Une décision « sur un coup de tête » pour un quasi-tour du monde, en stop et sans avion, à seulement 23 ans. Rentré le 4 février dernier d’un périple de 9 mois « entre Marseille et Los Angeles », le Fosséen Enzo Terranova, alias The French Explorateur sur les réseaux, a raconté son pari complètement fou et, au final, son exploit à actu Marseille.
Un voyage initiatique, qui l’a même amené à traverser trois océans sur un bateau cargo et qui a changé sa perception du monde et sa vie, à tout jamais.
Tout plaquer « sur un coup de tête, comme ça »
On rembobine, fin 2023. Enzo Terranova a 23 ans. Il est « contrôleur qualité pour les voitures au port de Fos ». Un jeune homme comme les autres, en somme, qui prend une décision un peu folle : tout plaquer « sur un coup de tête, comme ça. »
« J’en avais marre de la routine métro, boulot, dodo. J’ai posé ma démission. J’ai lâché mon appart. Et j’ai tout vendu, ma voiture, mes vêtements sur Vinted, pour pouvoir m’acheter le matériel nécessaire. »
C’est-à-dire ? Sac à dos et sac de couchage mais aussi panneau solaire et téléphone satellitaire. L’habitant de Fos-sur-Mer se lance un pari fou : relier Marseille à Los Angeles, essentiellement en stop et sans jamais prendre l’avion.
Autour de lui, une inquiétude certaine et des moqueries. « Beaucoup de personnes ne m’en pensaient pas capable. Mon père me disait même ‘tu vas aller jusqu’au Frioul et faire demi-tour’. Un ami à lui pariait plutôt sur l’Italie. » Enzo, lui, y croit. Dur comme fer.
Une quinzaine de pays et 50 000 kilomètres
Le lundi 22 avril 2024, il se lance. Première étape, Fos-sur-Mer – Vitrolles, en stop. Facile. La suite ne le sera pas toujours. Une quinzaine de pays traversés, des « emmerdes » mais surtout des rencontres et des expériences qu’il raconte au jour le jour sur Instagram (48 000 abonnés), TikTok (69 000) et YouTube (plus de 5 000).
Son défi, son pari, faire tout ce périple sans jamais monter une seule fois à bord d’un avion, c’était aussi et surtout, pour le jeune homme, « une façon de montrer que c’est possible, pour l’écologie, pour la planète ». Une évidence pour celui dont le nom de famille, Terranova, rappelle que l’idée d’une « Terre neuve » ne saurait être qu’utopie.
Deux mois sur un bateau cargo
Lui avale donc les 50 000 kilomètres de son aventure sans jamais prendre les airs. De l’immensité de la Russie aux steppes mongoles, en passant par l’effervescence de l’Asie, le « French explorateur » ira par contre en mer, jusqu’à traverser trois océans (Pacifique, Indien et Atlantique) pour rejoindre l’Amérique du Nord en sens inverse.
Depuis le Vietnam, la CMA-CGM accepte de l’embarquer sur un bateau cargo, pendant une interminable odysée de deux mois. Une traversée de 25 000 kilomètres pour rejoindre Hallifax, au Canada. « Une expérience incroyable », jure Enzo, encore plein d’enthousiasme au moment de raconter ce voyage initiatique à actu Marseille.
Des souvenirs plein la tête
Le plus beau moment : « Quand j’étais sur le bateau cargo, je me souviens d’une nuit très claire, on voyait carrément la voie lactée. C’était magique. Et je ne sais pas vraiment expliquer pourquoi, mais c’est à ce moment-là que j’ai pris conscience de la portée de ce voyage. Je me suis dit : ‘t’as fait quelque chose d’incroyable’. »
La plus grosse galère : « Tout n’a pas toujours été simple. Il y a eu la tempête de sable dans le désert de Gobi, le vol de ma carte bancaire, mais surtout le fait que j’ai failli finir en prison en Chine. J’ai voulu dormir sur une partie non restaurée de la Grande muraille et je me suis fait attraper par une patrouille. Là-bas, on ne vous place pas en garde à vue, on vous jette direct en prison. Ils auraient pu me mettre 5 ou 6 ans pour ça. Mais j’ai réussi à négocier en donnant 50 euros à un policier. Il m’a laissé partir. »
La plus belle rencontre : « Un jeune Vietnamien en galère qui vendait des Bánh mì, les sandwichs de là-bas. Je n’avais plus d’Internet sur mon téléphone et il m’a aidé comme ça, pour rien. Il m’a même offert à boire alors qu’il n’avait pas grand-chose. J’ai voulu lui donner de l’argent, il n’en a pas voulu. J’ai voulu payer une peluche à sa fille, il n’a pas voulu. Il y a des gens qui n’ont rien et pourtant ce sont eux qui vous donnent le plus. »
« Il n’y aura pas de retour à la normale »
Après une dernière traversée de l’Amérique pour atteindre le but final, Los Angeles, Enzo n’est plus le même. Ce voyage l’a quelque part « réconcilié avec le genre humain ». « Quand je suis parti, j’avais en tête l’idée d’un monde du ‘chacun pour soi’. Ces neuf mois m’ont fait revoir mon jugement. J’ai rencontré tellement de belles personnes », dit-il.
Revenu à Fos-sur-Mer depuis le 4 février, pour faire une surprise à son père à l’occasion de son anniversaire, le jeune homme d’aujourd’hui 24 ans n’est toujours pas redescendu. Il pense déjà à l’après. A la question d’actu Marseille de savoir « comment se passe le retour à la vie normale », Enzo répond du tac au tac : « il n’y aura pas de retour à la normale ».
Next step : le tour de France des fromages
« Avant, j’abandonnais tout, tout le temps. Maintenant, je sais que tout est possible. J’ai fait ce périple avec 1 500 euros en poche. J’ai dormi dehors. J’ai mangé dans des poubelles. Tout est possible, répète le jeune homme.
« Je suis inarrêtable. Je ne veux plus faire que ça, vivre de mes explorations et les raconter sur les réseaux sociaux. »
Raconter, partager, avec, si possible, des partenaires pour l’aider à améliorer son matériel de prise d’images, demande-t-il. Son prochain projet est en tout cas déjà arrêté. Il l’emmènera un peu moins loin : « Je veux faire le tour de France des fromages, en stop évidemment. Montrer que la France est belle, riche de culture et de gastronomie. Montrer aussi que les Français ont le cœur sur la main. »
Enzo Terranova veut visiter les granges, les fermes, aller à la rencontre des producteurs, avec un départ au printemps, au plus tard au mois de juin.
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