C’est une affaire délicate qu’a eue à examiner le tribunal correctionnel d’Alençon le 27 mars 2025. Les gestes équivoques, attouchements sur les fesses et les seins et tentative de baiser sur la bouche dont la jeune fille accuse son maître de stage à L’Aigle (Orne), ne laissent en général pas de traces biologiques et n’ont pas eu de témoin oculaire.
C’est donc parole contre parole entre la jeune fille qui réitère ses accusations devant le tribunal et le prévenu qui les nie farouchement.
Une tentative de bisou sur la bouche
Tout commence pour la jeune fille par une proposition de stage de troisième annulée au dernier moment. Prise de court, elle sollicite son voisin d’immeuble dans ce quartier populaire de L’Aigle. Celui-ci accepte de l’accueillir dans son commerce de restauration rapide. En arrivant au travail, ils se font la bise « comme des bisous de grand-mère » précise-t-elle.
Un peu plus tard une main du vieil homme aurait effleuré une fesse de la jeune fille. Puis il aurait pincé son vêtement au niveau du sein gauche en disant « poussière, poussière ». Enfin, au moment de prendre congé, il aurait tenté de transformer la bise habituelle en « bisou sur la bouche ». Alertés, le CPE du lycée et la maman de la jeune fille ont mis un terme immédiat au stage et ont déposé plainte.
Il ne s’est rien passé
Bien qu’installé en France depuis une quarantaine d’années, le prévenu maîtrise mal le français, ce qui rend nécessaire le recours à une interprète agréée.
Selon lui, il ne s’est rien passé. La bise est habituelle avec cette petite voisine qu’il connaît depuis toujours. Il lui a juste montré des cheveux qui se trouvaient sur son pull pour qu’elle les enlève par mesure d’hygiène.
Les échanges laissent supposer qu’il pourrait y avoir autre chose que les faits incriminés.
Menace de faire fermer sa boutique
C’est ainsi qu’il aurait aussi donné 20 € à la jeune fille pour la dédommager d’une tache qu’elle aurait faite sur son T shirt. Celle-ci aurait menacé le commerçant de faire fermer sa boutique pour des faits antérieurs… sans préciser de quels faits il s’agit.
Pour sa part, la lycéenne explique sa situation.
On habite le même immeuble. J’ose plus sortir, j’ai peur
Le prévenu n’a aucune mention à son casier judiciaire. L’expert psychiatre ne mentionne aucune anomalie mentale, trouble psychique ni état dangereux.
« Cela ne se fait pas »
Pour la partie civile, Me. Aline Bougeard indique que la jeune fille a conscience des conséquences éventuelles résultant de fausses déclarations. Elle souligne la constance de ses affirmations aussi bien devant les responsables du lycée, sa mère ou les enquêteurs.
Elle fait part enfin de la sidération que provoquent chez elle les dénégations du prévenu. La jeune fille aurait déclaré à son avocat, « je veux qu’il entende que cela ne se fait pas ».
Un majeur en position d’autorité
Pour le ministère public, Hélène Tardif rappelle que le délai pour caractériser une agression sexuelle sur mineur de moins de quinze ans est porté à dix-huit ans lorsque le majeur se trouve en position d’autorité ce qui est le cas, s’agissant d’un maître de stage. Elle fustige le prévenu qui « veut faire passer la jeune fille pour une menteuse » et conclut, « c’est sa parole que je veux porter ».
Elle requiert 6 mois de prison avec sursis probatoire et une interdiction de contact ce qui, compte tenu des circonstances, entrainerait pour le prévenu une obligation de déménager.
« Une justice de luxe »
Pour la défense, Me. Kian Barakat du barreau de Caen (Calvados) pointe tout d’abord « une justice de luxe » eu égard aux faits reprochés. Elle indique qu’avec l’âge, son client peut présenter des troubles de mémoire mineurs.
Elle rappelle que, père de quatre filles et un fils et grand père de dix petites filles, le prévenu vit au quotidien dans un environnement familial « essentiellement féminin ».
« La seule décision qui s’impose, la relaxe »
Elle estime que ce qui est reproché à son client « est un non-sens ». En effet, soit les faits n’ont pas eu lieu, soit ils ont eu lieu et ils n’avaient pas la même signification pour les deux protagonistes. Dans tous les cas « la seule décision que la loi impose, c’est celle qui résulte du doute, c’est-à-dire la relaxe ».
Le tribunal retient la culpabilité et prononce une peine de six mois avec sursis simple, l’interdiction de contacts pendant deux ans et l’inscription au FIJAIS, le fichier judiciaire des auteurs d’infractions sexuelles. Il accorde 500 € de dommages – intérêts à la plaignante et 750 € pour ses frais de justice.
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