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le commanditaire présumé « crie son innocence »

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L’homme longtemps accusé d’avoir « commandité » la fusillade du Moonlight, le bar à chicha de la rue du Maréchal-Joffre à Nantes (Loire-Atlantique), où un jeune serveur de 24 ans était mort en avril 2019, s’est longuement exprimé mardi 25 mars 2025 devant la Juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Rennes.

« Ce procès, moi, ça fait six ans que je l’attends : 1 500 jours à me dire que je vais prendre trente ans, que je verrai pas mes enfants grandir, […] pour quelque chose que j’ai pas fait », a ainsi résumé Mohamed A., âgé aujourd’hui de 31 ans, au deuxième jour du procès.

Il a donc profité de l’occasion pour critiquer le « costume trop grand » que lui a taillé la Justice depuis que de mystérieux « renseignements anonymes » l’ont désigné comme le commanditaire de cette fusillade considérée comme l’une des plus marquantes qu’a connues Nantes.

« Rétablir la justice »

Placé à l’isolement en détention et entouré à l’audience par les Équipes régionales d’intervention spécialisées (ERIS), ce jeune issu du quartier Bellevue veut aujourd’hui « rétablir la justice » et « comprendre ce qu’il s’est passé » pour que l’enquête autour de la fusillade du bar à chicha de la rue du Maréchal-Joffre fasse un tel naufrage.

Pour rappel, les enquêteurs s’étaient principalement fondés sur les sonorisations issues des micros installés dans son appartement pendant que le Nantais était hospitalisé : il avait lui-même été visé par des tirs à son propre mariage…

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La fusillade du Moonlight avait alors été considérée comme « l’épilogue » du différend opposant son clan à celui du « patron des patrons » du trafic de stupéfiants à Nantes, Issam Lahrach.

Des « interprétations divergentes » des écoutes

Pendant des années, la juge d’instruction en charge de ce dossier avait considéré que Mohamed A. et ses proches avaient commandité voire participé aux tirs survenus cette nuit-là : le bar à chicha était connu pour être fréquenté par « les gars de Malakoff », et notamment le clan Lahrach.

Depuis 2019, Mohamed A. n’a donc cessé de « crier son innocence », sans qu’on ne « l’entende », réclamant « des éléments pour sa défense » qu’on a longtemps refusé de lui communiquer – à savoir la copie de travail des sonorisations sur laquelle les enquêteurs se sont fondés pour rédiger les procès-verbaux transmis à la juge d’instruction.

Son avocat avait fini par les obtenir après l’intervention d’un juge des libertés et de la détention (JLD) de Rennes : ce dernier avait lourdement suggéré à sa collègue de transmettre à Mohamed A. les moyens effectifs d’assurer « sa défense ».

Me Sami Khankan avait par la suite passé « des nuits blanches », pendant « trois mois », pour reprendre les écoutes à zéro et les retranscrire à son tour : il s’était aperçu de « coupures » et « [d’] erreurs » de retranscription de la part des enquêteurs.

Après « cinq ans » où « il n’y a pas eu de justice », la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Rennes avait ainsi repris la main sur les investigations, au grand dam de la juge d’instruction : les magistrats avaient considéré que ces écoutes étaient a minima « sujettes à des interprétations divergentes ».

Au final, les qualifications criminelles avaient donc été abandonnées en juin 2024. Cinq hommes et la femme de Mohamed A. restent néanmoins poursuivis pour des délits – à savoir une « association de malfaiteurs » et des infractions à la législation sur les stupéfiants. Ils sont passibles de dix ans de prison, voire du double en cas de récidive.

« Je me suis inventé une vie »

L’enjeu de ce procès est donc désormais de déterminer si Mohamed A. a mis en œuvre des « actes préparatoires » pour s’attaquer au clan Lahrach, si ses proches y ont été associés ou si tout cela n’est resté qu’au « stade de la réflexion », comme le lui a expliqué la présidente de la JIRS.

Or, dans les sonorisations de son appartement, il apparaît qu’une « réunion » s’était tenue peu de temps avant les faits, entre différents protagonistes du dossier. Le son de la télévision avait été monté, mais on parvient à distinguer le mot « Moonlight »…

L’un des participants, jugé en 2022, avait toutefois été relaxé de cette « association de malfaiteurs » par cette même JIRS. « J’voulais me venger, j’avais envie de faire des dingueries, mais je l’ai pas fait », a de son côté répété le trentenaire, mardi 25 mars 2025.

Pour rappel, en janvier 2025, un procès sous haute sécurité s’était déjà tenu à la cour d’assises d’Ille-et-Vilaine : cinq hommes – dont des proches du clan Lahrach – avaient été condamnés pour des « tentatives de meurtre », le premier fait ayant visé Mohamed Abassou. Erba T., le « porte-flingue » d’Issam Lahrach, avait lui été acquitté.

« J’ai dit tout et son contraire, […], je fumais des joints, j’étais sous médicaments, j’étais paranoïaque, je passais du coq à l’âne, je me suis inventé une vie », résume Mohamed A.

Actuellement sortant de prison en « décembre 2032 », il encourt à présent vingt ans de prison. Il sera fixé sur son sort, comme ses proches, d’ici mardi 1er avril 2025.

Claire Besnard / PressPepper



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