Home Faits Divers un énième naufrage, mais un premier… sauvetage !

un énième naufrage, mais un premier… sauvetage !

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Dans la matinée du 6 février 1871, La Sèvre, transport de troupes transformé en navire-hôpital, appareille de Saint-Malo à destination de Cherbourg. A bord, 113 hommes d’équipage et 40 passagers, principalement des militaires blessés lors des combats avec les troupes prussiennes qui sont alors présentes en France.

Trois-mâts mixte voile vapeur plutôt récent (construit à Nantes en 1857), La Sèvre est de l’avis général un mauvais bateau, difficile à gouverner, tenant mal la mer, et doté d’une machine trop faible de 120 cv. Mais ce jour-là, la mer est plutôt bonne, la brise de sud-ouest est favorable, et le cabotage vers Cherbourg ne devrait pas s’avérer compliqué.

En un quart d’heure

Dans l’après-midi cependant, la brume arrive et s’épaissit rapidement. Ayant repéré la baie de Vauville, le capitaine met le cap au nord-nord/est vers le nez de Jobourg, puis au bout d’une heure, pensant avoir doublé le cap de la Hague, met plein est pour rejoindre Cherbourg. Mais la vigie aperçoit bientôt des brisants. Le capitaine fait stopper le bateau pour sonder. Le courant s’empare alors de La Sèvre pour le jeter sur les roches de la Foraine, 1 mille au sud-ouest de Goury. Immédiatement, l’eau s’engouffre par la brèche ouverte dans la coque en acier : en un quart d’heure, le bateau sombre.

Beaucoup d’hommes se réfugient dans la mâture. Fragilisés, le mât d’artimon puis le grand mât se brisent net, jetant à l’eau les hommes dont la plupart se noient. Une vague emporte le commandant du navire, tandis que le médecin meurt broyé entre un canot et le bord du navire. Car malgré la panique, trois embarcations ont quand même été mises à l’eau, à bord desquelles plusieurs dizaines d’hommes ont réussi à prendre place et rejoindre la terre ferme (deux des trois embarcations vont dériver jusqu’à Cherbourg).

Le cap de la Hague, avec son phare, a souvent été le théâtre de terribles naufrages. ©Archives La Presse de la Manche.

A rames forcées

Il est 8 heures du soir quand un habitant de la commune, entendant des cris de détresse en provenance de la mer, court avertir Jean-Louis Fabien, le patron du canot de sauvetage qui réunit son équipage au plus vite. Le canot L’Espérance est mis à l’eau sans tarder.

Brume, courants, récifs : Jean-Louis Fabien, le patron de L’Espérance, dirige habilement son embarcation au milieu des dangers, vers les cris qui se font toujours entendre au large. A rames forcées, le canot arrive sur la zone du naufrage au bout d’une heure d’efforts. De La Sèvre, on n’aperçoit plus que le mât d’artimon : tout le reste du bateau est déjà immergé.

« 21 hommes étaient réfugiés sur la hune. Ce furent les premiers sauvés, non sans de grandes difficultés, car il fallait les descendre avec une corde, et le canot, ballotté par les vagues et le ressac était tout à fait instable. Ce mât, par ses craquements, menaçait à chaque instant de tomber, comme les premiers, et d’écraser par sa chute, le bateau sauveteur »

Michel d’Annoville, président du Comité de sauvetage, dans son rapport. 
Dans les greniers de la station SNSM de Goury, les panneaux récapitulant les sauvetages de la station. En haut du premier panneau, La Sèvre.
Dans les greniers de la station SNSM de Goury, les panneaux récapitulant les sauvetages de la station. En haut du premier panneau, La Sèvre. ©Frédéric Patard/La Presse de la Manche.

Encore 9

Les naufragés sont transbordés de L’Espérance sur les canots de pêche qui eux aussi sont partis de Goury pour porter secours à La Sèvre. Sur l’épave, il reste encore  9 hommes accrochés à la hune du grand mât tombé en travers de l’épave, « tous exténués d’une lutte héroïque de 3 heures contre les éléments, la plupart blessés grièvement » note Michel d’Annoville. Intrépide, L’Espérance retourne une seconde fois sur la zone du naufrage pour chercher ces 9 derniers survivants. Tous sauvés.  

A Goury, les naufragés sont pris en charge aussitôt par les villageois. Le lendemain, L’Espérance sort encore en mer à deux reprises pour tenter de récupérer des corps. Le naufrage de La Sèvre se solde finalement par la mort de 55 personnes. Mais le courage de l’équipage du canot a permis de sauver 30 vies.

Première pour Goury

Le sauvetage de La Sèvre est le tout premier sauvetage effectué par la station de Goury, créée en 1868.

L’équipage du canot L’Espérance est le suivant :

Patron : Jean-Louis Fabien. Secrétaire : François Lehardelay. Brigadier (second du patron) : Désiré Lavenu. Canotiers : Jean-Baptiste Hue, Henri Pezet, Jean-Baptiste Picquot, Jean Bonnissent, Charles Hue, Eugène Fontaine, Charles Lavenu, Pierre Pasquier, Pierre Jean, Jean-Louis Lefrançois.



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