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la terrible histoire de Rémi mobilise

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Un sans-abri qui s’était fait voler son chien, en pleine rue, dans sa tente, en décembre dernier dans le 8e arrondissement de Marseille, a également vu une cagnotte ouverte à son bénéfice être « détournée », accusent ses soutiens.

Une plainte collective contre la « responsable » de ce « scandale » est lancée.

Son « compagnon de tous les jours » arraché à lui

Rémi ne s’est toujours pas remis du départ de Bosco, un Beauceron croisé qu’il avait eu «à un mois», fin 2021, et qui le suivait depuis. Y compris à Marseille où ce Franc-Comtois d’origine, un ancien apprenti ouvrier forestier qui a dû tout arrêter après avoir été blessé dans la tempête de 1999, s’est fixé il y a un peu moins de trois ans.

Le 23 décembre 2024, son « compagnon de tous les jours » lui est arraché. Littéralement, comme il le raconte à actu Marseille.

Un jour, des gens m’ont demandé une clope, je n’en avais pas à leur donner. Ils m’ont insulté, menacé. Je ne me suis pas inquiété. Ça arrive souvent. Le soir, ils m’ont tendu une embuscade dans ma tente. Je ne me suis rendu compte de rien. Puis, ils m’ont mis un couteau sous la gorge.

Rémi
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Ses trois agresseurs emportent Bosco, « les papiers » de ce dernier, un téléphone et quelques affaires, « du matériel sans importance ». L’homme de 42 ans à l’imposant gabarit est sous le choc, anéanti. « D’autant plus qu’en août, j’avais déjà perdu mon autre chien, mort après un coup de chaud qu’il n’a pas supporté vu son âge », explique-t-il.

Une cagnotte, puis une deuxième, d’une inconnue

Autour de lui, la chaîne de la solidarité s’organise. Connu dans le quartier, près du lycée Poinso-Chappuis où il s’était établi, le sans-abri reçoit entre autres soutiens celui de l’association Waf, qui intervient pour aider les victimes de vols de chiens.

Elle lance un appel aux dons, notamment pour « couvrir d’éventuels frais vétérinaires » quand Bosco aura été retrouvé : 550 euros sont réunis jusqu’à un arrêt… forcé.

« Une autre cagnotte créée sur Leetchi par une personne mal intentionnée ne lui a pas été remise et il y a confusion. Nous en créerons une autre dès que tout cela sera réglé et restons bien évidemment en contact avec Rémi », explique Nathalie Loïko, la fondatrice de l’association, directement sur la plateforme.

Quelques jours après l’agression, une inconnue, y compris du principal intéressé, avait en effet lancé une première collecte baptisée « Aide à Rémi (SDF) ».

La cagnotte vidée, « Rémi n’en a jamais vu la couleur »

2048 euros sont récolés. Sauf que le 162 donateurs ont fini par comprendre qu’il se tramait quelque chose de pas net. Très vite, ils reçoivent des mails successifs de Leetchi les informant de retraits sur la cagnotte et, finalement, de la clôture de celle-ci.

« Le 30 décembre, ça a été 352 euros, puis 320 euros le lendemain, 266 euros le 5 janvier et la totalité du reste [moins les frais prélevés par la plateforme], soit 1101 euros, le 21 février. Sauf que Rémi n’en a jamais vu la couleur », fulmine Fabienne, une amie du sans-abri qu’elle croise, aide et avec qui elle parle longuement d’Histoire, pour laquelle le quadragénaire se passionne. Notamment, le Moyen-Âge.

Rémi et Fabienne, le mercredi 12 mars, dans le jardin Joseph-Chabaud, près du centre commercial Bonneveine, dans le 8e arrondissement de Marseille. (©Fabien Binacchi / actu Marseille)

Une « reconnaissance de dettes »

Sur les réseaux sociaux, les messages se multiplient sur une possible arnaque. La créatrice de la cagnotte, une jeune femme de 22 ans, est sommée de verser les sommes. « Elle ne répond pas ou explique qu’elle ne traitera qu’avec Rémi. Elle ne fait que balader les gens. Je pense qu’elle a tout prémédité », s’agace encore Fabienne.

A-t-elle utilisé l’argent à des fins personnelles ? A-t-elle vraiment l’intention de le donner à Rémi ? Finalement, la semaine dernière, le 7 mars, elle va à sa rencontre et lui verse la somme de 140 euros. Elle lui signe une « reconnaissance de dettes » non officielle dans laquelle elle s’engage à le « rembourser » avant le 30 juin 2025.

« Rémi est trop gentil, elle le manipule »

Mais, pour Fabienne, « ce papier n’a aucune valeur ». « D’autant plus qu’il n’est pas précisé d’échéancier », dit-elle. Le sans-abri, lui, aurait tendance à la croire. « Enfin, oui et non », précise-t-il. « Il est trop gentil. Il est adorable. Elle le manipule », rectifie son amie.

Contactée par actu Marseille, la créatrice de la cagnotte qui évoquait à BFM Marseille Provence un « quiproquo », répond par SMS qu’elle « ne [répondra] à aucune question ». Elle indique tout de même s’être adjointe les services d’un conseil juridique. « Je reste en contact avec Rémi et mon avocat, c’est tout », explique-t-elle.

Une procédure lancée d’ici quelques jours

Les donateurs, en tout cas une dizaine d’entre eux pour le moment, ont fait de même. « Une plainte collective est en cours », précise un communiqué des soutiens de Rémi, appelant ceux qui ne l’ont pas encore fait à se « manifester » pour « que justice soit faite ». Une adresse e-mail ([email protected]) a été ouverte à cet effet.

L’argent a été détourné. La responsable vit librement sans aucune inquiétude. Elle a profité de la générosité des donateurs pour s’enrichir sans scrupule. C’est inadmissible, elle doit répondre de ses actes.

Les soutiens de Rémi, dans un communiqué

Une procédure devrait être lancée au plus tard en début de semaine prochaine. « Je m’apprête à mettre cette dame en demeure de restituer l’argent à Rémi », indique à actu Marseille Me Raphaël Morenon, du cabinet Solent avocats.

Il précise : « ces agissements pourraient relever de l’escroquerie, qui peut être punie de cinq ans d’emprisonnement et de 375 000 euros d’amende ». Et constate de plus en plus d’arnaques de ce genre avec « des gens qui ont un vrai sentiment d’impunité ». « Dans ce cadre-là, autour de la détresse d’un sans-abri, c’est moralement navrant », tranche-t-il.

« Par rapport à la bonté des gens, ce n’est pas bien »

En attendant, Rémi, ne pense pas aux dons et à cet argent qui lui était destiné. Il redoute surtout que cette affaire pénalise encore ceux qui sont dans le besoin.

« La France est devenue un pays individualiste. Et, avec tout ça, j’ai peur que ceux qui font encore des bonnes actions n’aient plus envie d’en faire, explique-t-il. Par rapport à la bonté des gens, à leur humanité, à la morale, ce n’est pas bien ».

Fabienne conclut : « il est comme ça Rémi, il pense toujours aux autres ».



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