Certains le surnomment « le Guy Roux de Dives » tant on l’identifie au club de la côte Fleurie, qu’il entraîne depuis 1994 et qu’il a emmené vers le premier 1/8ᵉ de finale d’un club amateur du Calvados en Coupe de France, ce mercredi 5 février 2025 à Cannes (N2). Mais Philippe Clément est un « Caennais de chez Caennais », un enfant de la rive-droite de Caen (Calvados), du quartier de Vaucelles et du boulevard Lyautey.
De La Butte au Stade Malherbe
Ses premiers tacles, il les a effectués sur le terrain de la rue Louis-Robillard, à deux pas du logement familial. « J’ai commencé à La Butte, à l’âge de 7 ans, raconte le coach du SU Dives-Cabourg. Mon premier éducateur était Jean-Claude Barué. C’était une très belle école de foot à l’époque, avec de bons principes de vie au cœur de la Grâce-de-Dieu ». Dans ce quartier populaire de la ville, le tournoi du 1ᵉʳ mai représente la « Coupe du Monde » pour le jeune Clément et ses potes au maillot Vert et noir.
Rapidement, les qualités du petit buttiste parviennent aux oreilles de Pascal Théault, responsable de l’école de foot du Stade Malherbe Caen. Une détection organisée sur le terrain annexe de Venoix achève de convaincre le formateur malherbiste.
Je n’étais pas le plus talentueux, mais Pascal avait apprécié mon caractère. Je n’hésitais pas à tacler dans la boue, j’avais du cœur et même la dalle.
En minimes 2ᵉ année, le milieu défensif rejoint donc le grand club de la ville, armé de son amour indéfectible pour le ballon rond. « Mon père, cheminot, était souvent absent et ma mère n’avait pas le permis, se souvient-il. Alors, pour aller à l’entraînement à Venoix, je me mettais au feu du boulevard Lyautey, avant de descendre la Cavée, et je frappais aux carreaux des voitures pour demander si quelqu’un pouvait m’emmener. Avec mon sac Rouge et bleu, et quand je mentionnais Malherbe, je trouvais toujours un chauffeur ! » Le sens du placement et de la persuasion, déjà.
Amoureux de la Coupe
Le 1/8e de finale (en attendant mieux) du SU Dives face à Cannes, ce mercredi 5 février dans les Alpes-Maritimes, vient couronner une histoire d’amour longue de près de quatre décennies entre Philippe Clément et la Coupe de France. Un premier baiser avait eu lieu chez les cadets, en Gambardella, face aux Girondins de Bordeaux emmenés par Christophe Dugarry. « Avec Vire, je me souviens d’un 1/32e de finale contre Le Havre, alors en D1, raconte-t-il. Au tour précédent, nous nous étions qualifiés à Granville, grâce à un but à la 113e minute. On avait fait le trajet retour sur le toit du bus, en s’arrêtant régulièrement… »
Avec Dives, Philippe Clément a souvent buté sur Granville, mais il a aussi vécu une épopée qui l’a mené jusqu’à Venoix, le stade de sa jeunesse. C’est là que les Divais ont affronté le Lille de Vahid Halilhodzic (élimination 2-0), en 1999. « Au premier tour, cette année-là, on était menés 6-3 par Hermanville à 18 minutes de la fin. On avait finalement gagné 9-6… » Le Dives version 2025 a déjà donné de nouvelles couleurs aux souvenirs de coach Clément.
Les mercredis à Venoix
À Malherbe, il évolue en cadets nationaux, puis en équipe réserve en DHR et en DH. Surtout, il traîne ses crampons sur tous les terrains de Venoix, observe les entraînements des pros, passe ses mercredis au club-house d’Yvette, à jouer au flipper. « Pour mes 50 ans, ma femme m’a acheté ce flipper », sourit celui qui a fêté ses 54 ans ce 30 janvier. À force de le voir passionné par les séances de toutes les catégories, de le voir laver les chaussures des pros sans rechigner, Pascal Théault, encore lui, lui propose d’enfiler le survêt’ du coach.
J’ai commencé par entraîner les débutants, à 14 ans. J’étais en binôme avec le responsable de la catégorie, Philippe Montanier, le gardien des pros.
La fibre de la transmission ne le quittera plus. Il entraîne ensuite les minimes de La Butte, dans son quartier, encadre les stages foot-vacances de Pascal Théault et Jean-Claude Médot à Cahagnes, travaille comme animateur sportif à l’école du Sacré-Cœur…
Une petite annonce change son destin
Son histoire avec le Stade Malherbe s’est malheureusement terminée sur un malentendu. À 19 ans, au moment de la bascule entre réserve et équipe pro, il ne fait pas partie des élus. « Un contrat stagiaire avait été évoqué, mais on était alors aux débuts du centre de formation, seuls trois joueurs en ont obtenu. J’en ai été un peu vexé alors je suis parti. Mais je le regrette un peu, j’aurais pu rester un an de plus sous statut amateur… » Sa carrière aurait peut-être été différente, mais elle a embrassé un tour magique. À Vire et Granville, il fréquente la D4 (équivalent du National 2) avant de donner à sa vie un nouveau sens.
Je voulais me rapprocher de Caen mais mon statut de joueur promotionnel m’obligeait à rester encore un an à Granville, ou à redescendre au niveau régional. C’est comme ça que j’ai atterri à Dives-sur-Mer, qui venait de monter en PH.
L’annonce dans le journal précisait que le club de la côte cherchait un entraîneur-joueur. L’idéal pour Philippe Clément, même s’il n’avait que 23 ans !
Les fameuses « valeurs divaises »
À Dives, ville de tradition communiste, le fils de cheminot bercé aux luttes sociales trouve un environnement qui correspond parfaitement à son éducation, auprès de joueurs pour qui le foot est une manière d’oublier durant 90 minutes les difficultés de la pêche ou de l’usine. Les fameuses « valeurs divaises ». « Je suis rapidement tombé amoureux de ce club, admet-il, en romantique du football. Il m’a juste fallu recadrer un peu mes joueurs car ils avaient une envie parfois débordante… » Au point de priver le club de monter, à la fin de sa première saison, en raison de débordements face aux voisins de Cabourg.
30 ans plus tard, le SU Dives-Cabourg évolue au cinquième niveau national et s’apprête à vivre le plus grand moment de son histoire, sur la côte d’Azur. En trois décennies, Philippe Clément a mis en place les structures d’un club solide, avec des séances de foot dans la rue ou des stages pendant les vacances pour les enfants. Surtout, il a su allier « rigueur éducative et chaleur humaine », les deux piliers de sa philosophie. « Dans le foot d’aujourd’hui, on ne laisse pas assez de place à l’humain, se désole-t-il. Ma plus grande fierté, c’est de n’être fâché avec aucun des joueurs que j’ai eus à Dives ». Ça vaut bien une coupe.
Coupe de France, 1/8e de finale. Cannes – Dives-Cabourg, mercredi 5 février (20h45).
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