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Politique. Pour Philippe Bas, « la Constitution peut rétablir un peu de stabilité »

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Le 21 février, votre nomination au Conseil constitutionnel a été annoncée au Journal officiel. La considérez-vous comme l’aboutissement d’un long voyage au travers des pouvoirs de la République qui aurait assis une forme de légitimé, accordée aujourd’hui par vos pairs ?

J’ai constamment été porté par le territoire. Aujourd’hui, j’exprime ma reconnaissance. C’est la confiance de nos concitoyens qui m’a permis de compléter ce que j’avais déjà acquis par le passé. Toute vie est une suite d’expériences. 

« La dimension humaine apporte une grande valeur ajoutée »

Vous avez été un responsable élu, mais aussi un responsable nommé. Quelle différence voyez-vous ?

Elle est très profonde. Le responsable élu a constamment à l’esprit les gens qui sont les acteurs de la vie économique et sociale, et aussi les destinataires, les habitants. Il rentre dans la vie des gens. Le nommé, il cherche la solution aux problèmes dans les dossiers. C’est bien de les connaître, mais avoir la dimension humaine apporte une grande valeur ajoutée. 

À quoi ressemblera, demain, votre quotidien au Conseil constitutionnel ?

Il consistera à examiner, si des dispositions de lois sont conformes aux grands principes de la déclaration des droits de l’Homme, à d’autres principes qui ont été ajoutés et à la Charte de l’environnement. Il nous faudra rendre des arbitrages en cas de conflit entre les Assemblées et le gouvernement.

Pour adopter des lois, il faut respecter un certain nombre de procédures parlementaires. Sous la Ve République, elles visent à ce que les débats législatifs puissent aboutir, que les gouvernements ne soient pas renversés sans arrêt. Et que, même lorsqu’ils n’ont pas de majorité, ils puissent quand même faire des réformes. La Constitution peut rétablir un peu de stabilité, alors que le système politique est très éclaté. Et affaibli. 

D’ici la fin de la semaine, vous aurez quitté tous les mandats qui vous lient au territoire. Philippe Bas et la Manche, c’est fini ?

Surtout pas ! Je continuerai de partager ma vie entre Paris et la Manche, comme je le fais depuis près de vingt ans. Je vais essayer de garder le contact avec le territoire en participant à tous les grands événements. Ce que je ne peux pas faire, c’est parler de politique, m’exprimer sur ces sujets. Il faut que l’image d’impartialité du Conseil constitutionnel soit garantie par chacun de ses membres. En revanche, rien ne m’empêche d’apporter une aide, sous forme de conseil aux responsables du territoire qui le souhaiteront. Tous les liens qui se sont organisés depuis des années, je vais m’efforcer, dans la mesure du possible, de les cultiver. 

Appréhendez-vous la distance que vous allez devoir prendre avec la vie publique ?

Ce n’est pas sans émotion que je cesse mes mandats électifs. Je le fais pour une mission que je trouve passionnante, et dont les enjeux sont très forts, compte tenu de l’évolution de nos institutions et de la radicalisation du débat politique.

C’est un honneur pour moi d’avoir été choisi par le président du Sénat pour cette mission, mais j’ai l’honnêteté de dire que j’ai pris le temps d’une longue réflexion avant de l’accepter. Ce changement de vie est très important. Tous les liens tissés avec les responsables de notre territoire (élus, monde économique, syndicats) ont rendu ma vie particulièrement riche ces dernières années, sur le plan humain. 

Dans la Manche, vous avez appris ce que c’était, être un élu…

Un élu, c’est quelqu’un qui développe une très forte sociabilité. Un membre du Conseil constitutionnel, cela travaille sur les textes de lois, avec sa Constitution à la main. Sa Bible, en quelque sorte. Le travail est intense, mais n’est pas de même nature. La mission de l’élu l’amène à être constamment dans la relation avec autrui, et pas dans l’étude le soir à la veillée des textes juridiques ! 

« La Manche est une terre accueillante, pour qui sait l’écouter »

Entre 2008, et cette entrée sur la pointe des pieds au conseil départemental et 2023, où la liste que vous conduisez réussit un très gros score à l’élection sénatoriale, comment s’est construit, justement, ce lien avec les grands électeurs ?

Le lien a été assez facile à établir. Nous nous ressemblons, les uns et les autres. Nous abordons un peu les choses de la même façon au pays de Tocqueville. Nous sommes violemment modérés, pragmatiques, réalistes, furieusement indépendants. On ne s’en laisse pas conter, on n’aime pas se laisser enrégimenter. Discrètement, nous sommes attachés à notre terroir, qui mêle la terre et la mer, le sens de l’épargne, du travail et le goût de l’aventure. Tout ce travail en commun, cette préoccupation pour l’avenir du territoire, a rendu cette mission d’élu de la Manche passionnante.

J’ai eu le privilège d’être le sénateur le mieux élu de la Manche à chacune de mes élections. Indépendamment des chiffres, j’ai ressenti cela sur le plan humain. Cela m’est très cher.

Vos proches racontent que vous avez beaucoup réfléchi à la notion de « horsain », justement.

La Manche est une terre accueillante, pour qui sait l’écouter. Ici, on est assez facilement adopté. On prend le temps d’observer les personnes, mais quand on accorde sa confiance, c’est du solide. La présence de la mer ouvre sur le monde. Les vastes espaces font du territoire l’un de ceux où l’on creuse son sillon, à l’intérieur du bocage. Avec, en même temps, le goût d’entreprendre et de découvrir. 

La Manche aura, dans les prochains jours, un nouveau sénateur pour la représenter. Quel conseil lui donneriez-vous ?

On ne peut pas être un bon législateur si on n’est pas profondément enraciné dans son territoire. Ceci se fait au prix d’un effort. On ne s’appartient plus vraiment. On doit être présent. Chaque évènement local est l’occasion de rencontres qui enrichissent. À partir de celles-ci, on se fait une idée de ce que nos concitoyens attendent de l’action publique. Ce qu’ils ont dans la tête et dans le cœur. Et, parfois, lorsque les passions l’emportent, ce qu’ils ont dans les tripes. 



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