Affluence inhabituelle dans la salle d’audience du tribunal correctionnel de Brest, lundi 24 février 2025. Sur les sept dossiers à l’ordre du jour, celui de l’influenceur algérien, arrêté en début d’année dans le quartier de Bellevue, était particulièrement attendu.
Cet homme de 25 ans était jugé selon la procédure de comparution à délai différé pour « provocation directe à un acte de terrorisme commise au moyen d’un service de communication au public en ligne ».
Rappel des faits. Le 3 janvier, celui qui avait comme pseudonyme “Zazou Youssef” sur les réseaux sociaux, était interpellé suite à une enquête déclenchée par un signalement sur la plateforme gouvernementale des contenus et comportements en ligne illicites, Pharos.
« Je vous donne le droit de tirer »
Sur TikTok, l’individu était particulièrement suivi pour ses vidéos sur le football. Il avait 400 000 abonnés. Son compte a depuis été fermé. Sur ce réseau social, il avait publié des vidéos en arabe avec des messages « invitant à la commission d’actes de terrorisme en France et à l’étranger », comme l’avait souligné le parquet après son arrestation.
« Je vous donne le droit de tirer », « tirez même sur les frères », étaient quelques-uns de ses propos.
Celui qui se présente comme « musulman, pratiquant modéré », a indiqué au tribunal qu’il parlait aux Algériens, dans un contexte de crise politique dans le pays, avec une montée en puissance des opposants au régime en place.
Arrivé en France en 2020
« Pourquoi, tout d’un coup, avez-vous eu le besoin d’informer vos compatriotes sur la vie politique en Algérie ? », lui a demandé Christophe Subts, président du tribunal. « Certains veulent poser des problèmes. Il peut se passer beaucoup de choses », a répondu le prévenu, soulignant sa peur de revivre une guerre civile comme celle de 1990 dans son pays d’origine.
Il est arrivé en France en 2020 en situation irrégulière en quête « d’une vie meilleure ». À Brest, il a eu une fille en 2022. Il avait demandé un renouvellement de sa carte de séjour mais s’est vu notifier une OQTF (obligation de quitter le territoire français).
« On a décidé de faire de ce monsieur un exemple, il a été sacrifié »
Son casier judiciaire comporte une condamnation pour vol. Il était également été impliqué dans des dégradations lors des émeutes de 2023. Il a fait appel de sa condamnation.
Camille Miansoni, procureur de la République, a requis 24 mois d’emprisonnement à son encontre, avec une interdiction de fouler le sol français durant cinq ans.
« Vous avez une audience considérable. On ne peut pas accepter qu’un individu se mette à appeler à la violence la plus grave. »
Le représentant du parquet a poursuivi :
Vous appelez à tirer, vous donnez l’instruction de tuer. Il ne peut pas y avoir de tolérance vis-à-vis de ce comportement.
L’un des avocats de la défense a souligné que la vidéo particulièrement violente était un montage réalisé par un lanceur d’alerte. Elle durait environ 30 secondes, alors que la vidéo initiale, dont il n’y a plus de trace, trois minutes.
« Nous avons affaire ici à un “tiktokeur” qui parle de foot et qui se retrouve dans une affaire d’État. Une affaire où il a déjà perdu en devenant un ennemi public en France. C’est un cas d’école de la manière dont sont traitées les affaires politiques en France. Dès lors que le parquet a ouvert une enquête pour apologie du terrorisme, il a fallu gratter ! Le Raid est venu l’arrêter sur les bases d’une vidéo coupée. Il a été placé à l’isolement en maison d’arrêt. On a décidé de faire de ce monsieur un exemple, il a été sacrifié. »
L’Algérien a finalement été condamné par le tribunal à 18 mois de prison, avec maintien en détention, en plus de l’interdiction de paraître sur le territoire français pendant dix ans.
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