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« La probabilité de nouvelles Législatives avant la Présidentielle 2027 est faible »

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Près de six mois après son arrivée à l’Assemblée nationale, le député socialiste de la dixième circonscription de Haute-Garonne Jacques Oberti a profité de ses vœux à la presse, ce jeudi 30 janvier 2025, pour dresser un premier bilan de son action au Palais Bourbon. Il en a profité pour revenir sur les raisons l’ayant poussé à voter la censure du Gouvernement Barnier en fin d’année 2024, avant de s’attarder longuement sur les négociations en cours pour obtenir un compromis autour du projet de loi des finances. « J’espère que l’on sortira par le haut de cette situation », a-t-il plusieurs fois répété, se montrant plutôt optimiste sur le sujet et précisant ne pas croire à la tenue de nouvelles élections législatives d’ici la fin du mandat d’Emmanuel Macron.

« Ceux qui nous ont amenés là font preuve de peu de modestie »

L’ancien maire d’Ayguesvives a tout d’abord indiqué avoir vécu la séquence de la préparation budgétaire, à l’automne 2024, de façon « très intense » en raison du « calendrier restreint et des délais ramassés entre le moment où le gouvernement Barnier a été nommé et la deadline pour sortir le budget. »

Il explique avoir découvert une méthode de travail très différente que celle appliquée jusque-là au sein des collectivités qu’il a dirigées. « Au niveau local, on travaille d’abord sur les dépenses, et ensuite sur les recettes. À l’Assemblée, on s’attaque dans un premier temps aux recettes puis on s’intéresse aux dépenses. On ajuste ensuite et il reste le déficit », soulignait-il.

La situation s’est tendue car on a vu petit à petit le résultat de l’année 2024 se dégrader et le déficit exploser. C’est d’ailleurs pour cela que la commission des finances s’est transformée en commission d’enquête. […] On remarque pourtant que ceux qui nous ont amenés à cette situation font preuve de peu de modestie et d’humilité quand il s’agit d’en analyser les causes et restent droits dans leurs bottes.

Jacques Oberti
Député PS de la Haute-Garonne

« Une situation financière catastrophique qu’il faut assumer »

Le député de Haute-Garonne estime que l’État paye aujourd’hui les effets d’une « vraie stratégie » qui a consisté à « sabrer les recettes pour ensuite sabrer les dépenses ». Avant d’argumenter : « Il était plus facile de réduire les recettes à travers la suppression de certains impôts comme la Contribution sur la valeur ajoutée des entreprises et la Taxe d’habitation et de tabler dans le même temps sur une relance de la croissance estimée à 4 %. Mais au contraire celle-ci s’est effondrée. Nous nous retrouvons donc aujourd’hui dans une situation financière catastrophique qu’il faut assumer. »

L’élu du Lauragais regrette la situation de blocage auquel a été confronté son parti. « Il y a eu une fin de non-recevoir du Gouvernement Barnier qui a refusé de négocier avec le Nouveau Front Populaire qui était pourtant arrivé en tête aux Législatives. » Un constat qui a abouti quelques semaines plus tard à la censure du Gouvernement. « Je crois que Michel Barnier ne s’y attendait pas, mais c’était inévitable au vu de la stratégie qu’il avait développée. […] Sa faute, c’est d’avoir pensé qu’il pouvait négocier avec le RN tout en refusant de négocier avec nous. Le RN a montré sur cette séquence qu’il n’était pas un parti fiable », poursuit-il.

Michel Barnier est pourtant un homme de qualité, avec un beau parcours, qui aurait pu réussir à trouver un compromis avec une stratégie beaucoup plus ouverte. Mais il est resté bloqué sur cette idée que le NFP, c’était uniquement LFI.

Jacques Oberti

Une censure en guise d’électrochoc ?

Le député de Haute-Garonne l’assume : en votant cette censure, lui et les membres de son parti ont souhaité susciter un « électrochoc » au regard d’un projet de budget qu’il estimait « particulièrement castrateur pour notre économie et notre sécurité sociale ». Même s’il conçoit que la démarche a été « largement critiquée par le monde économique », il fait remarquer que « tout ne s’est pas arrêté de tourner » au 31 décembre 2024.

C’est un choix que l’on a fait en conscience de nos responsabilités. J’ai été beaucoup sollicité pour ne pas voter cette censure. Un député, il reçoit de toute façon des pressions d’un peu partout. Mais ça fait partie du job. Je crois qu’il faut savoir les écouter, tout en étant assez solide pour éviter de tomber dans la facilité. 

Jacques Oberti

Le casting ministériel ne satisfait pas le PS

Désormais, l’ancien président du Sicoval attend un nouveau message du Gouvernement aujourd’hui mené par François Bayrou. « Il faut un budget pour relancer l’économie et ne pas tomber dans la politique du pire », réclame-t-il. Tout en ne cachant pas que le casting de ministres ne satisfait pas vraiment le Parti socialiste : « Quand on voit Bruno Retailleau à l’Intérieur, Gérald Darmanin à la Justice ou Élisabeth Borne à l’Éducation nationale… Ou même Manuel Valls. Même s’il faut admettre qu’il fait plutôt le job sur la séquence, il y a tout le passif. On ne peut pas dire qu’au PS, on ait été ravi de voir ce Gouvernement arriver. »

Pour autant, Jacques Oberti assure que son groupe politique veut s’inscrire dans une « opposition constructive » afin d’aboutir au vote d’un projet de loi de finances. « Nous avons décidé d’entrer en négociation. Europe Écologie Les Verts et le Parti Communiste nous ont suivis. La France Insoumise n’a pas souhaité négocier. C’est leur position, on la respecte. Mais il faut trouver une solution qui permettra de sortir par le haut de cette situation », note-t-il. Avant de saluer l’approche de certains ministres ouverts au dialogue comme le ministre de l’Économie et des finances, Eric Lombard, ou la ministre déléguée aux Comptes publics, Amélie de Montchalin.

Et cela même s’il peut lui arriver d’être qualifié de « traître » lorsqu’il retourne en circonscription. « On se l’entend dire ponctuellement. Mais on nous dit beaucoup plus souvent qu’il faut que l’on négocie », clarifie-t-il.

« Ça peut être quelquefois le tango »

Pour autant, le parlementaire a conscience de la complexité des négociations en cours entre les différents blocs. « Tout le monde avance, et ça peut quelquefois être le tango », illustre-t-il, se satisfaisant au passage des nombreuses avancées obtenues par son groupe comme le recul du Gouvernement sur son projet de suppression de 4 000 postes d’enseignants ou du passage à trois jours de carence pour les fonctionnaires.

On ne veut pas obtenir que des reculs. On veut aussi des avancées dans trois grands domaines que sont le pouvoir d’achat, le logement et l’environnement. […] Mon objectif, c’est de gagner, dans les textes que l’on vote, tout ce qui va dans le sens du programme du NFP et qui serait un gain pour le pays et les Français. Et la méthode que l’on a choisie pour cela, c’est la négociation. C’est celle que j’ai appris à utiliser depuis 30 ans à l’échelle locale. Mais quand je négocie, il faut que j’aie face à moi quelqu’un en qui je peux avoir confiance. On a donc laissé cette chance à François Bayrou.

Jacques Oberti

Le député se veut pour autant très clair, au moment d’évoquer la rupture provisoire des négociations autour du budget provoquée par l’utilisation du terme « submersion migratoire » par le Premier ministre. « Être constructif, cela ne veut pas dire que l’on accepte tout et n’importe quoi. Ce positionnement était inacceptable. On a envoyé un message pour dire qu’il ne fallait pas toucher aux valeurs profondes que nous défendons. C’est aussi un outil de négociation », avertit-il. Avant de revenir sur le sujet un peu plus tard : « Ce qui est dévastateur, c’est d’être dépendant du RN. C’est aussi pour ça qu’on a réagi à ces propos. On a l’impression que le Gouvernement ne comprend pas qu’il peut y avoir un travail intelligent autour d’un socle commun entre les autres blocs. »

Il ne croit pas en une dissolution de l’Assemblée nationale en juin

Malgré la difficulté de la tâche, Jacques Oberti espère une issue favorable aux discussions en cours et éviter une nouvelle motion de censure la semaine prochaine. « La Commission mixte paritaire se déroule en ce moment. On souhaite qu’elle dure. Plus elle se prolonge, plus c’est bon signe. Car cela signifie qu’on négocie », souligne-t-il.

Et lorsqu’on lui demande si la perspective d’une nouvelle dissolution de l’Assemblée nationale au mois de juin ne semble pas inévitable, l’élu socialiste semble balayer d’un revers de main cette hypothèse. « Je peux me tromper, mais je n’y crois pas. La probabilité de nouvelles Législatives avant la Présidentielle de 2027 est faible », pronostique-t-il.

Le député argumente aussitôt son propos : « Il ne peut pas y avoir de dissolution avant le mois de juin. Et il n’y a aucune raison qu’elle intervienne en juin alors que la Loi des finances aura été votée et que l’on sera sur des sujets de la vie courante qui ne sont pas de nature à entraîner de nouvelles élections. Ce qui pourrait en provoquer, ce sera la préparation du budget 2026. Mais le délai sera court, car on sera un an avant la prochaine élection présidentielle. Je pense que l’on ira au bout du mandat présidentiel ». Avant de tempérer légèrement son propos : « Il y a quand même un sujet qui pourrait être problématique, c’est le fameux conclave sur les retraites. »



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