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Dans l’Eure, une jeune mère laissait ses six enfants livrés à eux-mêmes sans soins ni nourriture

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C’est l’état des lieux d’une misère effroyable. Dans la soirée du 30 décembre 2021, à 19 h 50, un jeune garçon de 11 ans appelle la gendarmerie de Cormeilles (Eure), près de Pont-Audemer, depuis le domicile d’un camarade : « Maman est partie depuis hier et nous sommes seuls à la maison. Il n’y a plus rien à manger », explique l’enfant.

Lorsque les gendarmes arrivent à 20 h 30, ils sont sidérés par la scène de misère qu’ils découvrent. L’aîné de la fratrie de six enfants, âgés de 2 à 11 ans, a cuisiné des pâtes. Chacun mange à l’envie, à même la passoire, avec des gestes qui trahissent l’urgence. Dans la cuisine, des sacs poubelle éventrés vomissent leurs détritus sur le sol visqueux de gras et d’immondices. L’accès à l’eau est difficile, car l’évier déborde de vaisselle sale, de plats maculés et de bols dans lesquels stagne de l’urine. « C’est maman », commente le garçon.

Le petit dernier, encore bébé, erre quasi nu en couche-culotte au milieu de ce qui fut un salon, maintenant jonché d’un chaos d’objets et de couches sales. Les militaires n’en croient pas leurs yeux. À l’étage, des détritus encombrent le passage. Dans les chambres des enfants, les vêtements recouvrent le sol et les matelas, posés par terre. Un radiateur électrique arraché du mur pend au bout de son fil. Dans la salle de bains, des excréments dans la douche jouxtent de la vaisselle souillée accumulée dans une baignoire de bébé. Au terme de cet état des lieux, les enfants sont placés en urgence.

Une mère dans le déni

Vers 23 h, la mère arrive enfin. Elle ne comprend pas la présence des gendarmes et n’accepte pas que ses enfants soient placés. Elle prétend avoir quitté le domicile le jour même à 18 h 30 pour faire des courses en vue du Nouvel an avec une amie dont elle ne peut dire le nom. Elle ignore que son fils aîné a narré dans le détail à la minute près le déroulé des deux derniers jours ainsi que les errances de sa mère depuis 2020.

La veille au soir, sa mère est partie à 17 h 55. Pour le dîner, il a fait réchauffer de la dinde et le riz déjà préparés. Après un temps de dessins animés, il a envoyé tout le monde au lit à 22 h 50. Au réveil, il a fait le petit-déjeuner et a préparé le biberon du plus jeune. Après un temps libre pour les plus grands et le repas de midi qu’il a cuisiné seul, il a accompagné l’enfant de 2 ans à la sieste.

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Le récit témoigne de toute la responsabilité et de l’organisation dont fait preuve ce gamin de 11 ans pour pallier les défaillances de sa mère. La jeune femme finit par admettre les évidences, mais minimise. « J’ai reçu des amis il y a quelques jours », avance-t-elle pour expliquer le désordre. Mais « c’est aussi de la faute des enfants ». Et puis si elle s’absente la nuit, « c’est pour avoir du réseau. Ça ne passe pas à la maison ».

Une longue descente aux enfers

Les enquêtes sociales successives révèlent le tableau d’une longue descente aux enfers ponctuée de signalements récurrents sans effet. Dès 2021, une assistante sociale alerte un juge des enfants, car la mère refuse de la rencontrer et de lui ouvrir la porte.

La directrice de l’école qui accueille trois des enfants fait un signalement à sa hiérarchie et aux services sociaux, car le garçon de 8 ans, sans sous-vêtement, dégage une odeur d’excréments. Toute la classe est indisposée. La maîtresse est obligée de le mettre à l’écart. Les carnets scolaires ne sont pas signés et l’absentéisme est régulier. Les enfants viennent souvent à midi, pour manger à la cantine.

L’entraîneur de boxe de deux des plus grands révèle à la mairie qu’ils sont venus un soir frapper à sa porte, car ils n’avaient rien à manger.

Entendus par les services sociaux, les enfants décrivent un beau-père violent avec eux et avec la maman. Elle-même les frappe à main nue ou avec une ceinture. La petite fille de 7 ans montre une main brûlée : « Maman m’a demandé de mettre les saucisses dans le four. Je me suis brûlée. » Les quatre plus grands s’accordent pour dire que leur mère s’absente régulièrement plusieurs jours, voire une semaine entière, sans rien leur laisser que du riz et des fonds de placard.

Un père infanticide

Au nom de L’Avede-ACJE (association d’aide aux victimes) et des parties civiles, Me Christelle Beauvalet énumère la litanie des préjudices subis et laisse échapper un cri du cœur :

Ces enfants vont mal et sont marqués à vie.

Me Christelle Beauvalet 

Le cadet de la fratrie peut être violent et suit un traitement du trouble de l’attention. La petite fille de 7 ans suit un traitement lourd. Quant à l’aîné, « c’est une bombe à retardement », disent les experts. Les psychologues le décrivent comme bon élève très concentré sur ses études, mais qui « éprouve un fort sentiment de culpabilité et de la colère ». « Je ne veux plus voir ma mère », dit-il. « Elle nous a laissés seuls pendant des jours pour aller voir mon beau-père violent au Havre. »

Son père, il ne s’en souvient pas : celui-ci a tué sa sœur aînée d’une balle dans la tête destinée à sa mère… La petite avait 3 ans et lui 2.

Au nom des parties civiles, Me Christelle Beauvalet demande 3 000 € de préjudice physique et moral pour chaque enfant.

Une vie fracassée

La plaidoirie de la défense dessine les contours d’une vie fracassée. « Il ne faut pas pointer du doigt ma cliente », s’insurge Me Laurent Taffou. « Personne ne pouvait ignorer les difficultés de cette jeune femme de 32 ans qui a eu huit maternités. Sa vie est un désastre. Un premier mari qui commet un infanticide sur sa fille aînée qui avait 3 ans. Et le deuxième mari, père des cinq autres enfants, qui lui brise la mâchoire. C’est une femme seule et isolée, sans ressource. » Du point de vue de la défense, « une peine ferme trois ans après les faits n’a aucun sens. Il faut une peine qui tende la main ».

Au terme d’une audience éprouvante, le tribunal condamne la prévenue absente à un an de prison assorti d’un sursis probatoire de deux ans accompagné d’obligations de soins psychologiques, de suivre un stage de responsabilité parentale et de payer les sommes dues au trésor public. En outre, la déchéance de la responsabilité parentale est prononcée. Chaque enfant se voit accorder 3 000 € au titre du préjudice physique et moral. Lueur d’espoir, la grand-mère semble s’être enfin manifestée au cours de l’enquête.

Les condamnations en première instance sont susceptibles d’appel. Jusqu’à la condamnation définitive, la prévenue est présumée innocente.



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