« Aulas, coup de force ou coup de bluff ? », s’interroge un hebdomadaire à sa Une ce mercredi 19 février 2025, un autre article de la presse lyonnaise se demande « À quoi joue Jean-Michel Aulas ? ».
Depuis dimanche soir et son interview au Figaro où il déclare officiellement réfléchir à une candidature à la mairie de Lyon en 2026, le petit monde politique lyonnais s’affole d’une possible entrée en campagne de l’ancien patron de l’Olympique lyonnais.
Le septuagénaire fait un pas de plus vers cette possibilité après avoir multiplié les messages rageurs sur X (ex-Twitter) contre la politique des élus Verts à la mairie et à la Métropole. Travaux et bouchons, impact sur l’économie… et même sécurité.
Chez les écologistes, on retient (encore) les coups
Une pré-campagne qui ne dit pas son nom qui officiellement n’inquiète pas les écologistes sortants. Mais les derniers propos de Jean-Michel Aulas sur les travaux saturent l’espace médiatique local, rendant difficile les prises de parole pour défendre une « transformation nécessaire de la ville ».
« Un mauvais moment à passer », dit le maire de Lyon Grégory Doucet. Pour lui, une fois les pistes cyclables, les rues refaites et les lignes de tramways livrées, la critique va baisser d’un ton.
Le maire sortant retient d’ailleurs ses coups, pour l’instant. Tant que Jean-Michel Aulas n’est pas vraiment candidat, Gregory Doucet salue le « grand patron ». « C’est assurément le plus grand président que l’OL ait eu dans son histoire et je le dis sans offense pour l’actuel président du club. C’est aussi un grand entrepreneur lyonnais (…) », a répondu le maire mardi sur Sud Radio.
Pour lui, s’il se lance, « ce sont aux électeurs de trancher », commente-t-il sobrement. Pas l’ombre d’une attaque ou d’un coup de griffe.
Gautier Chapuis, à la tête du groupe d’élus écologistes à la mairie de Lyon, assure à actu Lyon que les derniers propos d’Aulas « clarifient d’une certaine manière son positionnement à rebours de ce que nous portons sur la transformation de la ville ». « Sur la forme, je m’interroge sur la virulence de ses propos quand le même Monsieur Aulas alors président de l’OL s’indignait à raison des attaques qu’il pouvait recevoir lui-même ».
Ces derniers jours, ses tweets faisant un lien direct entre les travaux et l’accident mortel qui a coûté la vie à deux jeunes à trottinette, ne passent pas chez les écologistes. Réponse immédiate et directe de l’adjoint au maire Valentin Lungenstrass : « Vous êtes enquêteur de police maintenant ? Gardez vos commentaires indignes et abjectes sur cet accident pour vos pensées! ».
« Il ira jusqu’au bout »
À droite et au centre, les réactions sont très diverses. Un maire de la métropole lyonnaise, qui ne souhaite pas être cité, est convaincu qu’il « ira jusqu’au bout ». « Je pense qu’il sera candidat, ça fait des mois que je le pense, il n’a plus rien à perdre », dit-il. « Il nous a lancé une grenade dans les jambes », rigole l’élu. « Il y en a un qui doit faire la gueule ce (lundi) matin, c’est Pierre Oliver ».
Le maire LR du 2e arrondissement de Lyon est en effet sur la ligne de départ pour 2026. Il compte même les jours avant le scrutin et ne s’en cache pas. Mais l’élu n’est pas officiellement désigné par son parti et il y a une concurrente dans la partie : Béatrice de Montille. Ces dernières heures, plusieurs voix se sont fait entendre pour pousser le premier à se déclarer officiellement candidat.
D’ailleurs chez Les Républicains, c’est l’embarras. « Pas de déclaration à ce jour », répond à actu Lyon Jérémy Bréaud, le maire de Bron et patron du parti dans le Rhône.
Pierre Oliver discute avec Jean-Michel Aulas
« Je suis content qu’il se lance dans l’arène face aux écologistes, on discutait déjà avant ça, on va encore se voir après les vacances. Je suis content qu’il s’engage », nous affirme Pierre Oliver.
Je vais continuer à tracer ma route, on va continuer à travailler ensemble. On travaille sur le rassemblement, sur l’équipe et ce n’est pas forcément facile.
Selon nos informations, Pierre Oliver a vu à plusieurs reprises Jean-Michel Aulas ces derniers jours pour échanger. Un rapprochement en vue ? Les deux hommes sont surtout en train de se sonder, de comprendre leurs ambitions propres…

« Il ne peut pas faire sans les politiques et sans Pierre Oliver »
Pour Laurence Fautra, la maire (LR) de Décines-Charpieu, commune où est implanté le grand stade voulu par Jean-Michel Aulas, on estime qu’il a la carrure pour porter une candidature mais « avec les politiques » déjà engagés à Lyon. « Il ne peut pas faire sans les politiques et sans Pierre Oliver », dit-elle à actu Lyon.
Celle qui connaît bien l’homme d’affaires (elle était contre le grand stade avant de trouver un compromis avec lui), loue « un grand chef d’entreprise pugnace, qui a de la connaissance économique, politique, financière ».
Il a embarqué tout le monde, ça a été un grand dirigeant d’entreprise, un meneur d’hommes, quelqu’un qui est adaptable et qui peut parler à tout le monde. Je le respecte énormément, il est un grand monsieur au même titre que Gérard Collomb. Lyon souffre de ce qui se passe actuellement, je me rangerai derrière la personne qui pourra redonner du panache à Lyon qui doit rayonner à l’international.
Dans le « bloc présidentiel », personne n’émerge
Après la mort de Gérard Collomb, dans le « bloc présidentiel » de Renaissance à Horizons et au MoDem, on tente de reconstruire l’effroyable division de 2020. Cinq ans après, aucun candidat naturel n’émerge à Lyon et les partis se sont juste accordés sur une alliance en vue de 2026.
Yann Cucherat a quitté la vie politique, David Kimelfeld a claqué la porte du parti macroniste… Un Jean-Michel Aulas candidat bienvenue et soutenu par le centre ? Alexandre Vincendet qui dirige l’antenne régionale du parti Horizons, couvre de louanges l’ancien patron de l’OL. Dans une interview à actu Lyon, il assure « qu’il faudra discuter avec lui ».
Chez Renaissance, on prend cette possible candidature avec beaucoup d’envie et « d’intérêt » nous affirme sa responsable locale Sarah Peillon. « Il aurait toute la légitimité d’être candidat à la mairie de Lyon. On regarde ça avec beaucoup d’intérêt, il coche beaucoup de cases (…) Il a le potentiel pour rassembler au delà des clivages partisans. C’est ce que l’on recherche aussi. On aimerait un rassemblement du centre gauche jusqu’à la droite républicaine. Une candidature Aulas soutenu par Renaissance dans le cadre d’un travail en commun et avec un projet pourquoi pas », dit-elle.
Le parti doit désigner d’ici avril un chef de file pour les municipales qui devrait être l’ancien député Thomas Rudigoz, force à lui de négocier ensuite avec d’éventuels partenaires. Gabriel Attal qui dirige le parti sera aussi attentif à d’éventuels rapprochements.

« Le chemin est long, avec qui, comment ? Quel programme ? »
David Kimelfeld, ancien président de la Métropole, qui pourrait aussi se lancer en 2026 dans un espace de centre gauche, salue un homme qui a « une notoriété certaine, il a un capital sympathie » mais le « chemin est long » avant une candidature. « Avec qui, comment ? Et quel programme ? », s’interroge-t-il auprès d’actu Lyon.
« Il y a la phase de critiques et ensuite il y a celle de projets, concrètement ce qu’on veut faire pour la ville. Il faut faire attention à la communication négative qui joue contre Lyon. Il faut critiquer mais être aussi équilibré que possible pour éviter la caricature. On n’est pas dans le dépôt de bilan, dans l’insécurité à tous les coins de rue… », nuance l’élu métropolitain.
« Il a une notoriété extraordinaire, même à l’étranger. Mais la notoriété, ça ne fait pas le bulletin de vote dans l’urne », dit-il.

Une analyse partagée par un élu LR. « Il y a eu l’échec Tapie et Pape Diouf à la mairie de Marseille… Avoir de la notoriété, ce n’est pas une garantie d’élection. La société civile, c’est une espèce de mythe, ça provoque souvent de la déception. La société civile venue chez Macron a généré de la déception, chez les Verts aussi… », dit-il.
Alors Aulas candidat ou pas ? Selon nos sources, le chef d’entreprise consulte des élus et surtout son entourage. Une partie de lui a envie de se lancer mais les obstacles soulevés par ses proches sont nombreux, tant pour l’impact sur ses entreprises, sa famille ou encore son âge.
Source link