les langues vont se délier et que d’autres vont parler », a expliqué la présidente du tribunal correctionnel de Nantes.
Une adolescente de 16 ans « un peu timide » de son propre aveu, avait ainsi raconté avoir été « chatouillée sur le côté du ventre » alors qu’elle avait « accessoirement un volant entre les mains et un accélérateur sous le pied » a rappelé la présidente du tribunal correctionnel de Nantes.
Un jour, en fin de journée, il avait même « demandé à visiter le logement » d’une autre victime, âgée elle de 17 ans.
Il propose un « Mc Do » à une victime
Il était ensuite reparti de l’appartement mais était resté en contacts avec elle par messages interposés.
« Est-ce que tu es toujours habillée ? », lui avait-il finalement demandé. Interrogé sur le motif de cette question, le prévenu lui avait répondu qu’il voulait venir « fumer une cigarette » chez elle car il devait ensuite « aller chercher du pain aux Touches (Loire-Atlantique) » alors que toutes les boulangeries étaient pourtant fermées à cette heure-là.
Le prévenu l’avait finalement raccompagnée chez elle après lui avoir « proposé un Mc Do » – qu’elle avait « refusé » – puis l’avait « prise » et « posée » sur une armoire électrique avant de « l’embrasser sur la bouche » et « dans le cou »
. Il lui avait « touché les fesses par-dessus les vêtements » avant qu’elle ne s’exfiltre en prétextant avoir « un contrôle le lendemain ».
Cet épisode lui vaut d’être poursuivi pour « agression sexuelle », même si la jeune fille n’a pas porté plainte : elle était « parfaitement consentante » et « à la veille de ses 18 ans », a-t-il insisté.
« Aux garçons aussi, vous leur faite des papouilles ? »
Reste que son épouse et mère de ses deux enfants de 3 et 7 ans a été « blessée » par cette « tromperie » ; elle reste néanmoins « un soutien indéfectible » même si ce n’était « pas possible » qu’elle soit présente à ses côtés au Palais de justice de Nantes ce mardi 4 mars. « On prend le temps d’en discuter, j’ai été transparent avec elle », a ajouté le prévenu.
Un seul garçon avait été interrogé au final par les gendarmes en charge de l’enquête et a été « surpris » de la révélation de ces faits : lui n’a « pas subi de tels agissements » de la part de ce moniteur « qui rend les choses ludiques ».
Mais cet « entourloupeur » était « très tactile », avait grincé au contraire une collègue « qui ne l’apprécie pas du tout » et qui « espérait qu’un jour ça se retourne contre lui ».
Une « certaine dangerosité »
Actuellement en arrêt-maladie, le prévenu est aussi « prétentieux » et « trop copain-copain avec les élèves », l’avait décrit un collègue masculin.
Le psychiatre qui l’a examiné dans le cadre de l’expertise judiciaire a vu en lui une « certaine dangerosité » au vu de ses « multiples transgressions » et sa « nette tendance à la manipulation et à la séduction ».
« Il se présente comme une victime de harcèlement scolaire, de l’absence de son père et de l’incompréhension de l’institution judiciaire », a-t-il résumé.
« Je me pose la question de ma maturité et de mon âge mental : il y a une dichotomie importante entre mon comportement très puéril et mon âge », a admis à la barre cet homme de 36 ans jusqu’alors inconnu de la justice.
« Aux garçons vous leur faites aussi des papouilles ? Vous leur grattez le ventre ? Vous leur dites qu’ils ont de jolis cheveux ? », l’a toutefois taclé une des assesseures de la présidente.
« La cervelle d’un adolescent dans le corps d’un homme »
« A première vue on pourrait croire à des goujateries et à un comportement lourd, mais lorsqu’on additionne toutes ces petites gouttes d’eau, on s’aperçoit qu’on est sur quelque chose de systémique », a déclaré pour sa part l’avocat d’une victime, la seule jeune fille à s’être constituée partie civile.
« On a l’impression qu’il a la cervelle d’un adolescent dans le corps d’un homme. » Pour les préjudices de sa cliente, il a donc demandé 1.500 € de dommages et intérêts.
Pour des faits « laids » et « inquiétants », le procureur de la République a lui requis dix-huit mois de prison avec sursis probatoire : ce dossier « assez dérangeant » illustre combien cet homme « inséré socialement » a « pris goût à une forme de transgression ».
La « connotation sexuelle » de ses gestes est aussi « évidente », du point de vue du représentant du parquet.
Une interdiction de recontacter les victimes et d’exercer son activité pendant cinq ans a donc été également réclamée, tout comme une inéligibilité de cinq ans et une inscription au Fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles (FIJAIS).
L’avocat de la défense a lui commencé par critiqué l’enquête des gendarmes. « Comme souvent dans les dossiers de magnétiseurs, de masseurs et de kinésithérapeutes, ils prennent l’agenda et appellent les clients », a expliqué Me Mégan Lépinay.
Jugement en délibéré
« Or, si 100 personnes avaient été entendues, le dossier serait bien différent : on aurait 10 personnes qui se plaignent et 90 qui disent qu’il est sympa et jovial… Mais cela n’a pas été le choix des enquêteurs et du parquet, qui ont préféré mettre en lumière ce qui ne va pas : seuls trois garçons ont été appelés, dont deux qui n’ont pas donné suite. »
Or son client a bien eu un « comportement inapproprié » avec le seul garçon interrogé puisque « lui aussi a été invité au restaurant » a fait observer l’avocat de la défense.
« Donc mille fois oui mon client a un comportement gênant, lourd, pas professionnel, tout ce que vous voulez… mais c’est une relaxe que je plaide », a-t-il conclut.
« Ce n’est pas mon client qui la demande, mais moi, en tant que juriste et avocat, je détricote tout ça et je vois que les infractions [d’agression et harcèlement sexuels, ndlr] ne sont pas caractérisées. »
Le tribunal correctionnel de Nantes, qui a mis son jugement en délibéré, rendra sa décision dans deux mois. Le prévenu encourt théoriquement jusqu’à sept ans de prison.
GF (PressPepper)
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