Un retraité de 63 ans a été jugé ce jeudi 30 janvier 2025 en comparution à délai différé par le tribunal judiciaire de Cherbourg (Manche) pour des violences commises sur sa compagne à Éroudeville, près de Montebourg, entre le 15 février 2023 et le 14 décembre 2024.
L’homme était détenu depuis sa sortie de sa garde à vue dans l’attente des résultats d’une expertise psychiatrique et des examens réalisés par l’unité médico-judiciaire sur sa victime.
« Il va me frapper »
Le 14 décembre, vers 16 heures, les gendarmes sont appelés à Éroudeville pour un différend.
À leur arrivée, ils constatent qu’une femme s’est réfugiée chez des voisins. Elle présente de nombreuses ecchymoses au visage et une blessure à la main.
La sexagénaire est alcoolisée, tout comme son compagnon (alcoolémie mesurée à 0,93 mg par litre d’air expiré pour ce dernier), auteur présumé de l’agression qui sera placé en dégrisement puis en garde à vue.
À son casier judiciaire figurent quatre mentions dont deux pour des violences sur sa compagne.
Plusieurs témoins seront auditionnés par les enquêteurs. À commencer par un automobiliste qui circulait à proximité du domicile du couple.
« J’ai vu une femme étendue au sol. Un homme se situait à côté d’elle. Son compagnon l’avait bousculée et violentée. La femme m’a dit de ne pas la laisser. Il va me frapper », raconte l’automobiliste qui fait monter la victime dans son véhicule avant de se réfugier chez un voisin.
La victime sera également entendue. Mais elle essaie de minimiser les faits lors des auditions.
C’est un homme bon, il me frappe de temps en temps. Quand il s’alcoolise le week-end, j’essaie de l’éviter. J’ai envie que tout redevienne comme avant et qu’il rentre.
Le fils de la victime évoque plusieurs épisodes de violence dont il a été témoin. « Il est violent quand il a trop bu. Il y a une quinzaine d’années, un 24 décembre, il avait jeté un plat dans sa direction en l’insultant. »
Et quand la présidente du tribunal évoque les marques sur la victime, le prévenu livre son avis. « Les violences, ce sont des mensonges. Je bois de temps en temps le week-end, ça m’arrive de lui donner des petites gifles, assure-t-il en mimant le geste. Elle tombe souvent dans le jardin et elle se fait des hématomes sur le corps. »
Des propos qui font bondir la présidente. « Vous devriez nous dire la vérité avant qu’il ne soit trop tard. » L’homme concède ce point.
Des années de calvaire
Les auditions des proches et des voisins ont confirmé ces violences répétées depuis des années, principalement lorsque le prévenu est fortement alcoolisé. Une conduite habituelle, au point que la victime ne perçoit plus la gravité des faits.
« Un jour, cela va mal finir. Je n’ai pas envie un samedi soir de me déplacer à Éroudeville pour constater le décès de Mme, a déclaré la substitut du procureur lors de ses réquisitions. La victime mérite un peu d’apaisement. Il faut la protéger, prévenir la récidive. Si le prévenu se sent mal aujourd’hui, c’est qu’il a pris conscience de ce qu’il a fait, de ses gestes qui ne sont plus à renouveler. »
L’avocat de la défense a estimé que la peine proposée par le parquet était la plus « adaptée à la situation ».
Après en avoir délibéré, le tribunal a suivi les réquisitions du parquet et il a condamné le retraité à une peine de seize mois de prison dont dix mois avec sursis assortis d’une mise à l’épreuve durant deux ans. Il a l’obligation de soigner sa dépendance à l’alcool.
Le tribunal a également révoqué un sursis probatoire non respecté à hauteur de six mois. Il a été maintenu en détention.
Source link