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Pour la ministre Aurore Bergé, « on pense trop souvent pour les femmes à leur place »

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Aurore Bergé, ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, sera présente à Périers (Manche) ce lundi 3 mars 2025. Et ce, en amont de la Journée internationale des droits des femmes du 8 mars.

Bio express

– 38 ans

– Députée LREM/Renaissance depuis 2017

– Ministre des Solidarités et des Familles (juillet 2023-janvier 2024)

– Ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations (janvier 2024-septembre 2024, puis depuis décembre 2024).

Au programme : arrivée à 15 h 30 à l’Espace Nelson-Mandela, lancement d’une table-ronde dans la foulée sur le thème des « femmes dans le monde économique : parcours, défis et réussites », et visite de la boutique solidaire de l’association Atelier formation entraide ré-entraînement emploi (Afere).

Dans le Cotentin, plusieurs des grands employeurs du territoire, privés ou publics, sont dirigés par des femmes. Orano, Naval Group, Les Maîtres laitiers ou encore l’hôpital. Cette situation est-elle véritablement représentative de la réalité nationale ?

Ce qui est certain, c’est que si vous regardez le Cac 40, cela reste exceptionnel qu’une femme puisse diriger une très grande entreprise… Aujourd’hui, 40 % des créations d’entreprises sont du fait des femmes. Il y a une accélération, ce sont souvent de toutes petites structures.

Quand on remonte dans les strates, on note qu’elles ne sont plus que 12 % à diriger des PME, et 6 % à diriger des établissements de taille intermédiaire.

« Pouvoir rêver en grand quand on est une petite fille »

Alors, dans les faits, comment permettre à plus de femmes d’accéder à des responsabilités ?

Nous avons changé la loi pour y parvenir. Sur les conseils d’administrations, bientôt sur les comités exécutifs des entreprises… Là où la loi est passée, on note une évolution constante et progressive. Il n’y a pas d’autre choix que de la respecter. Cela a permis à des femmes d’accéder à des responsabilités. Je ne crois pas que les entreprises se soient écroulées après… Au contraire, même !

Mon sujet, ce n’est pas de remplacer les hommes, mais de créer de la mixité. C’est à travers cela que les entreprises seront plus créatives et performantes économiquement. C’est un enjeu de respect, d’égalité, mais aussi de compétitivité pour notre pays. Vous citez un certain nombre d’exemples dans le Cotentin. On a besoin de leur donner plus la parole. Montrer que ces profils existent, et que ce ne sont plus des exceptions.

L’égalité salariale entre les femmes et les hommes est un sujet de tension. L’Insee indiquait l’an dernier que le revenu salarial moyen des femmes est inférieur de 23,5 % à celui des hommes dans le secteur privé. Cette situation s’est-elle vraiment améliorée depuis l’élection du président de la République, en 2017 ?

Cet écart est lié à divers facteurs. Je pense d’abord au temps partiel. Les femmes sont beaucoup plus souvent à temps partiel que les hommes. Il faut évidemment savoir s’il s’agit d’un temps partiel choisi librement, ou subi parce que l’on préfère penser à notre place et que l’on ne nous propose pas mieux. Comme quand, par exemple, en recrutant une jeune femme, on lui propose spontanément de ne pas travailler le mercredi parce qu’on se dit qu’elle préférerait être avec ses enfants…

Lorsqu’on est une femme, on pense à notre place un peu trop souvent.

C’est un combat. Forcément, cela veut dire une rémunération moins importante tout au long de la vie, et une retraite moindre à la fin.

« Féminiser les filières »

Il y a aussi la question du choix du métier. Certains stéréotypes de genre ont la dent dure, notamment dans l’industrie…

C’est une des raisons de ma visite dans le département. Aujourd’hui, les femmes vont effectivement dans des filières qui sont beaucoup moins rémunératrices que là où les jeunes hommes ont envie de s’insérer professionnellement.

Je veux mettre l’accent sur ces filières d’excellence, pour que les femmes soient libres du choix de leur métier. Que nos petites filles, dès leur plus jeune âge, aient tous les droits de rêver grand, y compris à tous les métiers. C’est vrai dans l’armement, dans les filières techniques, scientifiques ou numériques

Congés menstruel : « oui, mais… »

Depuis 2021, certaines entreprises ou collectivités territoriales appliquent le congé menstruel.

« C’est un vrai sujet, qui est plus complexe qu’il n’y parait, pour avoir échangé un certain nombre d’associations, indique la ministre. Ce que je ne veux pas, c’est que les femmes se sentent obligées de déclarer à leur employeur qu’elles souffriraient d’endométriose ou de douleurs récurrentes. C’est extrêmement intime. Je ne veux pas que cela se retourne contre les femmes. Créer un droit nouveau ne doit pas être utilisé contre elles. Je veux être sure que si l’on avance vers une loi, ce soit vraiment au bénéfice des femmes. »

Sur ce point, Bruno Le Maire expliquait l’an passé dans La Presse de la Manche être favorable à l’instauration de la parité dans les écoles d’ingénieurs. Qu’en est-il vraiment aujourd’hui ?

Nous y travaillons avec la ministre de l’Éducation nationale, notamment sur la question des prépas. Avant d’intégrer les écoles d’ingénieurs, pour beaucoup d’entre elles, il y a d’abord ces classes prépa, où l’on constate un écart important entre le nombre de filles et de garçons.

La question, c’est comment on fait. Des quotas ? Combien ? Est-ce que ce serait plutôt la parité ? Je pense qu’il ne faut pas avoir de tabous en la matière. Nous avons besoin de renforcer la place des femmes dans ces secteurs d’avenir.

Il y a dans le discours des notes d’intentions mais, concrètement, comment battre en brèche efficacement des idées reçues qui traversent les générations ?

Cela commence dès l’école primaire. Aujourd’hui, des études nous montrent que les petites filles décrochent en mathématiques entre le CP et le CE1. Pas parce que dans notre ADN, il est inscrit qu’on serait moins forte en maths, non, mais parce qu’il y a encore ce biais un peu culturel qui dit que les filles réussissent moins. Du coup, on va moins les solliciter, les valoriser, les faire travailler sur ça. Et on va par contre les attendre plus sur des compétences littéraires, par exemple.

Il faut combattre ces préjugés à la racine. À l’école, mais aussi dans les familles. Une étude qui m’avait été présentée démontrait que les femmes qui s’engagent dans des filières scientifiques le font souvent malgré les pressions de leur entourage. Dans un cas sur trois, on les a découragés, on leur a dit qu’elle ne trouverait pas leur place. Imaginez toutes celles qui ont renoncé parce que, depuis petite, on leur a dit : ce n’est pas pour toi. Cette phrase est insupportable. C’est s’interdire de rêver au destin que l’on veut avoir.

Prenons l’exemple de l’agriculture, qui constitue un socle socio-économique et identitaire de la Manche. Il y a quelques jours, au Salon, vous expliquiez que sa féminisation était « un enjeu culturel ». Comment, dans les faits, décliner au féminin le renouvellement générationnel qu’attendent les filières ?

Il n’y a pas d’autre choix que de permettre la féminisation des filières. Quand vous prenez ce chiffre qui dit que la moitié des chefs d’exploitations partira à la retraite d’ici dix ans… Comme je le disais, cela commence culturellement dès le plus jeune âge. Il y a une surreprésentation des femmes dans la filière équine, là où vous avez une sous représentation dans beaucoup d’autres secteurs. Il y a cette nécessité de favoriser, pour celles qui s’engagent, l’accès à l’ensemble des filières.

Il y a aussi ce discours ambiant, qui fait qu’on ne parle de l’agriculture qu’en période de crise. Cela n’aide pas à l’attractivité. Nous avons profondément amélioré la question des droits sociaux. Je pense aux congés maternité et paternité. Notamment pour le garantir à ceux qui n’étaient pas salariés agricoles. Nous devons faire la preuve que nous protégeons ces femmes et ces hommes pour leur donner envie de s’engager.

Avec la FNSEA et les Jeunes agriculteurs, nous menons aussi un travail sur la dotation pour les jeunes. Aujourd’hui, elle ne peut être attribuée après quarante ans. Or, nous avons justement beaucoup de femmes qui sont dans des processus de reconversion professionnelle…



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