Depuis 2017, il est possible de faire changer son prénom dans sa mairie de naissance ou de résidence. Une procédure simplifiée et indispensable pour les personnes transgenres qui peuvent ainsi éviter de vivre sous une identité qui ne leur correspond pas.
Cependant, à Metz (Moselle), les personnes transgenres disent se heurter à un mur lors de cette formalité. Le collectif messin Trans’Gressif, qui milite en faveur des droits trans, accuse la mairie d’une « maltraitance institutionnelle organisée, qui piétine [leurs] droits et nie [leur] existence ».
Des refus de changement de prénom injustifiés à Metz, selon le collectif
Suite à un appel à témoignages aux personnes transgenres ayant eu des difficultés à faire changer leur prénom à la mairie de Metz, le collectif Trans’Gressif alerte sur des refus injustifiés de changement de prénom, des exigences illégitimes, des renvois systématiques au procureur, des « propos déplacés ou transphobes » ainsi que des « délais absurdes ».
Comment changer son prénom en mairie ?
Il suffit justifier d’un motif légitime pour faire valider sa demande de changement de prénom. Dans la circulaire du 17 février 2017, concernant les motifs tenant à la « transsexualité » du demandeur, cet intérêt légitime est caractérisé par « la volonté de mettre en adéquation son apparence physique avec son état civil ».
Selon le collectif, en appliquant « abusivement » cette circulaire « contestée », le service état civil de Metz rejetterait les demandeurs dont le physique ne coïncide pas avec le genre du prénom souhaité. Les militants argumentent que le Code pénal interdit toute discrimination basée sur l’apparence physique. Ainsi, ces rejets seraient « discriminatoires et illégaux ».
Le « parcours du combattant » administratif à Metz
Concrètement, dans la lettre ouverte de Trans’Gressif adressée à la municipalité le 25 mars 2025, on apprend que Meryle aurait été dissuadée et mégenrée. Humiliée, elle aurait renoncé à sa démarche, « se contraignant ainsi à vivre sous une identité qui n’est pas la sienne ». Tryss, elle, n’aurait jamais pu entamer officiellement sa demande à cause d’un « véritable parcours du combattant » dans un « labyrinthe administratif ».
Un jeune homme aurait fait face à un « refus arbitraire » après que son futur prénom a été considéré comme un surnom. Il a ainsi dû porter son deadname, son nom actuel qui ne lui correspond plus, pendant une année universitaire. « À chaque cours, il devait expliquer, rectifier, se justifier. L’épuisement moral s’est installé », déplore le collectif. Finalement, sa mairie de naissance a accepté le changement de prénom.
« Le changement de prénom est censé être une protection »
Margaux, 23 ans et membre du collectif, témoigne pour Lorraine Actu des conséquences du refus de sa demande de changement de prénom, car considérée comme illégitime à cause d’un préjudice non établi. « Psychologiquement, c’était compliqué », se souvient-elle.
L’année scolaire était sur le point de commencer et son école n’avait pas de formulaire de prénom d’usage. Margaux a donc dû s’outer, révéler son identité de genre, auprès de l’équipe éducative, « ce qui aurait pu amener à des discriminations », soupire-t-elle. Elle plaide : « Le changement de prénom est censé être une protection à ces discriminations. »
Des accusations « graves et mensongères », répond la Ville
Suite à la publication de la lettre ouverte, la Ville de Metz a répondu à ces accusations, qualifiées de « graves et mensongères », via un communiqué de presse lundi 31 mars.
« Chaque dossier est étudié, sans a priori ni aucune discrimination, en commission avec plusieurs officiers d’état civil et l’adjointe chargée de l’état civil », déclare la municipalité, certifiant instruire une centaine de changements de prénoms chaque année.
Pour la Ville, ces témoignages ne constituent pas une preuve de dysfonctionnement généralisée. Elle se dit néanmoins ouverte à un dialogue constructif.
Source link