Le conducteur du pick-up qui avait renversé un adolescent lors d’un « rodéo motorisé » dans une zone industrielle de Saint-Jean-de-Boiseau (Loire-Atlantique) dans la nuit du 17 au 18 janvier 2025 a été jugé le mardi 18 mars 2025 par le tribunal correctionnel de Nantes pour ses « blessures involontaires », sa « conduite à vitesse excessive » et ses « violations délibérées de la réglementation routière », relate l’agence Presspepper.
Cet entrepreneur du pays de Retz spécialisé dans les travaux publics faisait en effet des « drifts » cette nuit-là au volant de son Ford Raptor : les « organisateurs » de ce « rassemblement clandestin » annoncé sur Snapchat avaient préalablement mis « de l’eau savonneuse » et « du gel » sur la chaussée pour « accentuer » les dérapages, a-t-il été dit à l’audience.
Un « monstre de testostérone »
Quelque « 300 voire 400 personnes » assistaient alors à ce « rodéo » non déclaré, a évalué la présidente du tribunal correctionnel de Nantes à la lecture des pièces du dossier.
Mais le prévenu avait perdu le contrôle de ce « monstre de testostérone dont les calandres renforcées arrivent au niveau de la tête », selon l’une des avocates des parties civiles, à cause de ses « freins en surchauffe ».
Il avait terminé sa course dans le portail de la société Altrad Coffrage Etaiement et un Citroën C3, en blessant sept spectateurs, dont deux grièvement.
Placé en garde à vue, le conducteur du Ford Raptor avait d’abord expliqué aux gendarmes avoir été victime de « l’inertie » de son pick-up, dont les freins étaient « rouges » et « ne répondaient plus » : il avait « tapé doucement » l’adolescent, âgé de 17 ans.
Mais ce dernier n’est toujours pas sorti de l’hôpital à ce jour : il va devoir passer « dix fois en salle d’opération » et a subi « de nombreuses transfusions », a dit son avocate. « Depuis le 17 janvier, il ne s’est pas remis debout et c’est très compliqué de s’asseoir dans un fauteuil roulant. »
« Il y en a tous les vendredis »
Le prévenu de 31 ans, père de deux enfants de 5 et 6 ans, a aussi mis la gravité des blessures de l’adolescent sur le compte de la présence d’un « poteau ».
« S’il n’y avait pas eu ce poteau, il n’aurait pas été écrasé », pense le conducteur. Son Ford Raptor roulait en effet à « moins de 20 km/h », a-t-il évalué.
Reste que ce « passionné de véhicules » avait déjà été averti par la justice. Il avait en effet fait l’objet d’une composition pénale en novembre 2021 pour avoir pris part à un précédent rodéo urbain, qui s’était lui terminé sans blessés.
Et si son dépistage aux stupéfiants s’est avéré négatif le 18 janvier 2025 à Saint-Jean-de-Boiseau, son alcoolémie était positive : il avait 0,4 g d’alcool par litre de sang après avoir pris « deux bières » lors d’un dîner « au restaurant avec un client » le soir même.
« La première condamnation m’avait bien calmé : cela faisait au moins six mois que je n’avais pas été à un rassemblement, alors qu’il y en a tous les vendredis, à chaque fois dans un lieu différent », a dit le prévenu à la juge du tribunal correctionnel de Nantes.
Mais c’est en consultant le compte Snapchat des organisateurs qu’il s’était décidé à y « faire un tour »…
Le procureur de la République a lui été « sidéré » et « atterré » par ce qu’il a lu dans le dossier : les « organisateurs » ont « supprimé juste après » ce compte en « promettant » d’en « créer un autre prochainement », alors que « les vidéos sont extrêmement choquantes ».
« Ils viennent pleurnicher sur les réseaux sociaux que les gens ne sont pas capables de respecter leurs consignes de sécurité », a aussi grincé l’avocate du jeune blessé, regrettant l’absence à l’audience de ces « pleutres » d’habitude « si prompts à organiser des rassemblements ».
Une « enquête ouverte » pour identifier les organisateurs
« On croit rêver : ils disent simplement ‘On fait une petite pause dans les rassos’, a halluciné le procureur de la République. Mais que ces organisateurs ne se croient surtout pas à l’abri avec leurs comptes éphémères : le parquet a bien évidemment ouvert une enquête et il met tout en œuvre pour qu’ils puissent comparaître devant le tribunal. »
« En novembre 2015, un run avait déjà fait un mort à Saint-Herblain, a en effet rappelé le magistrat.
Ces drames sont relayés dans la presse locale et régionale… Que faut-il faire pour que les gens comprennent et arrêtent ? On n’est pas sur des rassemblements anodins de passionnés ou de loisirs, mais sur des rassemblements clandestins.
Le procureur requiert la confiscation du véhicule
Il a aussi souligné qu’il existait « un championnat de France de drift parfaitement légal » pour les amateurs de glissades : il se déroule « sur un circuit » et « non pas au fond d’une zone industrielle ».
« Le choc est effrayant : votre véhicule, c’est un Ford Raptor, pas une [Nissan] Micra ! », a par ailleurs lancé le procureur de la République au prévenu.
Dans ces conditions, il a requis six mois de prison avec sursis, deux amendes de 135 € et 2 500 € à payer au Trésor public, un stage de sensibilisation à la sécurité routière à effectuer « sous six mois » et « à ses frais », une annulation du permis de conduire et une interdiction de repasser les épreuves pendant un an.
Le procureur de la République a enfin réclamé la confiscation du Ford Raptor, un véhicule d’une valeur neuve de 110 000 €, mais que l’entrepreneur de travaux publics a acheté « d’occasion » par le biais de sa société pour « 80 000 €» : le prévenu ne peut pas être assimilé à un homme « naïf » qui n’aurait « jamais été averti judiciairement », a-t-il argumenté.
La « responsabilité » des spectateurs
« Le représentant du ministère public sait que la presse est dans la salle, mais il n’est pas raisonnable de transformer mon client en bouc émissaire : les organisateurs, on ne les a pas cherchés une seule seconde », a répliqué l’avocat du prévenu.
Me Franck Boëzec a par ailleurs fait observer que « les gendarmes n’ont pas constaté que de l’eau savonneuse et du gel avaient été mis sur la chaussée », alors qu’ils sont pourtant « arrivés très peu de temps après » l’accident. « Une seule personne le dit », a souligné l’avocat de la défense.
Me Franck Boëzec a également estimé qu’il y avait une « responsabilité collective » dans ce drame, sans pour autant plaider un partage de responsabilités entre le prévenu et les victimes.
« Les gens viennent au plus près, pour pouvoir filmer : on est sur une fête sauvage, qui a lieu parce qu’il y a des spectateurs addicts et prosélytes », a-t-il insisté devant la juge.
Du côté des parties civiles, l’avocate de l’adolescent a demandé une première « provision » de 10 000 € et 1 000 € pour ses frais de justice.
L’adolescent « va devoir faire un trait dans sa carrière »
« Ses parents l’avaient autorisé à y aller car ils croyaient que c’était un rassemblement statique de voitures, a expliqué Me Margaux Catala. Or, sur place, il n’y avait absolument pas de place pour accueillir tous les spectateurs : ils étaient sur les trottoirs, à deux mètres ! Depuis, la vie scolaire et professionnelle de Jules a volé en éclats : il va devoir faire un trait dans sa carrière dans le bâtiment. »
Le second blessé ne va guère mieux : lui aussi « passionné de véhicules », il pensait passer « un moment sympathique » dans ce cul-de-sac de la zone industrielle de Saint-Jean-de-Boiseau. Mais il ne peut toujours « pas s’asseoir » et « ne peut pas rester debout très longtemps » non plus.
« La douleur est telle qu’il a du mal à dormir la nuit, a précisé son avocate, Me Virginie Hamon. Il aurait d’ailleurs voulu venir à l’audience mais il ne peut pas rentrer dans un véhicule. »
Elle a donc demandé une provision de 5 000 € à valoir sur l’indemnisation ultérieure de ses préjudices.
Le tribunal a mis son jugement en délibéré et le rendra dans une semaine.
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