Des saisies records. C’est ce que révèlent des informations transmises à nos confrères d’Ici par la gendarmerie nationale. 6,6 tonnes de cocaïne ont été saisies en 2024 par la gendarmerie (contre 698 kg en 2022) sur un total de 53,5 tonnes.
Le trafic n’est plus l’apanage des grandes métropoles. Il touche aujourd’hui 8 communes sur 10 et la campagne manchoise n’est pas épargnée.
Une consommation en plein essor
Si le cannabis, avec près de 18 millions d’expérimentateurs et 1,3 million d’usagers réguliers, demeure en 2023 la drogue la plus consommée en France, la consommation de cocaïne au sein du pays a connu un essor significatif, triplant en volume entre 2005 et 2023 (de 8,3 tonnes à 26 tonnes).
« Portée par la hausse de la production mondiale, qui a accru la disponibilité et le taux de pureté des produits, la proportion dans l’année d’usagers majeurs a fortement augmenté depuis 2000 », selon l’Office français anti-stupéfiants (Ofast).
Ce dernier ajoute : « En 2022, on estimait le nombre de consommateurs dans l’année à 600 000 personnes. Entre 1992 et 2023, l’usage de la cocaïne a été multiplié par dix, passant de 0,3 à 2,7 % parmi les 18-64 ans ».
Selon l’OFDT, près d’un adulte sur 10 (9,4 %) a consommé au moins une fois de la cocaïne au cours de sa vie en 2023, contre 5,6 % en 2017. Un chiffre qui fait froid dans le dos alors que la consommation d’héroïne ne faiblit pas.
Le milieu rural assailli
« Les points de deal classiques ont aussi vu naître, au cours des dernières années, des centres d’appels permettant la livraison des stupéfiants au domicile des clients, qu’ils soient urbains ou ruraux, explique l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT). Si la campagne connaissait bien la tournée du livreur de lait ou de pain, elle connaît aujourd’hui la tournée du dealer. »
C’est dans les départements fortement ruraux que sont observées les plus fortes augmentations de mis en cause pour trafic.
Dans la Manche, le nombre de mis en cause pour trafic de stupéfiants a, lui, baissé de 58,1 % entre 2018 et 2024. Mais cette donnée ne doit pas masquer la réalité de l’emprise du trafic sur l’ensemble du territoire.
Les campagnes les plus reculées ne sont pas épargnées par le phénomène.
Via les réseaux sociaux
« Les réseaux dits d’usagers-revendeurs, selon l’OFAST, sont peu structurés, indépendants et générant des bénéfices relativement faibles. De petite taille, ils sont présents sur l’ensemble du territoire national et opèrent à l’échelle locale sur des secteurs géographiques limités en toute discrétion. »
Soucieux parfois de financer leur propre consommation, ces petits trafiquants d’opportunité agissent comme des autoentrepreneurs.
« Ils gèrent en autonomie leur logistique et fidélisent leur clientèle en utilisant les réseaux sociaux avec des techniques comparables à celles du marketing direct (livraison à domicile, packaging, promotions, carte de fidélité, etc.). »
Les villes secondaires impactées
Les villes secondaires et les petites agglomérations n’échappent pas au phénomène. À Cherbourg-en-Cotentin, on a vu l’émergence de « drive de stupéfiants » fournissant une clientèle qui passait commande via les réseaux sociaux. Ou encore d’« appartements nourrices » où une large gamme de stupéfiants est proposée. Un homme est placé par des grossistes à la semaine pour assurer la vente.
Plus largement, le trafic s’intensifie grâce aux outils numériques permettant de manière anonyme et discrète les négociations, le paiement et l’organisation de la livraison.
Les trafiquants ont détourné l’équipement des livreurs légaux pour faire transporter leur marchandise sans encourir de risques et utilisent le vecteur postal.
Les saisies ont peu d’impact sur le trafic
Outre les traditionnelles transactions en espèces entre le client et le vendeur, le paiement peut s’effectuer sur les réseaux sociaux (cartes prépayées, crypto-monnaies, etc.) ou sur le darknet (avec l’installation préalable d’une messagerie chiffrée comme Telegram et d’un porte-monnaie électronique).
Il est enfin désormais possible de commander des stupéfiants et de suivre l’acheminement par GPS.
En dix ans, on observe un décuplement de la saisie de cocaïne. Mais ces saisies, mêmes massives, n’ont que peu d’impact sur le trafic. Les réseaux ont perfectionné leurs pratiques de vente, rendant complexe leur démantèlement.
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