Dans une interview à l’Éveil Normand, Jean-Jacques Prévost, ancien premier adjoint de Mesnil-en-Ouche (Eure) et vice-président de l’intercommunalité Bernay Terres de Normandie, revient sur les raisons de sa démission en mai 2024. Il partage également sa vision pour l’avenir de la commune, en formulant des critiques mesurées sur la gestion actuelle de Jean-Louis Madelon, tout en exposant les pistes d’amélioration possibles.
Dès le début de l’entretien, Jean-Jacques Prévost explique sa démission par un manque de cohésion au sein de l’équipe municipale. Selon lui, les décisions importantes se prennent en petit comité, souvent en dehors des réunions officielles :
J’avais imaginé avec Jean-Louis Madelon une équipe soudée, où le maire et les adjoints décidaient ensemble. Mais la réalité est tout autre : les décisions sont prises en amont, souvent entre le maire et l’adjoint aux finances, Mathieu Vandooren, et les autres adjoints n’ont plus qu’à valider sans réellement peser dans les débats.
« On ne décide pas, tout est déjà joué »
Jean-Jacques Prévost regrette que les réunions du mardi matin, censées être un lieu d’échange et de construction collective, ne soient devenues que des formalités : « On ne décide pas lors de la réunion, tout est déjà joué. Cela ne sert à rien de se réunir si les adjoints ne peuvent pas faire entendre leur voix. »
Un autre point de friction majeur concerne le rôle des agents municipaux dans la prise de décision. Jean-Jacques Prévost observe que les techniciens, qui devraient rester dans un rôle de soutien technique, se retrouvent parfois en première ligne :
On a souvent l’impression que ce sont les techniciens qui dirigent. Ils présentent les sujets, orientent les débats et influencent parfois les votes. Bien sûr, ils maîtrisent les dossiers, mais ce n’est pas à eux de prendre les décisions politiques.
Pour l’ancien adjoint, cette situation découle d’un manque de préparation en amont de certains élus : « Quand on n’est pas suffisamment préparé, on laisse les agents prendre la main. Mais un maire ou un adjoint doit connaître ses dossiers, être présent au bureau, et ne pas simplement subir les présentations des techniciens. »
Jean-Jacques Prévost appelle ainsi à rétablir un juste équilibre des rôles entre élus et agents municipaux, afin que les décisions restent pleinement politiques et démocratiques.
Sur la gestion municipale, Jean-Jacques Prévost identifie plusieurs axes d’amélioration pour Mesnil-en-Ouche. Il insiste sur la nécessité de rendre les conseils municipaux plus accessibles et dynamiques : « Un conseil municipal doit être efficace. Deux heures suffisent amplement si les sujets sont bien préparés et présentés de manière concise. » Selon lui, raccourcir la durée des réunions permettrait de favoriser la participation citoyenne et de dynamiser les échanges.
La proximité avec les habitants constitue également un enjeu clé. Jean-Jacques Prévost estime qu’il est indispensable d’être présent sur le terrain : « Il est crucial d’aller sur le terrain, d’échanger avec les habitants. Une mairie doit être ouverte et à l’écoute, et pas uniquement un lieu administratif fermé. » Contrairement à Jean-Louis Madelon, parfois jugé trop en retrait, il prône un contact plus direct avec la population pour mieux comprendre ses attentes.
« Main dans la main avec l’interco »
En tant que vice-président de l’intercommunalité Bernay Terres de Normandie, Jean-Jacques Prévost voit également un potentiel important dans la coopération avec l’interco. Pour lui, Mesnil-en-Ouche doit s’inscrire pleinement dans cette dynamique afin de mutualiser les moyens et développer des projets structurants :
Nous devons marcher main dans la main avec l’interco pour développer des projets comme le centre nautique, qui pourrait attirer des familles, dynamiser l’économie locale et renforcer l’attractivité du territoire.
Jean-Jacques Prévost aborde aussi la question des énergies renouvelables, qu’il considère comme un levier économique sous-exploité. Alors que la commune peine à boucler son budget, il regrette l’absence de projets permettant de générer des revenus durables : « Le budget est difficile à boucler. Pourtant, il existe des solutions pour générer de la richesse, notamment à travers les éoliennes et les panneaux solaires. Cela permettrait non seulement d’équilibrer les finances mais aussi de s’engager dans la transition écologique. »
Toutefois, il ne s’agit pas d’imposer ces projets sans concertation. Jean-Jacques Prévost propose d’associer les habitants à cette démarche : « On pourrait imaginer des projets d’énergie renouvelable en coopération avec les habitants, afin qu’ils bénéficient eux aussi des retombées économiques. »
« Pas m’opposer pour m’opposer »
Enfin, l’ancien adjoint souligne l’importance de développer des infrastructures attractives pour les familles, à l’image d’une crèche : « À Mesnil-en-Ouche, il manque des infrastructures essentielles, comme une crèche. Une crèche, ce n’est pas juste un service, c’est un moyen d’attirer de jeunes familles et de redynamiser notre population. »
Malgré ses critiques sur la gestion actuelle, Jean-Jacques Prévost se garde bien d’annoncer officiellement une candidature pour les élections municipales de 2026. Bien qu’il reconnaisse l’importance de proposer une alternative démocratique, il reste pour l’instant en pleine réflexion :
Mon objectif n’est pas de m’opposer pour m’opposer. Mais s’il n’y a qu’une seule liste, cela pose un problème démocratique. Les habitants doivent avoir le choix, et il faut offrir une véritable alternative, avec une équipe soudée, des idées claires et surtout une réelle écoute des besoins locaux.
À ce stade, aucune décision n’est arrêtée. Jean-Jacques Prévost laisse la porte ouverte à toutes les options, sans précipitation. Dans un contexte où Mesnil-en-Ouche semble à la croisée des chemins, la question de sa potentielle candidature reste en suspens, alimentant les discussions sans pour autant trancher sur l’avenir politique de la commune.
De notre correspondant Victor Cloarec
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