Home Nord pourquoi ces noms de rues et places ?

pourquoi ces noms de rues et places ?

40
0


Par un de ces week-ends où les visiteurs laissent leur véhicule « extra-muros » pour venir arpenter tranquillement le Vieux-Lille, la rue de la Monnaie, l’une des artères les plus prisées de Lille, les fait flâner entre la place Louise de Bettignies et la place du Concert. Mais pourquoi donc est-elle ainsi baptisée ?

Ah, les belles façades du Vieux-Lille ! ©JL Pelon/Croix du Nord

Pourquoi la rue de la Monnaie s’appelle-t-elle ainsi ?

La rue de la Monnaie, après une forte courbe, file vers le nord-ouest en longeant le berceau de la ville : l’ex-motte castrale (actuelle cathédrale) et le légendaire Château du Buc, près duquel le gentil, jeune et beau Lydéric aurait vaincu le laid, bête et méchant Phinaert !

Cette rue attire les touristes notamment par ses façades (majoritairement des XVIIe et XVIIIe) réhabilitées avec goût depuis 1964 grâce aux efforts de l’association « Renaissance du Lille Ancien » et aux initiatives avisées lors des mandats de Pierre Mauroy (1973-2001).

rue de la monnaie lille
Une fleur de houblon sur les murs. ©JL Pelon/Croix du Nord

Des noms évocateurs : chats ou bouchers ?

Les foules s’engagent d’abord rue de la Grande chaussée – la première voie lilloise à avoir été « chaussée », c’est-à-dire pavée au Moyen Âge. Bien des visiteurs lèvent le nez sur des plaques portant de curieux odonymes. « Rue des Chats Bossus » ? Jean, un guide nordiste, explique qu’il s’agirait d’un mot en patois picard que les Français, arrivés après le Siège de Lille en août 1667, ne comprenaient pas et qu’ils ont traduit phonétiquement. C’était la rue où des bouchers, appelés des « cabochus », vendaient des « caboches », des têtes (de veau, de lapin ou autres).

Des patins, mais pas à roulettes ni à glace

Pas entêtés, nous continuons. Tout près, la « rue et la place des Patiniers » intriguent. La plus petite place de Lille est agrémentée d’un arbre solitaire. Rien à voir avec des patineurs, même si les marais de la Basse-Deûle et du Bucquet gelés pouvaient permettre il y a fort longtemps ce genre d’activité (cf. les fameux Paysages d’hiver d’Hendrick Avercamp, début XVIIe à Amsterdam)… Nenni ! Cette rue devait son nom à la corporation de fabricants de patins (socques, sabots), ou de dinandiers, ou de familles au patronyme courant en Wallonie, de Patinir ou Patenier… Au choix !

rue de la monnaie lille
Un hôtel particulier devenu « Maison de l’Apostolat des laïcs ». ©JL Pelon/Croix du Nord

« Au lit on dort » ou « Au lion d’or » ?

Juste après, nous voici « place du Lion d’or ». Notre cicérone explique qu’elle a pris ce nom à cause d’une auberge ornée de l’écriteau « Au Lit On Dort » : oui, le voyageur y était accueilli par des demoiselles peu farouches… Mettons ! On admire une maison de style balnéaire pourvue d’un oriel (les gens chics disent « bow-window ») à trois niveaux polychromes superposés. Autrefois, en bas, c’était la boutique d’un coiffeur réputé !

Par ici la Monnaie !

Nous voilà arrivés à l’entrée de la rue de la Monnaie sur la « place Louise de Bettignies » (héroïne de la Grande guerre) qui s’appelait auparavant place St Martin, connue jadis pour ses halles (à l’emplacement du parking souterrain). Il y a peu, des professeurs d’architecture envoyaient ici leurs étudiants dessiner le fascinant « rang » de façades toutes différentes : à châssis revêtu, à redents, à arcures, à lucarnes traversantes etc.

Empruntons la rue de la Monnaie… avec intérêt !

Juste au coin, à droite en hauteur, observez, sculptée discrètement dans le grès du pilier cornier, un joli motif : une fleur de houblon (pas une étoile des neiges !). Seul souvenir d’une ancienne brasserie et d’un estaminet.

À votre gauche, les maisons suivent le Canal du cirque qui ceignait la Motte Madame. Elles sont disposées en lanières étroites, la plupart ayant deux façades (une sur rue et une autre sur cour intérieure), toutes ayant été bâties sur des caves médiévales.

rue de la monnaie lille
Vestige d’un moulin. ©JL Pelon/Croix du Nord

Vestige d’un moulin

À droite, un mur de brique à enduit orangé se dresse devant « l’îlot Comtesse » : seul vestige d’un vaste moulin pourvu de roues à aubes parallèles dont le bief traversait la rue ; sous les « planques » en bois coule encore le canal qui se jette ensuite dans l’ancien « portus » (Basse-Deûle). Ce mur est percé, à gauche, d’une baie dont le linteau en pierre bleue est sculpté : c’est le blason de Jean Sans Peur (1371-1419), duc de Bourgogne et comte de Flandre.

Vous continuez et voyez sur la droite l’alignement des boutiques qui étaient louées par les Sœurs augustines au bénéfice des pauvres, des malades, des femmes et enfants abandonnés, des pèlerins etc. que l’Hospice-Comtesse (fondé par Jeanne de Flandre en 1237) hébergeait et soignait.

rue de la monnaie lille
Rue au Péterinck, nom qui évoque le passé textile de Lille. ©JL Pelon/Croix du Nord

Hôpital devenu musée

Plus loin, à droite, le porche d’entrée de cet auguste hôpital devenu musée. Son portail en pierre noire de Soignies possède des bossages uniques, sculptés de flammèches (ou de larmes.)

En face, sur la gauche, un passage conduit au site de la cathédrale Notre-Dame de la Treille, entouré (partiellement de nos jours) d’un ancien canal circulaire. Un deuxième passage amène à un vaste hôtel particulier en U (Maison de l’Apostolat des Laïcs). Il résulte d’un don fait aux Frères de la doctrine chrétienne, milieu XIXe, par le comte de La Grandville et son épouse née de Beauffort. Dans la cour, on aperçoit, au sommet de l’avant-corps encadré d’un ordre colossal sur socle, les blasons des donateurs sur le fronton triangulaire (sous le lanternon à péristyle.)

rue de la monnaie lille
La maison du «  juge-garde des monnaies  », dernier vestige de l’Hôtel des monnaies, abrite désormais un restaurant, au 63 rue de la Monnaie, La Cour de la ch’tite Brigitte. ©JL Pelon/Croix du Nord

Fin de l’énigme : on frappait la monnaie

Un peu après, toujours à droite, nous découvrons enfin l’explication du nom de cette « rue de la Monnaie » (jadis « rue St Pierre »). Une blanche porte cochère nous introduit dans une cour pavée, bordée de nobles bâtiments néoclassiques (fin XVIIIe).

Aujourd’hui restaurant au décor intérieur magnifique (La Cour de la ch’tite Brigitte au numéro 63), c’était l’habitation du « juge-garde des monnaies », office créé à Lille par Louis XIV. Cet ensemble jouxtait au sud l’atelier de frappe des monnaies, lequel fut détruit pour bâtir la MAL ci-dessus.

Au nord, cet hôtel est bordé par la « rue au Péterinck » (déformation ch’ti du mot « pétrin ») qui résonnait jadis du claquement des navettes sur les « otils » (métiers à tisser). Enfin, vous aboutissez « place du Concert », nommé ainsi parce qu’elle vit la construction sous le Premier Empire du Conservatoire : ex-Académie de musique fondée par le baron Bonaventure d’Assignies.

Jean-Louis Pelon



Source link

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here