Un ballon, un essai : Émilien Gailleton ne pouvait pas signer une entrée en jeu plus tonitruante vendredi dernier au Stade de France contre le pays de Galles (43-0). Une découverte en fanfare d’un Tournoi des 6 Nations qu’il n’avait jusqu’alors joué qu’avec les catégories de jeunes de l’équipe de France. La récompense de la patience pour celui qui, il y a un an, rongeait son frein avec les autres hors-groupe du XV de France. Avec un recul et une finesse parfois déconcertante du haut de ses 22 ans, le centre de Pau se confie pour Actu Rugby sur ce changement de statut en Bleu et se projette sur le prochain match forcément à part pour lui en Angleterre, patrie de sa maman et terre qui l’a vue naître.
Actu : Vous enchaînez les sélections depuis la tournée d’été en Argentine. Savourez-vous plus particulièrement ces moments, après avoir toujours fait partie des hors-groupe la saison dernière ?
Emilien Gailleton : C’est vrai que je suis très content de pouvoir être sur les feuilles de match avec les premium. C’est un pur régal de pouvoir jouer avec ces joueurs qui sentent énormément le rugby. Je fais les stages depuis automne 2022 et quand je suis arrivé, j’étais déjà super heureux d’être là mais c’est vrai qu’au bout d’un moment, cela devenait répétitif et très dur physiquement et mentalement : monter à Paris le dimanche soir, redescendre le mercredi soir, faire uniquement la mise en place avec le club… C’était compliqué. Forcément, même si je n’ai pas encore beaucoup de temps de jeu, je suis heureux d’être sur les feuilles de match.
Une petite traversée du désert pour Gailleton l’an dernier
Qu’est-ce qui vous pesez le plus durant cette période ?
E.G : Tu te concentres pendant trois jours sur un projet, tu bosses à fond pour l’équipe de France, puis tu rentres en club et tu dois basculer sur un autre projet. Mentalement, il y a la déception de rentrer et physiquement, ce n’est pas fou non plus niveau récupération avec le voyage. Pour les joueurs qui font ces allers-retours, ce n’est pas une période facile.
Cela sanctionnait aussi une saison 2023-2024 moins prolifique que la précédente. Avec le recul, à quoi aviez-vous attribué cette rentrée dans le rang ?
E.G : En 2023, je n’ai pas été retenu pour la Coupe du monde. J’étais fatigué car j’avais fait une grosse présaison. Puis tout s’arrête et tu refais une mini-présaison avec le club. J’ai dû mal gérer cette période car j’étais un peu mâché et on n’était qu’au début de saison. J’avais aussi cet objectif de jouer pour l’équipe de France qui ne se réalisait pas, donc il y avait de la déception. Tout cela s’est accumulé comme une boule de neige mais je pense avoir réussi, depuis la tournée en Argentine, à inverser la tendance même si je suis encore loin de mes objectifs.
Aviez-vous été affecté d’être moins mis dans la lumière sur le plan médiatique ?
E.G : Je ne regarde pas trop les médias donc cela ne me prenait pas la tête. En revanche, je voyais bien que j’enchaînais les matchs moins impactants. Je pouvais être bon mais pas très bon, en comparaison avec la première année où j’ai pas mal brillé en terminant entre autres meilleur marqueur du Top 14. Je faisais mon auto-évaluation et je sentais bien que j’étais en dedans à quelques reprises.
Un « boost de confiance » lors des tests de novembre
Avez-vous vécu vos deux sélections durant l’été dernier en Argentine comme un soulagement ?
E.G : C’était un peu particulier parce qu’il n’y avait ni les joueurs premium ni ceux dont les clubs étaient en finale du Top 14 donc la place était un peu plus facile à prendre. Mais c’était au final super chouette de pouvoir remettre la tunique bleue. Puis j’ai pu revenir et jouer en automne et cela a été un boost de confiance énorme. On sent plus de reconnaissance des entraîneurs et on se dit qu’on peut être important pour le projet.
Le match contre la Nouvelle-Zélande restera-t-il un souvenir à part dans votre jeune carrière ?
E.G : Bien sûr ! C’était exceptionnel. Même si j’étais remplaçant, j’ai quand même eu la chance de pouvoir jouer 20-25 minutes. J’étais super content. Avec le recul, j’ai même plus profité du fait d’être remplaçant : le Haka, l’ambiance, le stade. J’ai eu le temps de me mettre dans le match après mais du coup, c’était un mal pour un bien. Si j’avais été titulaire, j’aurais eu pas mal de pression, j’aurais été vraiment très concentré et peut-être que je ne l’aurais pas vécu de la même manière. Le vivre une fois comme ça, c’était sympa !
L’absence de Gaël Fickou ne vous a pas propulsé titulaire en ce début de Tournoi, du fait du retour en forme de Pierre-Louis Barassi. Il place la barre haut cette saison avec Toulouse…
E.G : Il y a énormément de concurrence à mon poste, mais comme à tous les postes. C’est l’équipe de France, heureusement qu’il y a cette concurrence ! Pierre-Louis performe en club, il est vraiment en confiance et très en forme physiquement. Bien sûr, je n’ai pas envie de rester remplaçant toute ma vie mais je comprends tout à fait ce choix. Il n’y a pas de souci là-dessus.
« J’ai toujours été du côté des Français au grand malheur de ma mère »
Votre maman est anglaise et votre papa français. Supportiez-vous les deux équipes étant jeune durant le Tournoi ?
E.G : Non, j’étais à 100% pour la France. Je suis né en Angleterre mais je suis arrivé en France à 3 ans et j’ai toujours joué au rugby en France. J’ai donc toujours été du côté des Français au grand malheur de ma mère. Bon, c’est vrai que j’ai été une fois pour l’Angleterre. Parce que j’avais parié avec un copain du rugby que si la France battait l’Angleterre, je devais lui donner tous mes goûters d’après-match jusqu’à la fin de la saison. J’avais 13 ans… Les Anglais avaient gagné et j’avais gardé mes goûters.
Un Crunch vous a-t-il marqué plus qu’un autre ?
E.G : Je dirais celui où Wesley Fofana avait marqué cet essai incroyable à Twickenham, même si les Anglais avaient gagné (23-13 en 2013). C’était de toute façon souvent le cas quand j’étais jeune. Et sinon, il y a évidemment le match magique à Twickenham il y a deux ans (10-53).
Cet Angleterre-France qui se profile n’était-il pas LE match que vous rêviez de jouer étant petit, eu égard à votre double culture ?
E.G : Complètement ! C’est pour moi un rêve de gosse. En particulier dans ce stade de Twickenham, qui est vraiment le temple du rugby mondial. Tout gamin qui joue au rugby rêve de pouvoir un jour fouler la pelouse de ce stade mythique. J’espère pouvoir le faire samedi, d’autant plus que ma mère montera à Londres si je suis de la partie ainsi que mon frère et deux ou trois oncles. Ça peut être très sympa.
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