Ils n’entendront plus les cris. Ils n’entendront plus les coups ni les pleurs des enfants. Les habitants d’un immeuble situé avenue du Maréchal Juin, à Rambouillet (Yvelines), n’auront plus à intervenir pour secourir une femme qui subissait des violences depuis des mois, si ce ne sont des années. Son futur ex-mari a été condamné à 18 mois de prison par le tribunal de Versailles dans l’après-midi du lundi 17 février 2025.
Très mince et plutôt grand, les traits tirés par une consommation excessive d’alcool, l’homme de 34 ans a passé un sale quart d’heure dans le box. Il lui a d’abord fallu se souvenir de son arrestation au soir du samedi 15 février avec 1,4 gramme dans le sang. Il lui réclamait un moment d’intimité. Elle lui a refusé, las de se faire insulter et frapper. En retour, il lui a jeté son café bouillant au visage. Les deux enfants âgés de 8 ans étaient présents. Juste le temps d’assister à la scène avant d’être expatriés chez leur voisine bienveillante.
« Quand il est bourré, je cache tous les couteaux »
Il n’en fallait pas plus à la police pour interpeller ce Mauricien et briser le huis clos de ces violences intrafamiliales. « Papa a traîné plusieurs fois maman par terre par les cheveux en la cognant contre les murs », témoigne un des petits. « Il a aussi jeté l’imprimante et maman s’est mise devant pour pas que je la reçoive », ajoute l’autre. Une voisine assure entendre régulièrement des coups pendant les vacances scolaires. Sans oublier ces menaces : « Avec ma caisse à outils, je peux te tuer. »
Le résumé, c’est la mère de famille qui le fait en quelques phrases. « Quand il est bourré, je cache tous les couteaux. Et il me le reproche. Une fois, il a donc voulu casser une bouteille pour me blesser avec. Et si je réponds quand il parle, c’est une insulte pour lui en tant qu’homme et il lève la main », ajoute cette victime à l’allure fluette.
« Il n’y a pas que le sexe, il y a l’argent aussi »
Pour se justifier, le trentenaire avance une sombre histoire. « Il n’y a pas que le sexe. Il y a l’argent aussi. Elle m’a fait venir en France. On s’est marié. Mais je devais retourner régulièrement à l’île Maurice en attendant de régulariser. Elle voulait que je lui rembourse l’avion. C’est aussi pour ça les disputes. »
Dispute ? La présidente du tribunal lui rappelle que les coups s’appellent des violences. Lui joue les étonnés.
« Oui mais elle m’a lancé un vase à fleurs lorsque je lui ai jeté le café. Et puis c’est faux. Je ne l’ai pas traînée par les cheveux du salon à la porte d’entrée. C’est pas facile à faire. Je ne suis pas d’accord avec elle. Elle ne peut pas avoir des souvenirs aussi lointains. »
Il semble pourtant que ce soit le cas lorsque la malheureuse témoigne des violences presque quotidiennes. « En fait, avec les enfants, nous ne sommes tranquilles que lorsqu’il est absent. »
« Maman, elle offre le bonheur. Papa, c’est l’enfer »
Quelle peine infliger à cet autoentrepreneur dans le bâtiment ? Pour la quantifier, la procureure de la République reprend une déclaration d’un des petits. « Maman, elle offre le bonheur. Papa, il fait vivre un enfer à chaque fois qu’il boit de l’alcool. » Ce serait donc pour le ministère public 18 mois de prison, avec six mois en détention.
Le tribunal choisira finalement l’option des 18 mois mais en sursis probatoire pendant deux ans. Pas de contact, une interdiction de se rendre au domicile de la victime et une obligation de résider dans son local professionnel du Perray-en-Yvelines. L’homme devra faire avec. Il repart, pas si hagard que ça, jetant un dernier regard noir vers le banc de la partie civile.
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