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face aux polémiques et à la mobilisation syndicale, le Département défend son budget culture

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Au coeur de la tempête depuis le début de l’année, le Département de l’Hérault a adopté ce lundi 24 mars un budget de 9 144 967 € dédié à la culture. Dans l’inquiétude après des rumeurs de coupes importantes, les organisations syndicales et les professionnels mobilisés devant l’hémicycle à Montpellier regrettent un manque de dialogue et maintienne la vigilance.

Les syndicats mobilisés

Sous un petit crachin, une cinquantaine de personnes, répondant à l’appel de l’intersyndicale CGT/FSU, ont accueilli lundi matin les élus du conseil départemental débutant deux jours consacrés au budget 2025. Avec un attention toute particulière pour son président. « Mesquida démission ! Mesquida démission ! ». Depuis plusieurs mois maintenant, le monde de la culture est inquiet. Comme partout en France certes, mais peut-être un peu plus dans l’Hérault depuis un article de Libération annonçant une suppression de 100% des budgets dédiés à la culture. Ne recueillant que silence et réponses vagues, la colère est montée jusqu’à aujourd’hui. « Il n’y a pas de concertation. Personne ne répond à nos demandes de rendez-vous. Nous n’avons pas eu de retour de ce qu’il se trame » regrette Cathy Garcia.

Inquiète face aux bruits qui courent, la représentante de la CGT Spectacle défend : « La culture n’est pas un domaine comme les autres. Nous sommes pour un service public de la culture et qui se doit d’être protégé parce que c’est un bien commun. Kléber Mesquida nous accuse de faire le lit de la droite à Madame Dati, nous nous l’accusons de dérouler le tapis rouge au Rassemblement National. Cessons la culture… on a vu ce que cela a donné en 36. Et que ce soit un socialiste qui mette ça en oeuvre est absolument insensé, absurde et dangereux ». Justement, les enceintes qui crachaient de la techno laissent alors place à la diffusion du conseil lancé par Kléber Mesquida.

Kléber Mesquida contre-attaque

Après plusieurs semaines à subir les attaques, il était visiblement temps pour le président du Département de passer à son tour à l’offensive. Dans un contexte où la baisse des dotations de l’État ont imposé de trouver 103M€ pour boucler le budget 2025, l’Hérault échapperait au pire des scénarios. Sur 103 départements, 60 seraient actuellement en difficulté pour parvenir à un équilibre budgétaire présente Kléber Mesquida qui rappelle : « Avant il existait la tutelle, aujourd’hui c’est différent. Si le préfet estime que le budget est non sincère ou pas équilibré, il demande à la Chambre Régionale des Comptes qui supprimera toutes les compétences qui ne sont pas obligatoires ».

Passant au sujet de la culture, le vieux lion sort les griffes. « Vu les contraintes en fin d’année, j’ai fait l’erreur de dire que l’on supprimera toutes les compétences facultatives et on arrêtera toutes les subventions. Des agités de la presse se sont emparés rapidement de cette déclaration laconique et ont titré « 100% de réduction sur la culture ». Encore ce matin sur une radio locale, le budget diminuait de moitié. Ce n’est pas vrai ».

Vidéos :
Le vieux lion a sorti les griffes. (©CN / Métropolitain)

La presse recadrée une première fois, au tour de l’État, à travers deux ministres et un ancien ministre, d’en prendre pour son grade. « J’ai regardé le communiqué commun avec l’Assemblée des Départements de France. Tout ce qui a été déclaré c’est de l’accompagnement et du soutien moral. Il n’y a aucun effet levier de l’État » juge-t-il d’abord en regrettant la proximité politique entre la ministre de la Culture Rachida Dati et le président de l’AFD François Sauvadet qui expliquerait cette faible réaction. Un président auquel la ministre du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles de France Catherine Vautrin aurait déclaré au sujet des Départements « Stop à l’open bar ». Ce qui ne passe pas auprès de Kléber Mesquida. « Mais cela veut dire quoi ? Quand on regarde les politiques de l’État et ce qui a été fait au niveau national et que la dette publique est de 3 300 milliards d’euros et que le déficit de l’État est de 166 milliards d’euros et que 330 milliards d’euros sont dues aux collectivités. Sauf que nous lorsque l’on emprunte on rembourse par annuité d’emprunt contrairement à l’État qui emprunte chaque année pour rembourser ses propres emprunts d’où l’escalade de l’endettement et la situation que nous vivons. Tout ça on le doit à un ministre célèbre Bruno Le Maire qui s’est réfugié en Suisse pour enseigner l’économie alors que pendant dix ans ils nous a mis dans cet état de faillite des finances publiques françaises. Je ne peux pas supporter les propos de la ministre, les Départements ont toujours été là en rôle de contributeur ».

Budget adopté

C’est ensuite sans aucune difficulté (seulement trois abstentions des élus biterrois), qu’un budget de 9 144 967 € dédié à la culture a été adopté. « Le choix est fait de maintenir une politique culturelle solidaire et innovante » assure Marie-Pierre Pons qui à l’issue du vote n’a pas manqué d’exprimer sa satisfaction en espérant « mettre un terme aux rumeurs et fausses allégations qui ont couru ces derniers temps dans la presse nous accusant de mettre un budget en berne et de n’assurer que nos compétences obligatoires. C’est faux ». Aux côtés de la vice-présidente déléguée à la culture, Zita Chelvi-Sandin ne cache également pas son soulagement. « Enfin ! Ça y est, c’est officiel, tout le monde le sait. On est très contents d’avoir voté ce budget culture qui au final ne sera entaché vraiment que de 3% sur l’année 2025 mais il faut être vigilant. Aujourd’hui c’est comme ça, demain on ne sait pas comment cela va être ».

Si le budget culture est en baisse de 16% (10,7M en 2014), loin des 48% évoqués par Kléber Mesquida il y a quelques semaines, dix intercommunautés ont compenseront à hauteur de 900 000€ le désengagement du Département permettant d’assurer certaines activités culturelles.  Le soutien est ainsi maintenu « aux lieux de diffusion, aux dispositifs à destination des plus fragiles, les actions culturelles à PierresVives et les actions artistiques et culturelles à destination des collégiens » avec en outre « 40% de notre budget correspond à une politique volontariste » c’est à dire hors des compétences obligatoires que sont les archives, les écoles de musique et la lecture publique.  

Dialogue de sourd

« Le Département de l’Hérault soutient la culture, mais la culture se doit de défendre nos collectivités » appelle Zita Chelvi-Sandin qui face au manque de dialogue avec les syndicats en amont explique : « Il y a des gros soucis et on en est conscients. On lit la presse et on est terriblement navrés de tout ce qu’il s’est passé mais on ne pouvait pas en parler car cela doit passer par un vote sinon ce n’est pas démocratique ». Plaidant en faveur de Kléber Mesquida coupable d’avoir été « trop transparent », la vice-présidente déléguée à la culture regrette cette mobilisation. « Malgré les rumeurs et positionnements de certains acteurs culturels, dont je peux comprendre qu’ils aient été inquiets un moment, ils auraient pu vérifier leurs sources avant de prendre des positions radicales » pointe Marie-Pierre Pons qui poursuit : « Je n’ai pas souhaité les recevoir car j’ai dit que je le ferai quand j’aurai des choses à leur dire. C’est un travail de dentelle qui a été long pour trouver des solutions et ont les a trouvé. Nous avons quand même pris un mur financier. J’assume de ne pas être allée à leur devant sans avoir quelque chose de concret à leur présenter. Tant que le budget n’était pas bâti et sans orientation claire, ce n’était pas utile ».

Quelques minutes auparavant dans l’hémicycle, Kléber Mesquida s’était d’ailleurs montré catégorique face à Gabriel Blasco. Quand l’élu communiste saluait  » le travail effectué qui a permis d’arriver à ce budget tant au niveau des élus que, et nous tenions à le souligner, par la mobilisation du secteur culturel. Il a su rendre visible les risques réels auxquels ces professionnels étaient confrontés. Par leur mobilisation, ils ont réussi à faire bouger les choses », le président n’a pas laissé passer : « Je ne peux pas dire que c’est grâce à eux. Si on est arrivé là c’est grâce au travail d’équipe fait par l’administration et par l’ensemble des élus, ce n’est pas parce que l’on a subi des pressions. si on n’avait pas pu mettre en oeuvre nous n’aurions rien pu faire. Les médias sont en grande partie responsable de ces troubles mais ce qui intéresse les médias c’est de vendre du papier et de l’audimat. Plus ils créent de polémiques, plus ils sont contents ».

Zita Chelvi-Sandin et Marie-Pierre Pons sont allées à la rencontre des syndicats dès le budget adopté.
Zita Chelvi-Sandin et Marie-Pierre Pons sont allées à la rencontre des syndicats dès le budget adopté. (©CN / Métropolitain)

Une fois le budget culture adopté et les deux élues ayant répondu à la presse, ces dernières, avant de retourner dans l’hémicycle pour la suite de l’ordre du jour, sont donc allées à la rencontre des manifestants pour leur présenter à leur tour. Une intention d’abord saluée avant que la question de la concertation crispe la rencontre et provoque l’agacement de Marie-Pierre Pons. « Le budget du département n’a pas à être travaillé avec vous » lâche-t-elle avant de tourner les talons et laisser seule Zita Chelvi-Sandin assurer le dialogue. « On est en lien, ma porte n’est pas fermée » assure malgré tout la jeune élue qui, en tant que djette, leur témoigne connaître les préoccupations des professionnels de la culture.

« un vrai problème de fond »

L’adoption du budget culture aura un minimum rassuré les syndicats tout en laissant un goût amer. « On a pu dialoguer un petit peu. Vu de là où on vient c’est assez incroyable. Sur les propos tenus nous devons analyser les informations. Par contre, la manière dont est pensée la démocratie et le dialogue est très préoccupante dans cette collectivité. D’avoir pu dire à des représentants d’organisations syndicales, à des citoyens et des agents de la collectivité que tout se ferait sans eux et que l’on ne présenterait que le produit fini est un vrai problème de fond. Et c’est ce qui a créé des blocages depuis des semaines et des mois. Nous ne cessons de le dénoncer » souligne Benjamin Karchen co-secrétaire général CGT du conseil départemental de l’Hérault.

Une politique de droite pour la MUPES

En fin de matinée, Alenka Doulain et Rhany Slimane de La France Insoumise sont venus soutenir les acteurs culturels mobilisés devant l’Hôtel du Département. « Le Parti Socialiste continue de paver le chemin au Front National. En reculant sur la culture, ils désarment notre territoire face à l’offensive réactionnaire qui sévit dans notre pays. Les élus du RN ne se laissent pas tromper et se sont abstenus lors du vote de ce budget, lequel ne sert que leur agenda » juge l’élue du groupe MUPES au conseil municipal de Montpellier.

Les annonces ne les ont par ailleurs pas convaincu. « Nous dénonçons ce budget et ces comportements d’élus qui oublient qu’ils sont au service du peuple et non l’inverse. Cette politique se révèle en réalité être une politique de droite, où la culture est sacrifiée au profit de mesures comptables. Il est temps de remettre la culture au cœur de nos priorités et de défendre une politique qui sert réellement les intérêts de tous » analysent-il.

Même tonalité chez Ghislain Gauthier, secrétaire général CGT Spectacle : « Beaucoup de personnes sont dans des situations très difficiles : des précaires, des artistes, des techniciens… les plannings des spectacles sont vides pour beaucoup d’entre eux. C’est très alarmant qu’une collectivité comme l’Hérault, qui se dit du Parti socialiste, refuse le dialogue en amont de décisions qui vont impacter l’ensemble de la profession. (…) Ce que l’on demande c’est de la transparence. Quelles structures, quelles compagnies vont perdre de l’argent ? Quelles intercommunalités vont prendre le relai et selon quelles modalités ? On a besoin de transparence et elle n’est toujours pas là ». Le budget désormais adopté, les arbitrages seront connus lors de la prochaine session du conseil départemental. Autant dire que les syndicats, qui poursuivent la mobilisation au plan national, maintiendront la vigilance dans l’Hérault.



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