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le triptyque qui continue d’empoisonner l’Orne

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« Lutter plus efficacement contre la délinquance qui empoisonne la vie de nos concitoyens. »

C’est, selon le préfet de l’Orne Sébastien Jallet, l’objectif du Plan départemental de sécurité du quotidien, un nouveau dispositif réclamé par le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau et censé mettre en place des « actions ciblées au plus près des réalités locales ».

Département « sûr », délinquance en hausse

Conçu par le préfet de l’Orne avec les forces de l’ordre du département et les procureurs de la République d’Alençon et d’Argentan, ce plan est piloté par « un état-major départemental de sécurité », impliquant également les services d’investigation et de renseignement, l’Agence régionale de santé (ARS) et l’Éducation nationale. « Un travail avec les élus a également été fait en janvier 2025. »

Objectif : faire remonter les difficultés les plus prégnantes liées à la délinquance dans le département, en zone urbaine comme en zone rurale, avec un diagnostic chiffré pour mieux comprendre « le niveau de délinquance ».

Le département de l’Orne est, de prime abord, un département sûr puisque, en 2024, le niveau de délinquance est inférieur de 29 % à la moyenne nationale pour les atteintes aux biens et inférieur de 13 % pour les atteintes volontaires à l’intégrité physique des personnes.

Sébastien Jallet, préfet de l’Orne
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« Pour autant, la délinquance est toujours en hausse depuis la sortie du Covid » et l’Orne connaît des niveaux supérieurs à la moyenne nationale sur plusieurs catégories d’infractions qui constituent donc « les priorités d’actions » du nouveau plan.

Trois quarts des affaires sont élucidées dans l’Orne

Le taux d’élucidation des crimes et délits après des atteintes aux personnes dans l’Orne en 2024 est de 76,40 %. Un chiffre bien supérieur à la moyenne nationale (61,40 %).

Concernant les atteintes aux biens, ce taux tombe à 19,80 % car les « enquêtes sont toujours très compliquées ». Pour autant, il reste, là aussi, bien supérieur à la moyenne du pays sur ce genre de délits (13,60 %).

266 personnes ont été déférées devant la justice en 2024. C’est 80 de plus qu’en 2023. « Une réponse pénale est apportée dans 97 % des cas », signale Laëtitia Mirande, la procureur de la République d’Alençon.

Trafic de stupéfiants

L’opération Place nette déployée dans l’Orne dès lundi 12 février 2024 à L’Aigle a conduit à la saisie de plus de 10 kg de cannabis et à plus de 500 g de cocaïne mais aussi à du matériel de pesage et de conditionnement de la drogue ainsi qu’à des jeux à gratter. ©Groupement de gendarmerie de l’Orne

La première de ces priorités reste la lutte contre les trafics de stupéfiants.

Le département de l’Orne est confronté à un haut niveau de trafic, tant dans les territoires ruraux que dans les villes comme Alençon.

Après une année record de saisies en 2023, policiers et gendarmes ont mis la main sur 25 kg de cannabis, particulièrement en zone rurale, 1,36 kg d’héroïne, 654 g de cocaïne et 93 g de crack, qui « reste un vrai problème sur Alençon », relève Renato Cavarelli, le directeur départemental de la police nationale.

« Outre le danger qu’il représente pour la santé publique, le crack rend aussi le travail des policiers périlleux lors de l’interpellation des consommateurs », note le patron de la police départementale.

Trois réseaux significatifs ont été démantelés cette année, deux en zone gendarmerie et une en zone police, à Alençon.

L’opération Place nette menée à L’Aigle en février 2024, aura « mobilisé 740 militaires au total, dans l’Orne et ailleurs », signale Pierre-Olivier Benech, le commandant du Groupement de gendarmerie départementale.

Plusieurs trafiquants ont été jugés dans cette affaire, « dont la tête de réseau », condamnée à 4 ans de prison et 50 000 € d’amende.

Les trafics en zone rurale sont à analyser à l’échelle régionale et des réseaux importants proviennent souvent de départements limitrophes.

Christophe Bogliolo, procureur de la République d’Argentan

En dehors des villes les plus importantes, la cartographie de la délinquance fait d’ailleurs ressortir un niveau de délinquance élevé en périphérie du département, « ce qui indique l’importance de la délinquance itinérante ou importée », selon le préfet. C’est le cas pour les trafics, mais aussi pour les cambriolages.

Ubérisation du trafic de drogue

Les forces de l’ordre sont aussi confrontées à de nouvelles difficultés dans la lutte contre les stupéfiants avec « l’ubérisation du trafic de drogue ».

Depuis lundi 14 octobre 2024, la police est intervenue à plusieurs reprises dans le quartier de Perseigne, à Alençon, et a saisi plusieurs types de drogues et interpellé cinq personnes.
La police fait face à un « changement de comportement des dealers » et des consommateurs qui a pour conséquence de « disperser les quantités de drogue ». ©L’Orne Hebdo

Les points de deals se font plus rares et les consommateurs se font livrer en passant désormais par internet pour acheter leurs produits. Un système particulièrement présent en zone rurale, plus discret, « très bien organisé » et qui rend plus délicat le travail d’investigation des gendarmes pour « remonter les filières » avec des donneurs d’ordre bien souvent hors du département.

Même constat dans les villes, où la police doit faire face à ce « changement de comportement des dealers » qui a pour conséquence de « disperser les quantités de drogue » et de « multiplier les points de stockage », plus difficiles à identifier.

Cambriolages et escroqueries en ligne

cambriolage alençon
Le département de l’Orne connaît une hausse constante du nombre de cambriolages depuis plusieurs années. ©Archives L’Orne Hebdo

Il y a eu 1 441 cambriolages dans l’Orne en 2024. Un nombre qui n’a de cesse d’augmenter depuis la sortie du Covid. Il y en avait eu 1 081 en 2022, et 1 295 en 2023.

Leurs élucidations restent « très compliquées », mais les patrons des gendarmes et des policiers signalent que « la police technique et scientifique est systématiquement dépêchée sur tous les cambriolages » pour tenter de remonter jusqu’aux auteurs.

Chaque brigade du département dispose désormais d’un groupe de travail spécifique sur la question des cambriolages.

Pierre-Olivier Benech, commandant du Groupement de gendarmerie départementale

Au sein de la gendarmerie, il existe aussi un groupe d’enquête et de lutte anti-cambriolage (GELAC) et un groupe dédié au sein du service départemental de la police judiciaire.

Le boom des escroqueries en ligne

Parmi les inquiétudes des autorités figurent également les escroqueries en ligne, toujours plus nombreuses.

C’est devenu un contentieux de masse qui ne concerne pas uniquement les personnes âgées, avec des modes opératoires de plus en plus astucieux.

Christophe Bogliolo, procureur d’Argentan

« Il représente aujourd’hui 20 % de l’activité judiciaire du tribunal d’Argentan, soit autant que la délinquance routière. Et là aussi, la résolution des affaires est extrêmement difficile. »

Il existe une brigade dédiée à la cybercriminalité dans l’Orne, qui sera dotée d’un gendarme supplémentaire cette année.

Violences intrafamiliales

La tendance est « préoccupante », les chiffres sont « glaçants ».

L’Orne est fortement exposé aux violences intrafamiliales et conjugales. Le nombre de femmes victimes de violences intrafamiliales (VIF) est en augmentation continue depuis la fin de la crise sanitaire et a atteint 1 072 victimes en 2024, soit 129 de plus que l’an dernier (+11%).

Les forces de l’ordre s’efforcent d’améliorer leur « réactivité » dans ce genre d’affaires « pour un traitement prioritaire et adapté des plaintes ».

À ce titre, la Maison de protection des familles créée en 2021 est un atout pour les gendarmes et les policiers, qui accueillent également une intervenante sociale chaque semaine dans leurs locaux pour permettre aux victimes de s’exprimer et les aider dans leurs démarches.

Les meilleures prises en charge et la multiplication des moyens d’appel au secours ou signalements permettent aussi de libérer la parole, ce qui explique en partie ces chiffres inquiétants.

Sébastien Jallet, préfet de l’Orne

Désormais, l’Orne compte 39 places d’hébergement pour accueillir les femmes victimes de VIF, contre 14 en 2023. « Le département est désormais bien doté, mais doit encore travailler sur l’hébergement des auteurs », estime Laëtitia Mirande, la procureure de la République d’Alençon, afin de les éloigner du foyer familial durant l’enquête.



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