Mme B. est entrée en contact avec la Rédaction d’ActuLot.fr et de La Vie Quercynoise, à la suite de plusieurs échanges téléphoniques et partage de documents du dossier. Cette Lotoise nous livre son témoignage, après 17 années de violences conjugales et intrafamiliales, en espérant contribuer à une prise de conscience des difficultés rencontrées, même après avoir révélé les faits en gendarmerie et devant la justice. Par respect pour toutes les personnes concernées par cette affaire, à commencer par les enfants, nous diffusons ce témoignage sous le sceau de l’anonymat.
« J’ai partagé la vie de mon ex-conjoint de 2007 à 2018. Ensemble, nous avons eu deux enfants, nés en 2008 et 2010. J’avais également un enfant issu d’une précédente union, un enfant que mon ex-conjoint refusait de voir, par peur que nos 2 enfants deviennent « handicapés comme lui ». Dès la première grossesse, les violences ont commencé. D’abord psychologiques, elles sont devenues physiques, économiques et sexuelles. Pendant 11 ans, j’ai vécu sous l’emprise de cet homme, dans un quotidien rythmé par les insultes, les humiliations et les coups. Il me traitait de « salope », « pétasse », « mère irresponsable », m’assurant que je ne valais rien et que personne ne voudrait jamais de moi.
Les violences psychologiques et physiques s’enchaînaient : gifles, coups, poussées violentes, entrecoupés de moments plus calmes… Il m’a contrainte à des violences sexuelles, dont des actes imposés et des pressions pour des pratiques dégradantes qu’il voulait filmer ou photographier. Il parlait même d’organiser des échanges sexuels. Ces viols conjugaux n’ont jamais pu être poursuivis, faute de preuves matérielles, me laissant seule face à cette violence invisible.
Pourquoi j’ai attendu si longtemps ?
Parce que pendant toutes ces années, je ne réalisais pas clairement la gravité de la situation. Même si je travaillais, j’étais isolée, persuadée que j’étais responsable de tout ce qui arrivait, que si je faisais différemment, il changerait.
Je suis restée par peur : peur de lui, peur du regard des autres, peur qu’il réalise ses menaces envers mes enfants. Il alimentait en moi un espoir cruel en alternant violences et périodes d’apaisement, des moments où je retrouvais l’homme dont j’étais tombé amoureuse, où tout apparaît aux premiers mois idylliques, presque à un conte de fées, me laissant espérer que tout pouvait redevenir comme avant, comme aux premiers temps.
J’ai longtemps douté de moi-même, isolée et convaincue que je ne pourrais pas m’en sortir seule. Jusqu’à ce que j’aie la chance de rencontrer une personne bienveillante, quelqu’un qui a su progressivement débloquer ma parole, m’aider à retrouver confiance en moi, et surtout me faire prendre conscience que je devais partir, pour mes enfants et pour moi-même. C’est grâce à ce soutien que j’ai enfin trouvé la force de quitter cette emprise destructrice.
Des enfants pris dans l’engrenage
Mes enfants n’ont pas été épargnés. Ils ont grandi sous les cris, les coups, les humiliations. Il les traitait de « merdeux », de « bons à rien », et leur faisait porter la responsabilité de ses crises de violence. Mon aîné, issu de ma précédente relation, a dû vivre à l’écart pour sa sécurité. Les deux enfants communs ont assisté et subi les violences, ce qui a conduit l’aîné à développer un stress post-traumatique sévère, diagnostiqué plus tard.
La séparation : le début d’un autre combat
En 2018, j’ai enfin trouvé la force de partir malgré la peur. Mais l’enfer ne s’est pas arrêté là. Mon ex-conjoint a entamé une véritable campagne de dénigrement, une menace qu’il agitait depuis des années, chaque fois qu’il sentait que je voulais m’éloigner. Il me répétait que si je partais, il s’assurerait que je perde la garde des enfants, la maison et tout ce que j’avais construit. Cette menace planait en permanence sur notre foyer, me maintenant dans une peur constante de ses représailles. Dès la séparation, il a mis son plan à exécution : il s’est appliqué à me présenter progressivement auprès des institutions administratives, judiciaires et médicales comme une mère folle, manipulatrice, voire dangereuse. Il a multiplié les signalements calomnieux aux services sociaux, allant jusqu’à m’accuser de rendre mes propres enfants malades ou handicapés. Cette stratégie de dénigrement ne date pas de la séparation. Dès la vie commune, il avait déjà soigneusement préparé le terrain en donnant cette image de moi à ses proches, à nos connaissances communes, mais aussi à certains professionnels. Il me décrivait comme instable, hystérique, incapable de gérer les enfants, ce qui lui permettait, dès qu’un conflit éclatait ou qu’une séparation se profilait, de se poser en père protecteur face à une mère toxique. Ce travail de sape a laissé des traces profondes, créant un climat de suspicion autour de moi, même après la séparation.
Mais son ultime acte indirect a été de téléphoner à plusieurs reprises au médecin de famille, celui qui suivait mes enfants et moi-même depuis de nombreuses années. Ce médecin, pourtant confident privilégié de mes enfants, celui à qui ils avaient confié leurs souffrances et qui avait lui-même constaté les violences psychologiques exercées par leur père, a fini par reprendre à son compte les accusations répétées de mon ex-conjoint.
Ces appels insistants ont poussé ce médecin à faire un signalement auprès du procureur, déclenchant ainsi une enquête sociale extrêmement éprouvante. Durant cette enquête, les travailleurs sociaux ont malheureusement pris parti pour le père, qui lui-même souhaitait ouvertement que ses enfants soient placés sans droit de visite, n’en souhaitant d’ailleurs aucun. Heureusement, le passage devant le juge des enfants a enfin permis une écoute attentive de mes enfants, de mon compagnon et de moi-même. À la suite de cette audience, le juge a statué en notre faveur, prononçant un non-lieu à assistance éducative, reconnaissant ainsi l’absence de fondement des accusations portées contre moi et validant la réalité des violences subies par les enfants. Ce jugement a été un immense soulagement, rétablissant enfin la vérité et mettant un terme à cette douloureuse période d’incertitude et de peur.
Les violences administratives
À travers l’obligation de cosigner chaque décision concernant les enfants, mon ex-conjoint a continué d’exercer son emprise et cela sous différentes formes :
– Il a bloqué l’inscription en Instruction en famille avec le CNED * partagé pour notre fils, pourtant nécessaire en raison de sa phobie scolaire et de son stress post-traumatique, j’ai donc dû trouver des solutions de remplacement afin qu’il ne fasse pas une « année blanche »…
– Il a refusé de répondre aux courriers, rejeté les recommandés, expliquant même vouloir « faire le mort »,
– Il a mis plus de six mois à signer le refus de succession après le décès de ma grand-mère, bloquant ainsi les droits de nos enfants,
– Il a aussi retardé pendant plus de six mois l’envoi du dossier médical pour une évaluation diagnostique de notre enfant.
Une maison, une liquidation impossible
À ce jour, la liquidation de notre régime matrimonial n’est toujours pas finalisée. Nous sommes propriétaires d’une maison achetée à parts égales, chacun ayant apporté des fonds propres. Cependant, j’ai financé seule les travaux nécessaires à la maison, toujours avec mes propres deniers. Aujourd’hui, la maison a perdu de sa valeur car ces travaux doivent être refaits, et une procédure judiciaire pour malfaçon est en cours. Il semblerait que Monsieur refuse de céder sa part à nos enfants, prolongeant ainsi son emprise financière, et il réclame désormais une soulte exorbitante, une somme totalement irréaliste dans notre situation actuelle. Mon nouveau conjoint et moi-même sommes aidants familiaux, consacrant notre temps aux soins et à l’accompagnement de nos enfants. Mon ex-conjoint, lui, ne verse que 200 € par mois de pension alimentaire pour ses deux enfants et n’a jamais contribué aux frais exceptionnels, malgré le divorce prononcé à ses torts exclusifs.
Un soutien qui a tout changé
Quelques mois après la séparation, j’ai refait ma vie avec un homme qui m’a soutenue, protégée, et qui a témoigné en ma faveur et surtout en faveur de mes enfants, lui-même connaissant mon ex-conjoint. Grâce à lui et au soutien d’amis retrouvés, nous avons pu enfin entrevoir un avenir plus serein. Mais même après la séparation, mon ex-conjoint a continué à répandre ses médisances et à formuler de fausses accusations, cherchant à salir et décrédibiliser toutes les personnes qui osaient me soutenir. Ceux qui m’apportaient leur aide ont été éclaboussés par ses calomnies, et cette pression constante a fini par avoir de graves conséquences. Mon compagnon, mon protecteur, a subi un AVC, directement lié au stress intense généré par ces attaques répétées et par la peur permanente de nouvelles représailles. Heureusement, il s’en est bien remis, mais cet épisode a marqué un tournant supplémentaire dans la prise de conscience de l’impact de cette situation sur l’ensemble de notre entourage.
Mes enfants, eux, ont été maintenus dans la peur, contraints d’aller en espace-rencontre pour voir leur père, alors qu’ils exprimaient clairement leur angoisse et leur refus face à ces visites. Pire encore, mon ex-conjoint ne s’est même pas présenté à trois de ces rencontres, les laissant attendre, dans l’angoisse et l’incompréhension, nourrissant encore davantage leur sentiment de peur et leur insécurité affective.
Une décision de justice après 6 ans de procédure
Après plus de six années de procédures, la justice a reconnu le manque d’investissement du père ainsi que l’impact négatif de son comportement sur les enfants. Le juge des enfants a décidé de ne pas mettre en place de mesure d’assistance éducative, et le juge aux affaires familiales a statué en faveur d’une autorité parentale exclusive confiée à la mère.
Pourquoi je témoigne aujourd’hui ?
Si je témoigne aujourd’hui, c’est pour apporter un éclairage sur ce que peuvent vivre certaines familles après une séparation marquée par des violences, et ce même si l’ex-conjoint (e) est reconnu coupable de violence devant la juridiction pénale. Ce témoignage a pour but de mettre en évidence les mécanismes qui permettent à ces violences de se prolonger, parfois de manière indirecte, au travers des procédures judiciaires, des interventions sociales ou des démarches administratives.
Il paraît important que l’ensemble des professionnels concernés – protection de l’enfance, services sociaux, justice, professionnels de santé – puissent reconnaître que les violences post-séparation s’inscrivent dans la continuité des violences conjugales, et qu’elles doivent être abordées dans cette globalité. Chaque signalement, chaque accusation, chaque blocage administratif, doit être analysé avec une attention particulière lorsqu’un contexte de violences a déjà été identifié.
Je témoigne aussi dans l’espoir que d’autres familles puissent être mieux protégées, car malgré les avancées législatives, la mise en pratique sur le terrain reste souvent éloignée de ces principes. Les textes existent, mais c’est leur application concrète, au plus près des réalités vécues par les enfants et les parents protecteurs, qui doit devenir une réelle priorité. Enfin, ce témoignage s’adresse également à mes enfants, pour qu’ils sachent – même s’ils le savent déjà – qu’ils ont fait preuve de courage, et que leur parole a de la valeur. À travers ce récit, j’espère aussi contribuer à faire entendre la voix de tous les enfants confrontés aux violences familiales, afin que leur parole soit pleinement écoutée et prise en compte. »
* CNED : Centre national d’enseignement à distance
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