Dimanche 23 février 2025, c’était le dernier jour d’ouverture du Macumba à Englos, tout près de Lille (Nord), après plus presque 50 ans d’existence. La célèbre discothèque ouvrait à 15 h, mais certains étaient là depuis 10 h 30 ! Car les fidèles n’auraient raté pour rien au monde la dernière danse de la boîte de nuit, même s’ils avaient le cœur lourd. On les a rencontrés, entre ambiance festive, danses endiablées, et larmes.
Duo mère-fille pour le dernier jour du Macumba à Englos
Quand les portes se sont ouvertes à 15 h dimanche 23 février, il y avait déjà foule dehors. Car c’était « la dernière », et les habitués et curieux voulaient en profiter. Ils s’étaient aussi dit qu’ils auraient peut-être du mal à rentrer s’ils venaient trop tard, vu l’affluence des derniers jours. « Hier, les gens ont attendu plus de deux heures dehors ! » dit Marie, 62 ans. Elle est venue avec Amélie, 41 ans, sa fille. Ces deux-là sont quasi inséparables. L’une vient de Comines ; l’autre de Fournes-en-Weppes. « On vient au ‘Mac’ presque chaque semaine depuis 10 ans ! » sourit Marie. Un lieu important pour elle, « c’est là que j’ai trouvé mon mari. On s’est connu au ‘Mac’ il y a 7 ans ! »
Elles ont plein de souvenirs : « Tu te souviens pour mon anniversaire, on avait même dormi au Formule 1 juste à côté pour en profiter à fond ? » lance Marie dans un éclat de rire.

Comme si on nous privait d’une liberté
C’est peu dire que la fermeture les choque. « C’est comme si on nous privait d’une liberté… » résume Amélie, qui a posé son lundi en RTT pour rester au maximum pour la dernière soirée. « Je ne connais pas le nouveau projet, mais je ne viendrai jamais, je suis dégoûtée et en colère ». Marie avoue « avoir pleuré avec les employés, on les connaît tous ». Elle dit quand même espérer « un miracle »…

À peine ont-elles mis un pied dans la boîte qu’elles sont sur la piste ! L’après-midi, c’est danse de salon, et le dernier jour n’échappe pas à cette règle. La piste se remplit très vite, avec de sacrés danseurs, qui semblent glisser, voire flotter, sur le sol. Les tenues aussi attirent l’œil, il y a en a du strass, de la paillette, des robes de bal même. Car pour la plupart, c’est une sortie « endimanchée » comme on disait avant !
Corine, 60 ans, de Cambrai, n’était pas venu depuis 30 ans, mais elle tenait à être là pour « la dernière ». « J’ai de bons souvenirs à l’époque, alors je me suis dit : ‘J’y vais !’ J’ai laissé mon mari à la maison et je suis venue seule ».
Corine, de Lesquin, quinquagénaire, adore « la convivialité et le respect » qu’elle trouve au Macumba. Et surtout, elle aime danser ! Alors la fermeture, « c’est la déception le désarroi, il y avait un bruit de couloir depuis cet été, mais je n’y croyais pas ».

Des couples se forment
Colette et Marguerite sont deux copines septuagénaires d’Arras. « On vient entre amis depuis plus de 30 ans ! » Elles sont venues avec leur compagnon et mari, qu’elles ont d’ailleurs toutes les deux rencontrés au Macumba ! « J’ai connu mon mari ici en 2006, on ne s’est plus quitté, on nous appelle les tourtereaux ! » dit Marguerite. « Moi, ça fait 22 ans, j’ai eu un coup de foudre ! Et le fait de revenir sur les lieux où l’on s’est connu rallume la flamme » s’amuse Colette. Elles sont des adeptes de la danse de salon, « on les fait toutes ! »
Elles ont été peinées d’apprendre la fermeture. « On a les boules. On ne retrouvera pas la même ambiance. Ici, on connaît énormément de monde ! »

La doyenne a… 92 ans
Une des plus émues est sans doute Georgette, qui à 92 ans, est la doyenne du Macumba ! Habitant Loos, elle y vient danser « chaque semaine depuis 1995 ». Elle est surtout une adepte du jeudi. « J’arrive vers 15 h et je repars vers 21 h ! Des amis viennent me chercher et me raccompagnent ». Car des amis au Macumba, elle en a. « Dès que j’arrive, on commence déjà par tous s’embrasser ! »

Elle a désormais une canne, elle danse moins qu’avant, mais ne dit pas non à un slow ou un tango de temps en temps, quand il n’y a pas trop de monde sur la piste. « Je montais encore mes 4 étages, 56 marches, il y a quelques semaines ! » Sa sortie au Macumba l’aidait « à rester en forme ». Elle a tout connu ici. Elle cite les nombreux rendez-vous : la galette des rois, la rose offerte à la Saint-Valentin, les anniversaires fêtés, la crêpe party à volonté, la soirée en blanc le 15 août… Elle n’oublie pas ses chouchous, « les serveurs toujours très sympas ! » Mais c’est la fin : « J’arrive pas à accepter que ça ferme… »

Une équipe soudée
Côté salariés, l’émotion est à son comble. Le lieu compte une trentaine de personnes dans l’équipe. Aurore est « la cuisinière » du lieu. « J’ai commencé comme serveuse, caissière, et là, je prépare les buffets, je cuisine pour 450 personnes ! »
Elle a commencé à travailler ici à l’âge de 21 ans. 24 ans plus tard, elle est toujours là. Un souvenir marquant ? « Quand je suis arrivée ici, j’étais très timide. Il y avait les danseuses top less. À la fin de la soirée, on nous faisait nous aussi monter sur le bar ! C’est un bon souvenir ».

Elle n’a pas encore prévu si elle allait continuer un travail de nuit. « J’ai un autre métier, je travaille à l’Ehpad St Antoine de Padoue à Lille. Et j’ai déjà vu mes résidents venir au Macumba avec les soignants ! Où iront-ils ? »
Si elle a le sourire facile, elle se dit « très triste, car ici, c’est une bonne ambiance, familiale, magique, les gens donnent tellement. Sans oublier une équipe soudée ». Et en guise de preuve, elle nous montre qu’elle a la chair de poule…

Populaire, éclectique, bon enfant
Le directeur Dimitri Derepas a essayé de mettre l’ambiance, en montant sur scène pour faire un discours. L’occasion de remercier notamment l’équipe du lieu. Il était le responsable du Macumba depuis 15 ans. « Le Macumba, c’est de grands espaces, du multi-ambiance, une clientèle très éclectique, de tous les âges, de la ville, du rural. On se fait des amis ici. On n’est jamais seul. C’est populaire, dans le bons sens, bon enfant. Une formule résume bien l’esprit : ‘Venez comme vous êtes’ ! ».
Impossible de retenir une anecdote, « il y en a trop ! ». « On a reçu de nombreux invités en ‘showcase’, des DJ, des stars des années 1990-2000, des artistes urbains… »

Les gens ont pleuré dans mes bras
Il est très triste de tourner cette page : « Les gens ont pleuré dans mes bras. Que voulez-vous que je leur dise ? Certains trouveront facilement un autre lieu. J’ai dit qu’on garderait contact, mais je pense aux clients de l’après-midi, c’est dur surtout pour eux… »
Plus tard dans la soirée, il a partagé aussi un titre, car le directeur est aussi chanteur sous le nom de Baptiste Valloy. « Mon nouveau single, ‘C’est fini’, évoque la nuit et la fin du Macumba. Il est sorti pile aujourd’hui ! »
Où iront les orphelins du Macumba ?
Henri Souque, le propriétaire, était venu avec son épouse pour clore l’aventure Macumba, puisque c’était le dernier établissement portant ce nom en France. « je trouve que cela se termine bien, je veux dire, voyez l’affluence, c’est mieux de finir avec cette ambiance que dans un désert ». Il ajoute : « On remercie notre clientèle, la population du Nord est très chaleureuse. Si on a pu leur donner du bonheur, eux aussi l’ont fait ». Sur l’avenir du bâtiment, il précise qu’ « il est vendu à un groupe immobilier, mais qu’il ne sera pas détruit ». À suivre pour connaître à quel usage il sera destiné.
Où iront-ils maintenant, les orphelins du Macumba ? Ils s’échangent quelques adresses : « Il y a le Manoir à Bailleul, l’Étrier à Tournai en Belgique… » nous disent plusieurs participants. Mais ce ne sera plus tout à fait comme avant, surtout pour les plus âgés.
Vente aux enchères lundi 11 mars sur le site https://www.interencheres.com/biens-equipement/le-macumba-englos-lille-vente-du-mobilier-et-du-materiel-649934/lot-80535006.html
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