Nous sommes à un an des élections municipales et l’enjeu pour la gauche à Rouen (Seine-Maritime) va être de conserver la Ville et la Métropole. Mais avec qui ? Avec quelle formation politique pour accompagner le Parti Socialiste ? En 2026, la gauche va devoir jouer avec une nouvelle composante : la forte présence de la France Insoumise. Le parti de Jean-Luc Mélenchon a, en effet, réalisé de très bons scores lors de la présidentielle de 2022 et des européennes de 2024 dans la capitale normande. Surtout, le parti était très jeune en 2020 lors des dernières élections municipales et compte bien, pour cette prochaine échéance, jouer un rôle de premier plan.
« Il y aura une liste avec les valeurs de la France Insoumise »
Pour le moment, à gauche, on veut discuter. Chacun dans son couloir. « Il y aura une liste avec les valeurs de la France Insoumise », indique pour sa part Maxime Da Silva (LFI). Avec quel nom à sa tête ? « Ça serait absurde de vous répondre. Nous allons commencer les discussions avec les autres formations politiques. On ne peut pas arriver avec déjà un nom que l’on souhaiterait imposer. Ça ne marche pas comme ça », lance le responsable.
« Alma Dufour (la députée de la 4ᵉ circonscription) et moi, avons été désignés par la France Insoumise pour mener ces discussions », précise-t-il. « Lors des élections 2020, la France Insoumise était un tout jeune parti », et le responsable peut désormais s’appuyer sur des résultats intéressants lors d’élections intermédiaires. À commencer par les européennes lors desquelles le parti de Mélenchon a obtenu près de 18 % des suffrages à Rouen (contre 21 % pour la liste de Glucksmann).
Des différends entre le PS et les écolos
Du côté des écologistes, on veut aussi proposer une liste. « Les écologistes ont des responsables locaux de qualité qui sont capables de prendre la mairie », prévient Jean-Michel Bérégovoy. Si l’adjoint à la mairie estime qu’il reste concentré sur les projets liés à ses missions, il ne va pas tarder à échanger avec les autres formations politiques. Et de noter tout de suite des nuances (des différents ?) avec le maire Nicolas Mayer-Rossignol. Comme le projet de palais des congrès « en zone inondable » ou celui du stade qui va nécessiter de « minéraliser encore plus et de construire des parkings encore plus grands. »
Les résultats au premier tour de l’élection à Rouen en 2020
Nicolas Mayer-Rossignol (PS) : 29,52%
Jean-Michel Bérégovoy (EELV) : 23,16%
Jean-Louis Louvel (LREM) : 16,79%
Jean-François Bures (LR) : 10,16%
Guillaume Pennelle (RN) : 6,78%
Marine Caron (LREM) : 6,14%
Lionel Descamps (LFI) : 3,53%
Pierre-Alexandre Guesdon (Parti animaliste) : 2,17%
Marc Fouilloux (NPA) : 1,06%
Frédéric Podguszer (LO) : 0,69%
Il regrette aussi que le PS n’ait pas voté la censure du budget Bayrou, budget « où l’écologie est la grande perdante », estime-t-il. De quoi nourrir quelques divisions avec le patron de la majorité rouennaise actuelle. « Les écologistes ne vont pas servir ad vitam æternam de remplaçants de luxe. […] Si on n’est pas respecté, on a les hommes et les femmes pour prendre la mairie », répète-t-il.
Le PC se positionne pour faire entrer la FI dans la majorité
Pour le Parti Communiste, on veut un rassemblement local « qui recouvre tout le panel du NFP (nouveau front populaire) », indique Manuel Labbé. « Il va falloir bien analyser la reconstruction de la droite à Rouen. Une droite qui se radicalise. Et dans une équation à trois avec une liste centriste menée par Marine Caron, le gauche doit se rassembler », pense-t-il.
« On est prêt à travailler avec tout le monde et poursuivre les projets. Notre bilan est bon », affirme Manuel Labbé. Il ne reproche qu’un point, finalement, au reste de la majorité : le financement des écoles privées comme UniLaSalle et L’Institut Catholique (décidé au niveau métropolitain). « On n’a pas la même analyse sur ce sujet. »
Pour le PC, reste donc à voir comment vont échanger le PS et la France Insoumise au niveau local. « En 2022 [lors de la présidentielle], Mélenchon est le premier candidat de gauche à Rouen. Il faut parler à ses électeurs », prévient Manuel Labbé.
Et le principal intéressé ? Le maire de Rouen ? Lors de la rentrée devant les médias locaux en janvier, Nicolas Mayer-Rossignol a valorisé son bilan et fait part de projets qui doivent se coordonner sur deux mandats. Malgré tout, il n’a pas voulu confirmer s’il allait se présenter à sa propre succession. Le suspense reste malgré tout modéré.
De là à imaginer une vaste alliance qui irait du PS à la France Insoumise ? Pour de nombreux acteurs de gauche, c’est la volonté affichée pour les prochaines municipales à Rouen. Encore faut-il savoir « où on place les virgules » dans le programme, comme l’indique Manuel Labbé. Et si les tensions entre LFI et le PS au niveau national ne risquent pas de se répercuter au niveau local. Pour mémoire, Jean-Luc Mélenchon a récemment déclaré que le PS « n’était plus des alliés [de la France Insoumise] ».
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