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tous les médecins sont salariés par la commune

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Au Sourn (Morbihan), village de 2000 habitants proche de Pontivy, il y a un pionnier en termes de solutions face à la désertification médicale. Ou presque. Le maire Jean-Jacques Videlo a lancé, en s’inspirant de La Ferté-Bernard (Sarthe), un centre de santé municipal. Le personnel est salarié par la commune.

Une solution idéale selon Jean-Jacques Videlo, avec lequel actu.fr s’est entretenu, et qui doit selon l’élu venir en complément du libéral pour éviter un désert médical. Depuis 2015, son modèle est entièrement financé et a fait des petits sur le territoire breton. Un exemple à suivre ? Le maire du Sourn nous raconte.

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Dans ce premier épisode, « Déserts médicaux : un médecin à tout prix », les rédactions d’actu.fr explorent les solutions mises en place par les élus municipaux pour lutter contre la pénurie de médecins.

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Actu : Au Sourn, le centre de santé est géré par la commune depuis 2015. Qu’est-ce que cela veut dire concrètement ?

Jean-Jacques Videlo : C’est la commune qui salarie les professionnels qui travaillent au sein du centre de santé, c’est-à-dire les médecins, les assistants médicaux et les secrétaires médicaux. Les médecins reçoivent un salaire, mais ils ne touchent pas le produit des consultations. Cela rentre dans un budget communal. Les médecins n’ont pas d’intéressement sur la partie « patient ». C’est la commune qui pilote la structure, qui organise le travail des uns des autres, mais la ville ne rentre pas dans les consultations, dans le cœur même du métier de médecin. Mais toute l’organisation, c’est-à-dire secrétariat, gestion, management, toute cette partie-là est prise en charge par la commune. La gestion de l’immobilier est également dans les mains de la commune. Les médecins, finalement, ne font que la partie médicale.

Quelles raisons vous ont poussé à recourir à ce modèle ? 

J-J.V : Ce n’était pas une contrainte, mais une opportunité. J’ai lu un article qui parlait de La Ferté-Bernard qui avait repris le modèle des centres de santé polyvalents. Eux avaient innové en ne faisant que de la médecine générale (aujourd’hui, ils sont polyvalents, NDLR). En pleine campagne électorale, j’ai rencontré le médecin et le pharmacien. Le médecin m’a dit qu’il voulait partir à la retraite dans 18 mois. Sauf que 80 % du chiffre d’affaires de la pharmacie provient de la prescription du médecin de la commune. Si le médecin s’en va, les gens vont aller à la pharmacie proche du futur cabinet médical. La pharmacie locale était en danger. Dans le même temps, on savait que 12 des 32 médecins de la communauté de communes allaient partir à la retraite dans les cinq ans.

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Une alternative pour proposer une offre de santé aux gens

Jean-Jacques Videlo
Maire du Sourn, commune du Morbihan

D’où la solution du salariat.

J-J.V : On se demandait pourquoi un médecin viendrait s’installer dans notre petite commune. Les médecins ne viennent pas parce qu’aujourd’hui, ils ne veulent plus se retrouver seuls. Or c’est ce qu’on leur proposait. Ils veulent travailler en équipe, ils veulent de la complémentarité, ils ne veulent pas gérer un cabinet. Le modèle de salariat était une alternative pour proposer une offre de santé aux gens.

Jean-Jacques Videlo, maire du Sourn (Morbihan). (©Pontivy Journal archives)

Cette solution est venue de la municipalité. Pourtant, ce n’est pas une prérogative du maire.

J-J.V : Avant tout, c’est une réflexion collective avec tous les élus. Il faut aussi savoir que les communes ont une clause de compétence générale : donc on peut toucher à quasi tout. La santé fait partie des devoirs de la mairie et des obligations du maire.

Est-ce que vous rattrapez les erreurs de ces dernières décennies en matière de politique de formation des médecins ?

J-J.V : J’aime bien taper sur l’État comme tout le monde. C’est pratique. Et oui, il y a eu une erreur de prévision de l’État. Mais dans les années 1970, on a formé énormément de médecins. Ce sont eux que l’on remplace aujourd’hui. On était dans une phase de croissance de la population, avec les baby-boomers, qui étaient jeunes et allaient moins chez les médecins. Et ce sont les médecins libéraux qui, en craignant la concurrence, ont mis en place le premier numerus clausus. À la fac aussi, ils n’étaient pas en capacité de former des médecins. Sauf que la population dans le même temps a vieilli et a eu des exigences de santé plus importantes. 

C’est le prix d’une arrivée du Tour de France.

Jean-Jacques Videlo
Maire du Sourn, commune du Morbihan

Certaines communes estiment que votre modèle est trop cher. 

J-J.V : On est excédentaire sur ce service. Au démarrage, oui, on a injecté de l’argent. Quand on a fait le cumul des sommes injectées entre 2015 et 2019, c’est 120 000 euros. Avec les excédents de 2019 à 2024, on aura récupéré ces 120 000 euros. Depuis 2019, ça ne coûte plus rien à la commune. J’ai envie de vous citer un chiffre : 120 000 euros, ça représente une arrivée du Tour de France. Certaines communes dépensent pour une arrivée d’étape du Tour de France l’équivalent de ce que nous, on a dépensé pour installer quatre médecins et soigner 4 000 personnes.

C’est juste un investissement de quelques années, donc ?

J-J.V : On a lancé d’autres centres de santé récemment, on est à peu près dans les mêmes zones, environ 150 000 euros sur une année. Et là, la deuxième année, déjà, ils arrivent à l’équilibre. Après, on a le savoir-faire. Aujourd’hui, on a une organisation pluricommunale avec trois centres de santé, deux antennes, 12 médecins (11 équivalents temps pleins) et on couvre 8500 personnes.

Un territoire attractif.

Jean-Jacques Videlo
Maire du Sourn, commune du Morbihan

Si vous n’aviez pas fait ça, vous seriez dans un désert médical ?

J-J.V : Je ne suis pas promoteur absolu du salariat. Mais je pense que c’est un système qui doit venir en soutien des difficultés du libéral. Si on ne l’avait pas fait, cela ne veut pas dire que le libéral se serait développé sur le territoire. On serait dans une situation encore plus tendue.

Sur ce modèle pluricommunal, ce sont uniquement des généralistes ?

J-J.V : Oui. Mais on travaille sur ce qu’on appelle des équipes de soins primaires, c’est-à-dire comment faire travailler les médecins généralistes salariés avec des professionnels libéraux, des kinés, des infirmiers, des pharmaciens. Ce modèle nous a permis de créer un microcosme. 

Et d’être attractif ? 

J-J.V : Aujourd’hui, notre commune est connue parce que d’un côté, on a des services de base, école, commerces de proximité. Et on a ce service de santé performant et pour nous, c’est notre marque de fabrique. Le fait d’offrir une qualité de soins sur le territoire, un système de santé robuste, c’est un élément d’attractivité pour les gens qui veulent investir. Et ils nous le disent. 

Quel genre d’investissements ?

J-J.V : Aujourd’hui, on a trois kinés sur la commune. On est en train de travailler avec une mutuelle pour monter un centre de santé dentaire. Sur une commune de 2000 habitants ! C’est exceptionnel pour nous.

Entretien réalisé le lundi 10 mars 2025.



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