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la plus grande catastrophe aérienne dans le Cotentin

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La plus grande catastrophe aérienne survenue dans le ciel du Cotentin. 

C’est un agriculteur de Sainte-Mère-Eglise qui vient prévenir les gendarmes. Au-dessus de sa ferme, il a nettement entendu le bruit d’un moteur d’avion lui paraissant être en difficulté. Et quelques instants plus tard, il a entendu le bruit d’une explosion en provenance de la côte.

Une explosion, quelques traces

Un peu plus tard, un habitant de Saint-Martin-de-Varreville vient confirmer ce premier témoignage : « je me trouvais sur la plage de Saint-Martin-de-Varreville lorsque j’entendis un avion qui semblait en difficulté ». « Au bout de quelques instants, j’entendis un bruit sourd suivi immédiatement d’une explosion. L’avion venait de s’abîmer dans les flots. Le point de chute doit être situé dans le triangle limité par les îles Saint-Marcouf, les dunes de Varreville et la plage de débarquement de Sainte-Marie-du-Mont« . D’autres habitants du secteur parlent eux aussi d’une explosion terrible, « comme du temps des bombardements ».

Aussitôt prévenue, la Préfecture Maritime de Cherbourg envoie sur place l’escorteur Lansquenet. Le navire ratisse le secteur pendant 24 heures. Rien, aucune trace. A terre, les gendarmes, les douaniers et les riverains inspectent l’estran pendant des heures. Et c’est plus de 24 heures après la disparition de l’avion que l’on retrouve enfin quelques-unes de ses traces, sur la plage de Ravenoville : une sacoche remplie de papiers, une trousse de toilette, une bouée de sauvetage, un siège, un flotteur d’aile et un morceau de carlingue. Et deux cadavres, qui seront déposés à l’hôtel de la Maison-Blanche, où une chapelle ardente a été installée.

L’escorteur Lansquenet participera aux recherches, en vain. © Archives SHD Cherbourg 1958 05.

Pris dans la tempête

Que s’est-il passé ? L’hydravion Latécoère 631 numéro 7 a décollé du Havre en début d’après-midi. A bord, 20 personnes (équipage compris), parmi lesquels le directeur de l’usine SCAN (Société de Constructions Aéronautiques du Havre) où a été construit l’avion. Celui-ci a été mis à l’eau il y a tout juste un mois et lors de ce vol programmé jusqu’à Biscarosse, des essais de consommation d’huile et d’essence doivent être effectués par une équipe de techniciens eux aussi montés à bord.

Le temps n’est pas très favorable, mais le décollage du « Laté » a déjà été reporté de 24 heures à cause de la météo. Alors ce 21 février, il s’arrache quand même de l’eau devant les jetées du Havre, prend de la vitesse, de l’altitude, traverse la baie de Seine, puis s’apprête à couper la presqu’île du Cotentin à sa base, à hauteur de la baie des Veys. Mais là, il rencontre une tempête de neige. Le pilote cherche une autre route, décide de contourner le Cotentin par la côte nord, passe à la verticale de Saint-Vaast avant d’obliquer plein ouest. Pas mieux, la météo. Alors il rebrousse chemin.

Un hydravion hors-normes

L’hydravion Latécoère 631 est un hydravion géant, aux dimensions impressionnantes : 43 mètres de longueur et 57 mètres d’envergure pour un poids à vide de 37 tonnes. 

Ses 6 moteurs lui donnent une puissance de 9 600 ch. Ses réservoirs (38 000 litres) lui permettent une autonomie de 5 à 6 000 km. Il peut emporter 54 personnes (équipage compris)

Le Latécoère 631 desservait la ligne des Antilles d’Air France (avec service hôtelier à bord). Il a été produit à seulement 11 exemplaires, à cause de la multiplication des crashes : quatre (dont celui des îles Saint-Marcouf) entre 1948 et 1955.

Collision avec une épave du port artificiel ?

A Cherbourg, quelques personnes l’aperçoivent, revenant vers l’est, à basse altitude. 

Pourquoi ne tente-t-il pas d’amerrir dans la grande rade ? Le pilote, Raymond Creton, est pourtant Cherbourgeois et a été pilote à la base d’hydraviation locale pendant deux ans dans l’entre-deux-guerres : il connait donc le plan d’eau par cœur. Pas de réponse à cette question, pas plus qu’on ne sait si l’avion avait une radio et si celle-ci fonctionnait : aucun poste côtier n’a reçu de communication en provenance du Laté. Par contre, ce qui est certain, c’est que l’appareil n’était pas équipé de système de dégivrage…

Dans ces conditions, est-ce parce qu’il craignait une plus grande dégradation des conditions météo que le pilote a préféré faire demi-tour ? Quand il s’est retrouvé au large de St-Martin-de-Varreville/Ravenoville, a-t-il voulu tenter un amerrissage et à cause de la mauvaise visibilité, a-t-il percuté un mât ou un bloc de béton des épaves formant l’ancien port artificiel allié au large de la plage d’Utah-Beach ?

Deux victimes originaires du Cotentin

– le pilote Raymond Creton, né à Cherbourg en 1904.

– le technicien Henri Guichard-Toinet, né à Equeurdreville en 1912.

Pendant plusieurs jours, les gendarmes et les douaniers vont arpenter les plages de la côte est du Cotentin, cherchant des pièces qui pourraient expliquer la catastrophe. Un appareil de la base aérienne de Cherbourg survole à son tour la zone du crash pour repérer d’éventuels débris à la dérive en mer. Des pêcheurs partent eux aussi en mer pour trouver le point de chute de l’avion. On va retrouver un troisième cadavre le jour d’après. Et dix autres corps seront finalement rendus par la mer jusqu’au mois de juin suivant. Mais rien d’autre. Le mystère du Latécoère reste entier.



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