D’habitude si discrète, la commune de La Mouche, près de La Haye-Pesnel, dans le sud de la Manche, fait beaucoup parler d’elle en ce début d’année.
Après la violente agression verbale dont elle a été victime en 2024, Marie-Claude Corbin est cette fois-ci la cible du courroux d’un petit groupe d’habitants.
Une décision actée en conseil municipal
Sapristi ! Mais quelle mouche a donc piqué Mme le Maire de vouloir la destruction de la sacristie de l’église. Une déconstruction (le terme exact employé dans la délibération) votée en conseil municipal le mardi 28 janvier, par cinq voix pour et quatre abstentions. Une décision qui s’inscrit dans le cadre du projet d’extension du cimetière porté par la municipalité depuis le début du mandat.
« Cette destruction, c’est la fermeture… »
» Ce sujet n’a pas été évoqué lors de la cérémonie des vœux « , fait remarquer Jean-Pierre Josseaume, un opposant au projet. » Mme le Maire n’en a pas parlé. « Elle a voulu le cacher ». Marie-Ange Turgot, responsable de l’église au quotidien depuis vingt ans, est furibonde. Elle n’a pas été concertée. « La destruction de la sacristie, c’est la fermeture de l’église ! On ne peut pas faire fonctionner une église sans sacristie. Il est dommage de détruire une partie de notre patrimoine. Pourquoi donc abattre cette bâtisse qui ne demande rien à personne ? »
De style roman, l’église Saint-Martin de La Mouche a été construite au XIIe siècle à l’emplacement d’une église plus ancienne. L’édifice a été restauré au XIXe siècle. Les fenêtres ont été agrandies et une sacristie a été ajoutée à cette époque. » La sacristie est dans un état correct, la toiture neuve, la porte neuve et il n’y a aucune trace d’humidité à l’intérieur où sont rangés les souvenirs liturgiques et le matériel concernant la vie de notre église » font remarquer les opposants au projet. Ils ont lancé une pétition auprès des habitants contre cette destruction, déjà signée selon eux par 80 personnes.
Echange tendu avec le curé
Vendredi 28 février, Marie-Ange Turgot a eu un entretien téléphonique tendu avec le Père Régis Rolet, à la tête de la nouvelle paroisse Sainte-Marie de la baie et affectataire de l’église de La Mouche depuis septembre 2024. » Le Père Rolet m’a confirmé qu’il ne s’est pas opposé au projet, contenant la destruction de la sacristie. Il a aussi refusé un rendez-vous avec les habitants de La Mouche. »
Contacté, le Père Rolet confirme que, en tant qu’affectataire, il n’a pas mis son veto, que Marie-Claude Corbin lui a présenté en amont de la délibération du 28 janvier.
J’ai été consulté par Mme le Maire pour un projet d’avenir dans lequel se pose la question de la déconstruction de la sacristie, qui n’est que trois murs avec un toit en bac acier, pas adapté au chevet de cette église.
Lui souhaite qu’un espace sacristique, permettant de conserver les objets du culte nécessaire aux cinq ou six offices célébrés chaque année, reste disponible dans l’église en trouvant un lieu de rangement adapté. Cet endroit pourrait se trouver dans la chapelle nord de l’église, comme envisagé par la municipalité » mais sans la condamner « , précise le Père Rolet, prêt à rencontrer les Moucherons quand son agenda le permettra.
Au stade de l’avant-projet
« La déconstruction de la sacristie s’inscrit dans le cadre du projet d’aménagement du cimetière que nous poursuivons depuis le début du mandat en collaboration avec le CAUE (Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement) de la Manche. C’est d’ailleurs l’architecte du CAUE, qui, suite au diagnostic de l’église, a proposé de déconstruire la sacristie », explique Marie-Claude Corbin, la maire de La Mouche.
Et l’élue depuis 2008 de poursuivre.
Nous en sommes au stade de l’avant-projet. Je ne me serai pas lancé dans quelque chose qui n’aurait pas été approuvé par le conseil municipal et le prêtre de la paroisse. C’est pour cela qu’il ne fallait pas trop s’avancer, notamment en l’annonçant aux vœux. Mais je note qu’il n’y a pas eu de votes contre lors de la séance de conseil municipal du 28 janvier dernier. Des personnes sollicitées pour la pétition se sont aussi renseignées sur le projet et ne l’ont pas signé.
Mettre l’église en valeur
La déconstruction de la sacristie va permettre de mettre en valeur l’église Saint-Martin au cœur du bourg, qui va ainsi retrouver sa physionomie, telle qu’elle l’était jusqu’au milieu du XIXe siècle, de même que le vitrail situé au-dessus de la sacristie. Et si la chapelle nord est envisagée comme lieu de repli de la future sacristie, nulle question de l’occulter, » d’autant plus que nous avons fait restaurer son vitrail il y a quelques années. »
Une ouverture, pas un repli
» Le Pape François dit lui-même que l’église doit être une ouverture vers les autres, croyants ou non », poursuit Marie-Claude Corbin. « Nous sommes dans cet objectif ! C’est quelque chose d’ouvert que l’on fait, ce n’est pas un repli sur soi. Je ne comprends pas une telle réaction de la part de certains. » L’élue met aussi Marie-Ange Turgot devant ses contradictions. » Nous allons tenter de résoudre les problèmes d’humidité de l’église en réalisant un drain côté nord. Pourtant, quand Mme Turgot était au conseil municipal, elle disait qu’il ne fallait pas toucher aux joints en ciment pour les remplacer par de la chaux comme cela a été fait ailleurs. »
Certaines pierres de la sacristie seront réutilisées pour la réalisation d’un auvent qui sera construit à l’emplacement du thuya, abattu récemment, en face de la porte d’entrée de l’église. » Sous cet auvent, qui servira d’espace de signature des registres lors des cérémonies d’obsèques, nous installerons un banc afin que les promeneurs et autres randonneurs puissent faire une halte et profiter de la fontaine à eau qui y sera installée « , précise ma maire.
Un projet audacieux
Afin d’étendre le cimetière, la municipalité a acquis en début de mandat un terrain mitoyen de 1 400 m². Un espace qui verra dans sa partie haute l’installation des futures tombes. A la place de la sacristie, prendra place une réserve d’eau qui servira à l’arrosage. Dans la partie basse de l’extension, un espace de vie sera aménagé pour les habitants de la commune afin qu’ils puissent s’y retrouver, avec des jeux pour enfants et un terrain de pétanque.
» C’est un projet audacieux, peu courant dans un petit village comme le nôtre où l’église est située au cœur du bourg ».
Source link