Depuis la délocalisation du match Montpellier-Toulon à Béziers le week-end dernier, le président du MHR Mohed Altrad tire à boulets rouges dans la presse sur la municipalité et vise particulièrement Michaël Delafosse jusqu’à déclarer réfléchir à repartir aux municipales. Las de ces attaques, la collectivité, sans fermer la porte, réplique par l’intermédiaire de Christian Assaf, délégué aux Politiques sportives de la Métropole de Montpellier. Où, malgré les intentions de départ, on sort rapidement du terrain sportif pour un plus politique. Sans arbitre…
Mohed Altrad déterre la hache de guerre
Avec un article dans Midi Libre le 14 février et une interview à Sud Radio ce 18 février, Mohed Altrad a clairement déterré la hache de guerre et lancé l’assaut sur la mairie de Montpellier. Et ce à double titre. Le président du MHR fustige d’abord la municipalité quant à l’état de la pelouse et son traitement qui a conduit à la délocalisation du match MHR-Toulon à Béziers le week-end dernier soldé par une défaite 30-38. L’homme d’affaires arrive ensuite sur le terrain politique en dézinguant littéralement Michaël Delafosse et d’annoncer mardi matin au micro de Patrick Roger réfléchir à retourner aux municipales.
Pour rappel, en 2020, Mohed Altrad s’était qualifié en troisième position au second tour avec 13,30% et, poussé par Rémi Gaillard (9,58%) qui malgré sa 4e place jeta l’éponge, avait présenté une liste avec Alenka Doulain (9,25%) et Clothilde Ollier (7,25%), toutes deux très marquées à gauche tendance LFI/EELV. Une alliance improbable, autant par les étiquettes que par les invectives envoyées entre eux durant le premier tour, qui terminera dernière de la triangulaire l’opposant à Michaël Delafosse (47,22%) et Philippe Saurel (34,65%) mais envoyant tout de même six de ses colistiers au conseil municipal et quatre au conseil de métropole. Mohed Altrad qui n’y apparut jamais démissionna finalement de ses mandats en février et septembre 2024. Et même si seulement Serge Guiseppin et Salim Jawhari lui sont restés fidèles, l’homme d’affaires se dit prêt à retourner dans l’arène des municipales.
Les causes de l’état de la pelouse
Autant dire que les différentes déclarations de Mohed Altrad n’ont pas été très appréciées du côté de la collectivité. Ce mercredi 19 février, entouré de Christophe Bourdin, délégué aux équipements sportifs à la métropole, et de Hervé Martin, délégué à la Ville sportive, Christian Assaf a tenu à apporter « des réponses apaisées et claires sur la situation du GGL Stadium ». L’apaisement ne signifiant toutefois pas de faire le dos rond face aux attaques… Le délégué aux Politiques sportives de la Métropole de Montpellier expose d’abord les causes de l’état actuel de la pelouse en évoquant « une surutilisation du terrain cet été, période propice à l’entretien et régénération du terrain, avec plusieurs équipes venues dans le cadre de la préparation des JO ».
Mais est surtout pointée, la rencontre fin octobre entre Montpellier et La Rochelle tenue sous des trombes d’eau. « De l’avis de tous, l’intégrité des joueurs comme du terrain était en question, eut égard aux conditions météorologiques. Et la Ligue National de Rugby, qui est la seule maitresse en la matière, a autorisé le match à se dérouler. Le résultat est que nous avons hérité d’un terrain de rugby durablement abimé » met en avant l’élu. « Je blêmissais au fur et à mesure du match. On a en plus senti qu’il y a eu un regain sportif à ce moment de la saison, c’était un vrai champ de bataille. On voyait bien qu’on allait se retrouver avec un terrain visité par un troupeau de sangliers. Les conséquences on les paye, et la Ligue, qui pourrait nous dire excuses-moi -merci, est gentiment en retrait » témoigne furieux Hervé Martin.
4 à 8 semaines sans GGL Stadium
Pour pallier l’urgence, en lien avec la Ligue National de Rugby et le club, la collectivité a investi 40 000€ dans « des tentatives de réparation » comme le concède Christian Assaf. Mais sans succès donc, obligeant une délocalisation au stade de Béziers, remercié à cette occasion, pour la réception de Toulon et cela sera sans doute aussi le cas de celles de Castres (1er mars) et probablement du Stade Français (29/03). « Toutes ces informations, le club et son président en sont détenteurs » assure le délégué aux Politiques sportives de la Métropole qui aurait préféré trouver une solution à Montpellier. « C’est un crève-coeur pour tout le monde mais malgré notre amour indéfectible pour ce club que nous supportons depuis de très nombreuses années, nous ne sommes pas des magiciens. Je suis désolé mais on nous rend un terrain dégueulasse et on nous demande de le remettre à neuf dans une période saisonnière qui ne le permet pas donc on s’adapte. Cela ne sert à rien de rajouter de la crise à la crise ». Où l’on sent que l’apaisement commence à disparaître…
Et pas question de jeter la faute sur les hommes en charge du près vert. La collectivité consacre 3,6 emplois à temps plein de catégorie C uniquement pour l’entretien de la pelouse du GGL Stadium. « Je ne voudrais pas laisser penser que nos jardiniers ne sont pas performants. À part la saison dernière où nous avons été victime d’un champignon comme beaucoup d’autres stades en France, la pelouse du stade de la Mosson est chaque année sur le podium des meilleures pelouses de France. Et nous le devons à un service public d’excellence » défend-il en excluant toute idée de confier la mission à des privés : « Nous n’avons pas pour ambition de changer une équipe très performante en matière d’expertise de pelouse. Ce sont d’ailleurs les premiers meurtris de ce débat car ils ont le sentiment que l’on considère que le travail qu’ils font n’est pas bon. Or, ils sont en contact permanent, et cela se passe très bien, avec les entraîneurs et les staffs. Y compris au MHR ».
Pour autant, les Cistes devront encore patienter avant de refouler la pelouse du GGL Stadium. « Combien de temps cela prendra de garantir un terrain dans un état parfait je n’en sais rien. En tout cas, nous y avons mis tous les moyens. En tout, nous avons mobilisé 500 000€ pour faire en sorte que la pelouse soit considérablement consolidée » prévient Christian Assaf qui précise : « L’argent peut beaucoup de choses mais il ne peut pas tout. Toute une série de conditions me font dire qu’il faudra entra 4 et 8 semaines pour permettre l’enracinement total ». Avec toutefois, un résultat qui n’est pas garanti à 100% et qui conduit à envisager un plan B notamment, en accord avec Laurent Nicollin, du côté du stade de la Mosson. Ne voulant prendre aucun risque, Christian Assaf n’exclut par ailleurs pas, « pour ne pas jouer en cas de conditions dantesques » de prendre un arrêté municipal « si nous considérons que l’intégrité des joueurs et du terrain était en question ».
Pas de vente sèche
Derrière ce problème de pelouse pourrait se cacher un autre conflit de longue date qu’est le rachat du complexe Yves-du-Manoir. Déjà en 2017, entre le naming qui acta le passage de l’Altrad Stadium au GGL Stadium et une affaire de sondage avant les municipales, les échanges n’avaient pas été tendres entre Mohed Altrad et Philippe Saurel que l’homme d’affaires qualifié dans les colonnes de Midi Libre de « maladroit et gauche. Je comprends que mon autonomie et mon indépendance puissent le déstabiliser. Mais pour un maire, c’est une opportunité de pouvoir travailler et construire avec un mec comme moi qui, après tout, ne demande rien d’autre que d’installer durablement le rugby dans la ville ». Pas rancunier, l’ancien maire a d’ailleurs salué sur X la possible participation de Mohed Altrad d’un « Ça c’est une très bonne nouvelle ! ». Quand les ennemis de mes ennemis…
Dès le début du mandat de Michaël Delafosse, une réflexion a été engagée autour du foot, du rugby et du hand pour « permettre à ces clubs de trouver un modèle économique pour se développer et réduire la facture pour les collectivités » rappelle Christian Assaf. Tout comme ses homologues Laurent Nicollin et Julien Deljarry, Mohed Altrad a été reçu pour évoquer les dossiers. « Nous avons étudié une vente sèche, un bail emphytéotique, la possibilité d’un accompagnement immobilier pour rendre rentable l’opération… depuis cinq ans, nos services essayent de travailler aux différentes demandes, je dirai presque caprices, du président Altrad qui, de mois en mois, ne cesse de changer d’avis. Un jour il faut travailler sur un bail emphytéotique, un autre sur un périmètre qui a changé quatre à cinq fois, ensuite sur une vente sèche dont il faut établir un prix, puis cela n’a concerné que le stade et le sportif avec un centre de formation et il fallait prévoir 85 000m2 dans ce quartier. Il n’a jamais été question d’accepter ces 85 000m2 de constructions à côté du stade dans un quartier qui ne le supporterait pas. Il faut raison garder » liste agacé l’élu à la ville et à la Métropole.
Renouvelée tous les trois ans, l’Autorisation d’Occupation Temporaire du GGL Stadium, incluant l’utilisation du terrain mais également des bureaux, des terrains d’entrainement et de la brasserie, arrive à échéance en juin. La volonté de la collectivité est de « travailler sur un bail emphytéotique concernant le stade, l’annexe, le parvis et quelques dépendances permettant au MHR de construire son centre de formation et quelques activités économiques ». Et Christian Assaf l’assure : « On est prêts et nous n’avons aucun soucis avec ça. Mais de vente sèche et de projet à 85 000m2 il n’y aura pas. Si on doit passer par la presse pour définir les modalités du contrat, elles sont posées ».
Sur le terrain politique
La partie sportive clarifiée, Christian Assaf répond aux attaques politiques de Mohed Altrad. « Certains jugent ses déclarations fantaisistes, moi je les trouve mensongères. La Ville et la Métropole de Montpellier sont des soutiens indéfectibles au MHR depuis bien longtemps. Nous avons assisté à toutes les montées et nous remercions tous les présidents successifs et Mohed Altrad bien évidemment dont j’ai toujours dit que nous avions la chance extraordinaire d’avoir un homme passionné de rugby et qui mettait une partie de sa fortune au service du club. Mais si l’argent est important dans le sport et dans la vie, il ne permet pas tout. Je sais bien que les ploutocraties sont à la mode en ce moment aux États-Unis et ailleurs mais à Montpellier ce n’est pas notre projet ».
Avec un sentiment d’amertume, l’élu poursuit : « Chaque année, la Ville et la Métropole de Montpellier consacrent 1,7M€ au club uniquement en contribution financière. Pour n’importe quel capitaliste aux petits pieds cela mérite de la considération. À part Monsieur Altrad, qui met beaucoup d’argent et nous l’en remercions, nous sommes les plus gros contributeurs du club donc cela mérite à défaut du respect politique et civique, cela mérite le respect capitalistique ». Et paradoxalement, un soutien que Christian Assaf qualifie de « disproportionné » en s’appuyant sur les remarques de la chambre régional de la cour des comptes qui « considère que la participation des financements publics envers ce club est excessive ».
Si les relations ont toujours été compliqué entre le président du MHR et les différents maires depuis Hélène Mandroux, mêlée à la politique, la situation semble avoir atteint son paroxysme. « La façon dont Mohed Altrad traite et considère le maire et président de la Métropole de Montpellier et les institutions publiques que nous représentons ne sont pas dignes d’une démocratie. Est-ce que vous entendez Laurent Nicollin ou Julien Deljarry nous insulter à longueur de journée malgré les difficultés que rencontrent la réalisation du stade ou d’un nouveau palais des sports et que nous sommes des personnes désintéressées de leurs clubs ? » tonne Christian Assaf.
« Les Trump aux petits pieds cela ne m’amuse pas »
Pour le délégué aux Politiques sportives de la Métropole, « Ces dernières interventions montrent que Mohed Altrad confond un peu tout. La revanche des municipales, les prochaines, le stade, la pérennisation du club… il ne faut pas tout mélanger » prévient le délégué aux Politiques sportives de la Métropole qui enfile alors sa casquette de membre national du Parti Socialiste : « Les Trump aux petits pieds cela ne m’amuse pas. La ploutocratie c’est un problème y compris chez nous. La sortie de Bernard Arnault en pleine discussion budgétaire ce n’est pas un modèle. Je veux bien que tout le monde se prenne pour Elon Musk ou Donald Trump mais nous ne sommes pas aux États-Unis. Nous sommes un certain nombre à combattre ce type de fonctionnement de pensée politique ».
Des aspirations politiques de Mohed Altrad qui n’ont également pas été apprécié par Hervé Martin notamment quant à « une candidature qui vient au détour d’un problème de stade et sportif… Nous, nous faisons du sport une vraie question politique, au sens noble du terme, sur les politiques publiques que nous devons mener. Lui, il fait du sport une instrumentalisation politicienne qui ne va pas dans le même sens que les valeurs que nous voulons porter à la Ville de Montpellier. Nous ne nous situons pas au même niveau ».
« Il ne faut pas se moquer de la gueule du monde »
Si les deux parties persistent dans le même sens, surtout politiquement, difficile d’imaginer un retour à l’apaisement. Pour autant, Christian Assaf l’assure, le MHR ne pâtira pas de cette situation. « Même si Monsieur Altrad persiste dans son attitude et sa posture, nous serons toujours au rendez-vous de nos engagements. Quand il faudra changer la pelouse, nous changerons la pelouse, quand il faudra changer les fauteuils, nous changeront les fauteuils… ».
Reste tout de même un dernier point à corriger quant à une dernière critique du potentiel candidat en 2026. « J’ai cru entendre que nous n’avions pas une politique sportive digne de ce nom. Je ne sais pas sur quelle planète vit Mohed Altrad. Nous avons reçu 38 délégations du monde entier pour se préparer aux JO à Montpellier, tout le monde trouve que nos équipements sont extraordinaires. Évidemment, tout n’est pas parfait, il faudrait des investissements à certains endroits mais nous accueillons des événements nationaux et internationaux. Il ne faut pas se moquer de la gueule du monde. Que l’on dise que l’on ne fait pas les bons choix, je peux l’entendre, mais dire qu’il n’y a pas un volontarisme de faire du sport un marqueur de cette ville, c’est vivre sur un autre monde » tonne Christian Assaf. Plaquage dans les règles, ça joue… avec la possibilité de se retrouver aux municipales et comme le dit Hervé Martin : « Ce sera projets contre projets, valeurs contre valeurs ».
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