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la belle-mère violente l’enfant, le père se tait

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À 58 ans, cette femme à la barre du tribunal correctionnel de Saint-Malo jeudi 13 février 2025 a fait la route depuis le Poitou. La justice lui reproche d’avoir violenté le fils de son conjoint, entre 2020 et 2023 : des violences physiques, mais aussi psychologiques.

L’enfant qui avait alors entre 8 et 11 ans, était un peu en surpoids, et avait des difficultés scolaires. Aux gendarmes il a expliqué que quand il venait une semaine sur deux chez son père, il en prenait plein la figure de la part de celle qui était devenue sa belle-mère.

Des insultes, des brimades, un coup de porte dans les mollets et des escaliers dans lequel elle le traînait.

« J’étais la bonniche »

Elle plaide le dépassement, la fatigue, et la colère. Il faut dire que quand elle s’est installée avec le père du petit dans une commune du pays de Saint-Malo, elle ne s’attendait pas à devoir gérer tant de choses.

« J’étais la bonniche et j’étais pas d’accord avec son éducation. » Et le gosse, selon elle, n’était pas facile : « Il fait des sacrées crises vous savez. Et puis c’était une catastrophe à l’école, il était capable de mentir droit dans les yeux au directeur. »

Des enregistrements comme preuve

Dans le dossier que feuillette la présidente du tribunal, des captures d’écran de publications Facebook de la belle-mère : elle y assimile l’enfant à Ducobu, et à un lapin crétin. « Celui-ci, il aura pas le bac », écrit-elle sur le réseau social.

« Gros lard ! » était aussi une insulte récurrente d’après le garçon : sa belle-mère ne supportait pas son surpoids. « C’est pas dans mes expressions », répond la quinquagénaire avant que la juge ne lui avance des enregistrements audio réalisés par le père : « Vous voulez qu’on les écoute ? »

Moment de gêne palpable… La prévenue n’a pas l’air de tenir à ce qu’ils soient diffusés dans la salle d’audience et finit par reconnaître à demi-mots :

Je sais que j’ai été odieuse mais c’est parce que j’étais en colère.

La prévenue

« Ducobu, c’était pas méchant »

Ses explications laissent les magistrats dubitatifs : « Ducobu, c’était pas méchant. J’adore ce film ! Je lui ai demandé pourquoi il ne postulerait pas pour le rôle, c’est tout. Peut-être qu’il l’a mal pris, effectivement… »

Les bleus sur les cuisses ? « C’est parce qu’il descendait l’escalier comme un traîneau ! »

Cette professionnelle de l’enfance depuis 40 ans, conteste tout geste de violence mais reconnaît que ses propos n’étaient « pas adaptés ». « Ça me surprend moi-même », souffle-t-elle.

Elle se dit victime de l’enfant, qui l’insultait copieusement. « Depuis que je suis partie, enfin je revis. Ce gamin il revit aussi… Tant mieux. Il le mérite. »

Me Stichelbaut qui la défend plaide la relaxe : « C’est facile de lui faire la leçon aujourd’hui dans le confort de cette salle d’audience. Elle a cru qu’elle allait y arriver avec cet enfant qui est particulièrement difficile. Les services sociaux qui sont venus dans la famille n’ont pas fait état de problème. Cette procédure, c’est une infamie pour elle. Au fond cet enfant, elle l’aimait quand même. »

« Qu’avez-vous fait pour protéger votre fils ? »

Deuxième prévenu : le père. Lui est poursuivi pour non-dénonciation de mauvais traitement. Il aurait assisté aux scènes de violences et aux humiliations de son fils sans en avertir les autorités judiciaires, ni aucun service social. Avec bien de la peine à s’exprimer, il explique avoir « essayé de lui dire d’arrêter mais elle était sourde ».

La juge n’y va pas par quatre chemins : « Qu’avez-vous fait pour protéger votre fils ? Est-ce que c’était pas un peu pratique d’avoir Madame à la maison pour vous décharger sur elle ? »

À 53 ans, le prévenu murmure : il regrette son inaction. Et oui, il s’est noyé dans l’alcool et travaillait beaucoup. Alors les tâches ménagères et la gestion matérielle de son fils, il ne s’en est pas beaucoup occupé.

C’était la bonniche à la maison, c’est vrai, mais bon… c’est une vie de couple quoi… 

Le prévenu

Le public dans la salle sourit. Et puis, lui qui se décrit comme « effacé » se serait fait écraser par cette femme de poigne. « Elle portait la culotte », assure-t-il.

« Dans l’incapacité de réagir »

Son avocat, Me Baron, voudrait que le tribunal prenne conscience des humiliations que le père subissait lui aussi, comme l’enfant. Il s’appuie sur les enregistrements où la conjointe le traite de « bon à rien » et de « raté ». « Si Madame avait été un homme, on l’aurait qualifiée de tyran domestique. Je n’ai pas souvenir d’avoir vu une femme victime de violences poursuivie également pour non-dénonciation. Le père est devenu renfermé, dans l’impuissance, et dans l’incapacité de réagir. Mais il a essayé, à son petit niveau : il a pris des captures d’écran, des photos et il les a données à la mère. »

Belle-mère « Thénardier »

L’avocat de la mère qui est allée déposer plainte, Sébastien Morel, qualifie la belle-mère de « Thénardier » et de « tortionnaire ». « C’est censé être une professionnelle de l’enfance… sur le titre en tout cas. Moi ça me fait froid dans le dos. » Aujourd’hui l’enfant va mieux : « La résidence alternée a retrouvé une sérénité. Qu’elle soit sortie de scène a été salutaire. »

« Aucun respect, de la part de personne »

Face aux discours victimaires des deux prévenus, la substitut du procureur a voulu remettre l’église au milieu du village :

Elle a eu une attitude déplorable avec cet enfant. Lui, il a vu tout ça. Il n’y a qu’une seule victime, c’est l’enfant. 

Elle requiert 12 mois de prison avec sursis pour la belle-mère et l’interdiction d’exercer toute activité en lien avec des mineurs pendant 5 ans. Pour le père, elle demande 6 mois de prison avec sursis.

Décision le 20 mars prochain.



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