« J’ai jamais tapé sur aucune de mes nanas. Je ne sais ce que je fais là ». A la barre du tribunal judiciaire de La Roche-sur-Yon, jeudi 13 mars, un Yonnais de 42 ans était jugé pour des violences conjugales commises le 17 juillet 2023 à La Roche-sur-Yon sur son ex-compagne et pour des appels malveillants qui ont suivi entre juillet et janvier 2024.
Ce 17 juillet 2023, une dispute éclate dans le couple qui vacille depuis quelques semaines. La jeune femme porte plainte le 23 juillet suivant, expliquant avoir reçu des coups de poing, certificat médical à l’appui attestant des traces de morsures sur l’épaule et au sein gauche, ainsi que des symptômes dépressifs, un trouble anxieux et une Incapacité totale de travail (ITT) de dix jours.
Des violences que nie le prévenu. « Quelles violences ? C’est elle qui s’est jetée sur moi. Je ne l’ai pas frappée, je l’ai juste mise dehors, car elle commençait à tout casser chez moi », explique-t-il à la juge. « Comment expliquez-vous le certificat médical dans ce cas ? » lui demande la juge. Le prévenu assure que ce n’est pas en lien avec ce qui s’est passé ce 17 juillet chez lui. Et d’admettre que « peut-être, je l’ai mis dehors plus violemment que j’aurais voulu ».
Sur les troubles anxieux de la jeune femme, le prévenu indique « qu’elle était déjà en arrêt maladie avant. Je ne suis pas responsable de son état psychologique ».
« La séparation s’est très mal passée »
Ces faits du 17 juillet ont été suivis par de nombreux échanges entre lui et son ex-compagne. Des messages et appels « menaçants et insultants ». « Vous l’avez contacté 515 fois entre juillet 2023 et janvier 2024 », lui rappelle la juge. « Et elle, 326 fois », rétorque le prévenu qui reconnaît tous les messages et appels. « La séparation s’est très mal passée. Ces messages, c’était pas du harcèlement, c’était parce que j’étais malheureux, car encore amoureux d’elle et je ne savais plus comment réagir », explique le quadragénaire, avant d’ajouter que « si j’avais su, j’aurais fait autrement ».
Pour mettre fin à cette spirale, le Yonnais a décidé de « couper les ponts » et de quitter le pays. « J’ai changé de vie, j’ai quitté La Roche pour fuir mes mauvaises fréquentations, oublier tout ça. J’ai trouvé un travail au Portugal depuis neuf mois », détaille-t-il.
Me Océane Goursaud, avocate de la victime, regrette le manque d’excuses. « Il n’a rien fait, il a refait sa vie alors que madame subit toujours cette relation toxique où elle était sous l’emprise de monsieur. »
Depuis les faits, l’avocate explique que la plaignante, présente à l’audience et très émue, s’est « effondrée psychiquement », avec plusieurs mois d’hospitalisation. Et ne peut entendre les contestations du prévenu sur les violences, rappelant les éléments du certificat médical établi dès le lendemain des faits.
Neuf mois de prison requis
L’avocate a demandé 9 714 € pour le préjudice matériel, notamment le coût des hospitalisations qui n’ont pas été prises en charge, et 5 000 € pour le préjudice moral. Neuf mois de prison dont trois mois avec sursis probatoire ont été requis avec obligation de soins et obligation de suivre un stage sur la prévention contre les violences conjugales.
Pour Me Claire Colinet qui défend les intérêts du prévenu, seuls les appels malveillants sont caractérisés. Elle se dit « plus embêtée sur les violences », jugeant les auditions de la victime contradictoires entre ce qu’elle a pu dire aux enquêteurs et ce que le certificat médical indique. « Morsure ou coup de poing ? les versions de madame sont ambiguës ». Et de ne retenir qu’« un fait unique, quand il met madame dehors de façon peut être virulente ». Elle demande un jugement « à de justes proportions ».
Quant aux dommages réclamés, l’avocate a demandé que la victime soit déboutée, rappelant qu’elle « était en arrêt avant les faits. Son état psychologique n’est pas en lien avec les faits du 17 juillet ». Le jugement a été mis en délibéré et sera rendu le 17 avril 2025.
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