Qu’est-il arrivé à l’Eurydice ? Parti de Toulon pour effectuer une plongée d’exercice, le sous-marin se trouvait à une quarantaine de milles au large du cap de Camarat, en face de Saint-Tropez, quand d’un coup, on n’a plus eu de ses nouvelles à partir de 7 heures du matin. Il était prévu qu’il remonte à la surface vers 10 heures. Rien.
Dans l’après-midi, une tache d’huile et quelques débris remontés à la surface confirment malheureusement une information donnée par les sismographes de la région : à 7 h 38 du matin, une secousse a été ressentie, en provenance de la zone où le sous-marin naviguait. Dès lors, le doute n’est guère plus permis. D’ailleurs, l’annonce officielle faite par la Marine ne tarde pas : le sous-marin Eurydice est déclaré perdu corps et biens. 57 disparus. Les recherches entreprises par la Marine et l’aéronavale sur zone pendant plusieurs jours s’avéreront infructueuses.
Minerve et Eurydice, plusieurs coïncidences
Le sous-marin La Minerve est étroitement lié à l’Eurydice. D’abord parce qu’ils sont de la même série Daphné. Ils sont lancés le même jour (19 juin 1962), l’Eurydice à Cherbourg, La Minerve à Nantes. En septembre-octobre 1962, la Minerve vient à Cherbourg pour effectuer ses essais de plongée statique.
Le 27 janvier 1968, La Minerve coule au large de Toulon avec ses 52 membres d’équipage, et les sismographes locaux enregistrent une onde de choc correspondant à l’implosion du navire. Lors de la cérémonie d’hommage qui se déroule le 8 février suivant, c’est à bord de l’Eurydice que le général de Gaulle se rend sur les lieux présumés du naufrage.
En juillet 2019, l’épave de la Minerve est repérée par 2 335 mètres de fond, à 45 km au sud-ouest de Toulon. Une découverte qui permet la rédaction d’un rapport d’enquête sur les causes de la disparition du sous-marin : vraisemblablement une collision avec un navire de surface.
Collision ou problème technique ?
Deux hypothèses pour expliquer le drame. Le sous-marin est rentré en collision avec un cargo navigant dans la même zone. A Marseille, le cargo tunisien Tabarka sera mis en cale sèche pendant plusieurs jours le temps qu’on examine sa coque où on a repéré des éraflures. Mais rien de probant.
En revanche, une hypothèse plus plausible penche pour un déréglage du système de pilotage automatique. Celui-ci doit normalement permettre de redresser le bâtiment après une plongée en piqué. Or, on sait que le sous-marin Galatée (même série que l’Eurydice) avait connu ce type de problème lors d’essais menés au large de Cherbourg quelques années auparavant : on s’était rendu compte qu’il était presque impossible de redresser le navire. La Marine avait demandé des modifications en conséquence…
Est-ce que l’Eurydice s’est retrouvé confronté au même problème, et incapable de redresser sa plongée, a continué de s’enfoncer jusqu’à ce que sa coque – conçue pour résister à une immersion d’environ 600 m de profondeur – implose sous la pression de l’eau (d’où la secousse enregistrée par les sismographes) ?
Un sous-marin construit à Cherbourg
L’Eurydice a été construit dans la cale 4 de l’arsenal de Cherbourg, et lancé le 19 juin 1962 (mise en service en 1964). Il appartient à la série des sous-marins Daphné. Cherbourg a aussi construit dans cette même série le Doris et le Flore (lancés en 1960), le Galatée (lancé en 1961), le Junon et le Vénus (lancés en 1964). Les autres sous-marins de la série (Daphné, Diane, Minerve, Psyché, Sirène) ont été construits par l’arsenal de Brest ou les chantiers Dubigeon de Nantes.
Les sous-marins de la série Daphné étaient des bâtiments de 57 mètres pour un déplacement en surface de 870 tonnes, conçus pour la lutte anti sous-marine, et servant également à tester les équipements destinés aux futurs sous-marins nucléaires. Pour gagner du poids, l’automatisation avait été très poussée à bord, notamment sur les appareils de conduite. Une nouveauté à l’époque, que les équipages avaient parfois du mal à maîtriser…
Forte émotion
Dans le Cotentin, l’annonce du drame a été très vivement ressentie. D’abord parce que l’Eurydice a été construit et lancé à l’arsenal de Cherbourg (juin 1962). Ensuite parce que dans la communauté des marins cherbourgeois, beaucoup connaissaient un ou plusieurs des membres d’équipage de l’Eurydice, ou avaient navigué sur le navire dans le passé. Enfin et surtout, parce que deux marins de l’Eurydice sont originaires du Val de Saire : le quartier-maître mécanicien Michel Gorin, 18 ans, de Brillevast. Et le matelot breveté Roland Dufour, 19 ans, originaire de Tocqueville.
10 membres de l’équipage
Ils n’étaient pas à bord de l’Eurydice au moment du drame pour raisons diverses (santé, permission).
Aujourd’hui encore, on ne connaît pas la raison exacte de la disparition de l’Eurydice, même si son épave a été localisée quelques semaines seulement après le drame (22 avril 1970) à 750 mètres de fond. Elle y est toujours aujourd’hui.
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