Six prévenus dont une femme, âgés de 33 à 42 ans, ont été jugés début février au tribunal de Lille, pour escroquerie et recel en bande organisée. Les faits se sont déroulés il y a 15 ans au sein de la métropole lilloise. Dix-neuf véhicules ont été volés puis revendus à l’aide de faux administratifs, faisant une vingtaine de victimes. Deux prévenus ont déjà été condamnés en Belgique pour des faits similaires. Détails.
“C’était de l’argent facile.” : six prévenus jugés pour avoir revendu 19 voitures volées
En août 2010, un homme dénonce à la police de Lille une “escroquerie” et un probable “réseau de recel de vols”. Après avoir fait l’acquisition d’une nouvelle voiture un mois plus tôt, il remarque un “détail suspect” : le double de ses clés est différent et ne ressemble pas au modèle original. Il mène alors ses propres investigations sur les réseaux sociaux et découvre que son véhicule a été “volé par home jacking”.
La police ouvre donc une enquête en octobre 2010 et se rend compte qu’une procédure est déjà en cours à Douai (Nord) pour tenter de démanteler un “réseau de recel de véhicules”. Les procédures judiciaires fusionnent lorsque les policiers s’aperçoivent de “modes opératoires similaires” et de “points de concordance” entre les adresses IP et numéros de téléphone utilisés pour la vente des voitures.
Au total, les forces de l’ordre recensent 19 véhicules volés, puis revendus par six individus, dont une femme. Maintenant âgés de 33 à 42 ans, trois des six prévenus sont présents au tribunal de Lille et
deux d’entre eux ont déjà été condamnés en Belgique pour des faits similaires. Si certains se chargeaient de voler les véhicules par “home jacking”, d’autres “dérobaient des certificats d’immatriculation belges” pour les falsifier et “commander dans une concession française un double des clés pour ensuite voler” la voiture.
Puis, entreposés “dans toute la métropole lilloise”, les véhicules étaient maquillés avant d’obtenir leur nouvelle immatriculation. Les prévenus expliquent au tribunal un “trafic élaboré” où chacun avait un rôle précis. L’instigateur, âgé de 24 ans au moment des faits, explique s’être “chargé de la logistique”. C’est lui qui louait les boxes, demandait les immatriculations et postait les annonces de vente. Il prenait contact avec les autres individus, qui nettoyaient les véhicules ou jouaient le rôle des vendeurs grâce à de fausses pièces d’identité et faux papiers.
C’est le cas de sa conjointe et d’un autre homme dont “le physique imposant inspire confiance”. Au tribunal, tous reconnaissent et justifient leurs actes par un besoin d’argent : “C’était de l’argent facile. C’était une spirale.” Pourtant, ils déclarent “agir sous les ordres d’un autre individu” qu’ils n’auraient jamais rencontré.
Au terme d’une procédure longue et sinueuse, les trois prévenus présents éprouvent des regrets : “Je n’ai rien caché, aujourd’hui je regrette comme j’ai regretté en 2010″, déclare l’instigateur. Un autre ajoute : “J’ai envie de passer à autre chose. Ça fait 14 ans que je suis en train de payer cette connerie.”
“Faute avouée, totalement pardonnée »
Selon l’avocat de l’instigateur du trafic et de sa compagne, “le poids de l’attente du jugement fait office de sanction”. Presque 15 ans plus tard, il estime que la reconnaissance des faits par son client est suffisante. “Faute avouée, totalement pardonnée.” L’avocat demande la relaxe “évidente” de sa cliente, qui selon lui, a été “utilisée” par son conjoint. “Elle ne savait pas. C’était un sale type à l’époque, il s’est servi d’elle.”
Selon les avocats des autres prévenus, “l’eau a coulé sous les ponts”. Ils plaident des “rencontres aléatoires” qui ne peuvent constituer une “bande organisée”. C’est pourquoi, tous demandent au tribunal de faire preuve de clémence.
La procureure de la République dénonce tout de même une “escroquerie élaborée qui a fonctionné” pendant plusieurs mois. Selon elle, il existe au moment des faits une “entente établie entre les prévenus de façon pyramidale”. C’est pourquoi elle requiert des peines allant de deux ans de sursis simple à quatre ans d’emprisonnement dont 38 mois de sursis probatoire.
Par Zoé Hondt
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