« La vocation de maire se raréfie ». C’est par cette réflexion que Me Audrey Babin, avocate du maire de Saint-André-des-Eaux (Loire-Atlantique), Mathieu Coënt, a commencé sa plaidoirie de partie civile le jeudi 30 janvier 2025 au tribunal correctionnel de Saint-Nazaire : « Ces trois dernières années, 1 424 maires ont démissionné de leur fonction ». Le procès opposait le premier élu à un homme de 41 ans, sédentarisé à Vertou, mais qui, le 11 juillet 2024, avait repris sa caravane avec femme et enfants, pour passer quelques jours avec sa famille.
Le maire ? « On croyait que c’était le gardien du stade ou un riverain… »
Selon l’instruction, depuis le matin, les familles cherchaient un terrain d’accueil, et après plusieurs tentatives infructueuses dont une à La Baule, s’étaient « rabattues » sur les terrains de football de Saint-André-des-Eaux.
Lors de l’audience, le premier élu a déclaré : « Je sortais d’un bureau municipal, j’ai décliné ma fonction dès que je me suis présenté, et j’ai vite ressenti une grande nervosité ».
Il est formel, c’est le prévenu qui, entouré d’une quinzaine de personnes, lui a dit :
« Si tu restes là, tu vas te prendre un coup de poing. »
« Il se trouvait à environ 50 cm de moi et a mimé le geste », ajoute Mathieu Coënt.
« En aucun cas, il ne m’a dit qu’il était le maire, on croyait que c’était le gardien du stade ou un riverain… », conteste l’intéressé.
Deux portails fractionnés
En cette fin de journée, il pleuvait, et l’édile a compris que pour les familles, délogées d’Escoublac, il y avait une extrême nécessité de se poser… mais pas dans l’illégalité.
Sur le banc des victimes, il déclare : « Je leur ai dit qu’ils devaient aller sur le terrain d’Herbignac, ils m’ont répondu que ce n’était pas possible ».
L’élu déplore leurs façons d’agir :
« Un portail a été dégradé, les caravanes sont entrées par un terrain en herbe. Après avoir déplacé un véhicule, ils ont fractionné un second portail pour se loger sur un autre terrain en herbe. »
Me Audrey Babin prend la relève : « Monsieur le Maire est arrivé seul, et a agi avec dignité dans le cadre de sa fonction d’officier de police judiciaire qu’il a tout de suite déclinée. Il a senti un climat d’énervement, ne pouvant pas sortir son téléphone ». Elle précise qu’en raison de la proximité, il était en mesure de reconnaître celui qui l’a menacé.
Me Babin défend également les intérêts de la commune : « Les caravaniers sont restés là pendant quinze jours. Si le prévenu reconnaît les dégradations illicites mais pas tout seul, il n’en est pas moins responsable ».
« À lui », ajoute-t-elle, s’il est jugé coupable puisque le jugement sera rendu le 27 février, « de se retourner contre les autres responsables ».
La procureure ne doute pas des menaces proférées :
« Monsieur le Maire l’a formellement identifié. »
Devant ces faits à l’encontre d’une personne ayant autorité publique, doublés d’une atteinte à la collectivité puisqu’il y a eu détérioration et utilisation des terrains de football, elle requiert trois mois de prison avec sursis, une amende de 2 000 € et une interdiction de paraître à Saint-André-des-Eaux pendant trois ans.
Réquisitions « excessives »
De l’autre côté de la barre, Me Franck-Olivier Ardouin s’insurge et plaide la relaxe pour les menaces : « Il s’est peut-être présenté comme maire, mais pas à mon client, qui affirme n’avoir jamais haussé le ton ». Et d’ajouter : « Vous devez vous en tenir à ce qu’il y a dans le dossier et il ne peut embrasser la totalité de la poursuite ».
Il estime : « Les peines excessives prononcées n’ont pas lieu d’être. »
Mentionnant qu’un portail a été redressé sans frais, l’avocat de la défense tance :
« Mon client a l’impression qu’on essaie de faire de l’argent sur son dos. »
Jusque-là, le prévenu avait deux mentions à son casier pour des infractions routières.
Il sera fixé sur son sort le 27 février.
La partie civile sollicite 400 € pour le préjudice moral du maire et de sa famille, et 1 200 € de frais d’avocat. Elle a demandé également 2 000 € de préjudice matériel, 1 000 € pour le déficit d’images et 800 € de frais de justice pour la commune de Saint-André.
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