Dans un an tout juste, Jacky Bouvet ne sera plus maire de Saint-Hilaire-du-Harcouët. Il a lui-même annoncé ne pas se représenter pour un nouveau mandat en 2026. Mais entre les rumeurs au Sénat, la situation du commerce et les projets restants, cette dernière année s’annonce chargée pour l’homme de 60 ans.
Gazette de la Manche : que pensez-vous de la nomination de Philippe Bas au Conseil constitutionnel ?
Jacky Bouvet. C’est une bonne nouvelle pour Philippe Bas par rapport à son passé, à son parcours. Il a toute légitimité pour siéger dans ce qu’on appelle les Sages. Il a l’expérience nécessaire pour occuper la fonction. Après, il y a un effet cascade pour l’élection du nouveau sénateur. La liste était composée de cinq noms : Philippe Bas, Béatrice Gosselin, David Margueritte, Élise Debroise-Gautier, et j’arrive en cinquième position.
La mécanique administrative fait que le premier, juste en dessous du sénateur qui siège, prend sa place s’il s’en va. Mais il peut refuser. Moi je suis le dernier de corvée. Il aurait fallu que mes quatre collègues refusent pour que la question de ma nomination au Sénat se pose. (David Margueritte a annoncé prendre la fonction de sénateur après notre interview NDLR)
Vous avez écrit une lettre aux parlementaires à propos de l’e-commerce. Dans quel but ?
J.B. L’activité commerciale est complexe partout en France et aussi à Saint-Hilaire. On parle beaucoup du pouvoir d’achat. Moi je parle aussi de crise de confiance et quand les gens sont dans une incertitude, ils n’achètent pas comme ils achèteraient en temps normal. Et puis il y a quand même cet effet vente en ligne, qui est un sujet qu’on avait déjà identifié nous en tant qu’élus, mais qui a été confirmé.
On fait des réunions avec les acteurs économiques une fois par mois et ce problème est vraiment remonté. Donc il me paraissait essentiel d’attirer l’attention des parlementaires sur le sujet, pour qu’il y ait au minimum une question posée au gouvernement, pour faire en sorte d’arriver à un système d’équité, parce que les géants du secteur ne sont pas taxés comme le sont nos commerçants.
À un moment donné, il faut quand même essayer de remettre les choses à peu près à plat. L’idée, ce n’est pas de dire que le commerce en ligne, c’est à jeter par la fenêtre. C’est justement de trouver un système qui permette d’avoir un pied d’égalité, notamment sur la taxation.
Après, c’est à chacun aussi de se prendre en charge. On ne peut pas venir dire à des élus que tous les commerces ferment ici ou là et ne faire que ses achats en ligne. Il faut avoir un minimum de cohérence intellectuelle. C’est peut-être confortable de faire ses achats dans son canapé chez soi à 23 h, en étant convaincu qu’on fait quelque chose de très vertueux pour la planète. Mais ce n’est peut-être pas tout à fait le cas.
La question a justement été posée par Bertrand Sorre, dans une lettre au gouvernement…
J.B. L’idée, c’est que nos parlementaires alertent la ministre en charge du commerce sur cette problématique là, qui est aussi une problématique nationale. Je vais avoir l’occasion d’échanger avec Bertrand Sorre, c’est important.
Pour moi, c’est ça le rôle des parlementaires. Quand nous rencontrons une situation particulière au niveau local, ils doivent faire la transmission entre les élus locaux que nous sommes et le niveau national, parce qu’ils sont au bon intermédiaire pour faire remonter au ministère.
Une activité économique « non négligeable »
Un nouveau bureau a été élu à l’union des commerçants. C’est une nouvelle rassurante ?
J.B. C’est une bonne chose. Il faut arriver à fédérer. Nous, en tant qu’élus, bien sûr, on est ravis qu’il y ait un nouveau bureau qui se constitue. Dans l’idéal, il faut que l’ensemble des commerçants se fédère. C’est la problématique. La collectivité les accompagnera dans la mesure de ses possibilités.
Mais il y a des choses qu’on ne pourra pas faire à la place de l’union commerciale et des membres qui la composent. Il faut arriver à créer le lien et l’élan pour que ça fonctionne. Je sais qu’il y a des endroits où ça marche super bien. Parce qu’ils ont réussi à créer le contexte et l’environnement qui fédère.
Il y a des endroits où c’est le plus compliqué, parce que la mayonnaise a du mal à prendre. Ce qu’on souhaite, c’est qu’il y ait une équipe qui soit en capacité de retrouver un certain nombre d’adhérents. C’est l’objectif. Parce qu’il y a quand même une activité économique sur Saint-Hilaire qui est non négligeable.
Des projets freinés
Vous avez annoncé que vous ne restiez pas à la mairie. Quel bilan dressez-vous de ce qui a été fait depuis le début du mandat ? Êtes-vous satisfait ?
J.B. C’est un mandat compliqué. Il faut rembobiner et se rappeler les conditions dans lesquelles nous avons commencé. Il y a eu le Covid. On a vécu la très forte inflation de l’énergie, qui a eu pour conséquence de faire augmenter les prix sur tous les matériaux par rapport aux travaux.
On avait aussi une grosse inquiétude sur la relance de l’activité des associations, en lien aussi avec le Covid. Parce que je rappelle quand même que pendant de longs mois, il y a des gens qui avaient peur de sortir de chez eux.
La pandémie a eu des effets qu’on n’imaginait pas. Ça a forcément freiné les projets et c’est pesant de gérer des situations comme celles-là. Il a fallu mettre en place des centres de vaccination, continuer à faire tourner la boutique, les écoles avec les règles qui étaient celles que nous avions.
Il y a un projet que je voudrais bien voir aboutir. C’est la gendarmerie.
« Il faut savoir tourner la page »
Ce mandat compliqué, c’est ce qui vous pousse à arrêter en 2026 ?
J.B. Non, je pense que quand vous avez été investi dans la vie d’une collectivité depuis 30 ans, avec un mandat comme conseiller municipal, quatre en tant que maire, il faut savoir tourner la page.
Quand j’étais jeune élu, je me disais que, pour ceux d’un certain âge, ce serait peut-être bien de passer à autre chose. Donc j’ai essayé de m’appliquer ma théorie en me disant que je suis satisfait de l’expérience que j’ai vécue pendant ces 4 mandats, c’est très enrichissant. Après la mairie, il me reste le mandat au Département. J’y vais pas à pas.
Sur l’année qu’il vous reste, est-ce qu’il y a des choses que vous souhaitez mettre en place ?
J.B. Il y a un projet que je voudrais bien voir aboutir. Il est sur notre commune mais c’est un projet qui va bien au-delà. C’est la gendarmerie. Pour moi, c’est important. Même si ce n’est pas la commune qui va financer la construction d’une gendarmerie et des logements pour les gendarmes, ça reste un projet sur Saint-Hilaire pour un rayonnement intercommunal.
On est en train de travailler sur le sujet. J’ai réorganisé des réunions. Il va falloir qu’on arrive à lever la problématique urbanistique puisque le Plan Local d’Urbanisme (PLU) a été retoqué par la préfecture. Il faut qu’on fasse une déclaration de projet pour permettre la construction de ce type de bâtiment puisque pour l’instant, il est à vocation uniquement commerciale et ne permet pas cette implantation, près de la fosse aux Loups.
On travaille aussi avec la gendarmerie puisqu’il s’agit d’un projet d’État. Pour les gendarmes, l’une des conditions d’installation c’est d’avoir deux accès différents. Nous voyons comment nous pouvons avancer au niveau de l’urbanisme.
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