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le naufrage familial d’un couple de Fougères sur fond de proxénétisme à Madagascar

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Le tribunal correctionnel de Nantes a condamné, mercredi 19 mars 2025 un couple parental de Fougères (Ille-et-Vilaine) pour avoir « déscolarisé » trois de leurs quatre enfants et avoir commis, pour le père, des faits de « proxénétisme aggravé » sur l’une de ses deux filles, lors de leur expatriation à Madagascar.

De curieuses rentrées financières

Pascal* (60 ans) et Marie-Pierre (55 ans) avaient quitté Fougères en 2006 pour partir vivre avec leurs quatre enfants à Madagascar, un pays avec lequel la famille n’avait pas « d’attaches » particulières.

Un an plus tard, à 14 ans, l’aîné était entré en « fort conflit avec son environnement » et notamment avec son père : un rapport de l’Aide sociale à l’enfance (ASE) avait mis en lumière ses « dépendances à l’alcool et au cannabis ». Il avait aussi été mis à la porte et avait habité dans un bungalow. L’adolescent avait finalement été « rapatrié » en 2007 et « placé dans une structure » de l’ASE.

Le couple et leurs trois autres enfants étaient restés sur l’île mais avaient connu, à partir de 2010, des « problèmes financiers très importants » : le père avait perdu son emploi et entreprise de la mère avait fait faillite.

En raison de cette situation, Marie-Pierre avait sollicité un « rapatriement familial » auprès du consulat mais la famille se serait « rétractée » : elle aurait « trouvé des protections locales » et des « aides amicales » a rapporté la présidente du tribunal correctionnel.

Les quatre membres de la famille présents à l’audience n’ont pas eu la même version. « On est allés devant le consulat avec les valises et ils n’ont pas voulu [nous rapatrier] », a soutenu la mère.

En tout état de cause, le fils aîné avait fait part de ses « inquiétudes » à sa structure d’accueil pour ses frères et sœurs. Dans ces conditions, les services du consulat avaient débuté une « enquête sur la famille ».

Un « absentéisme récurrent » des enfants, qui manquaient « la moitié des cours », avait été constaté et de curieuses « rentrées financières » obtenues par l’une des filles avaient été décelées « dans des circonstances » qui « laissaient penser à de la prostitution ».

Les enquêteurs avaient remarqué que celle-ci et sa sœur fréquentaient des « bars inappropriés pendant leurs horaires de classe », ce qui avait renforcé leurs « suspicions ».

La famille avait aussi profité d’une « semaine à l’hôtel » payée par un homme que la cadette des deux filles fréquentait – elle avait 12 ans et lui 32 ans – et avec lequel « elle partageait une chambre ».

Avec une dizaine d’hommes

Après un « signalement » de sa sœur, la jeune fille avait finalement été prise en charge dans un autre « hôtel », « rapatriée en région parisienne » puis placée dès son arrivée en juin 2012.

Toute la famille est depuis rentrée en France métropolitaine et les deux parents ont divorcé : le père vit en Loire-Atlantique et la mère en Haute-Savoie.

Entendue une première fois par la police quelques jours après son retour en France, la cadette des deux filles avait confirmé s’être « prostituée » avec une « dizaine d’hommes », dont un « ministre », en contrepartie « de sommes d’argent » et d’un « scooter » : elle en conservait une partie et en donnait une autre à ses parents.

Elle a toutefois toujours soutenu avoir voulu « aider sa famille », que ses parents ne « savaient pas » et qu’elle n’avait « pas de regret ».

À l’audience publique, la plus jeune des deux filles, aujourd’hui âgée de 27 ans et mère de quatre enfants, a expliqué avoir en réalité rencontré à l’époque deux « copines » qui lui auraient « proposé de coucher avec des gars » contre de l’argent. Elle a aussi affirmé que cet épisode, long « d’un an », n’avait eu « aucun impact » sur sa « construction ».

 » Le père était au courant « 

Son père, Pascal, avait quant à lui reconnu être entré dans une « dérive » mais a toujours nié avoir eu connaissance de la prostitution de sa fille. Des « bienfaiteurs » les auraient aidés pour, par exemple, « payer les loyers ». Selon le benjamin de la famille, « chacun avait ses relations ».

Face à un « bloc familial » formé par les quatre membres de la famille présents à l’audience, la plus âgée des deux sœurs – qui avait eu « peur » de venir et était représentée par son avocate Me Cécile de Oliveira – apparaissait comme la « bouc émissaire » aux yeux du ministère public.

Elle a été la seule de la famille à défendre l’idée que sa sœur s’était « prostituée à la demande de ses parents ». Ils lui auraient aussi « demandé » mais elle aurait « refusé ». Au final, elle avait réclamé pour sa cliente 5 000 € de dommages et intérêts pour cette « soustraction » des parents à leurs « obligations légales » : elle a notamment souligné leur « défaut de surveillance » et « l’absentéisme » scolaire des enfants.

Le procureur de la République a quant à lui constaté un « naufrage familial » et a estimé que « toutes les raisons » étaient réunies « pour établir » que le père était « au courant » de la prostitution de sa fille avec le « gratin de Madagascar ».

« Un dossier surréaliste »

Me Olivier Méchinaud, l’avocat de la mère, avait plaidé la relaxe et avait demandé au tribunal que « cette histoire de proxénétisme » soit « absolument sans effet » sur sa « réflexion » vis-à-vis de sa cliente qui comparaissait en effet uniquement pour s’être soustraite à ses obligations parentales.

Me Antoine Barrière, l’avocat du père, avait quant à lui dénoncé un « dossier surréaliste », « uniquement de paroles », qui aura connu « sept juges d’instruction » différents.

Il a expliqué que « toute la famille a été placée sur écoutes pour avoir les déclarations » du père, sans résultat selon lui. L’avocat a conclu qu’il n’y avait « pas d’absolue certitude » que Pascal avait « connaissance de la prostitution » de sa fille et a ainsi plaidé la relaxe concernant cette infraction.

Le tribunal correctionnel de Nantes a toutefois reconnu les parents coupables. Il a condamné le père à quatre ans de prison ferme dont deux avec sursis simple et la mère à un an de sursis simple.

Les parents devront aussi verser un total de 3 000 € à leur fille aînée en réparation de son préjudice moral.

* Les prénoms ont été changés



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