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Contrainte de rester chez elle avec son conjoint violent, près d’Yvetot, elle a fini par donner l’alerte

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Violentée, enfermée chez elle… Une femme a dénoncé une soirée de calvaire aux gendarmes d’Yvetot. Le mis en cause, son conjoint, peine à assumer les faits. Récit.

« Il s’est mis entre moi et la porte »

Le 23 juillet 2024, une femme se présente à la gendarmerie d’Yvetot en Seine-Maritime, pour déposer plainte contre son compagnon pour des faits de violences conjugales et de séquestration.

Elle explique que la veille, une dispute a éclaté sur fond d’alcool. « Quand il boit, il s’énerve et devient incontrôlable », décrit-elle. Selon elle, son compagnon lui a « intimé l’ordre de quitter le domicile ». Elle a préparé ses affaires quand soudain, ce dernier a changé subitement d’avis et l’a empêché de quitter les lieux. « Il s’est mis entre moi et la porte, il a pris mes clefs et mon téléphone pour ne pas que j’appelle les secours. »

Mais selon elle, son compagnon l’a ensuite saisie par le cou avant « de la claquer contre un premier meuble puis un second ». Puis, devant sa belle-fille âgée de 10 ans, il lui a « enfoncé son pouce dans la bouche par la force ». Afin que la situation ne s’aggrave pas, la victime a décidé « de prendre sur elle » et de rester dormir au domicile.

Le lendemain quand son compagnon a quitté le domicile pour aller à son travail, elle en a profité pour s’enfuir et donner l’alerte.

« J’ai cru qu’on allait mourir »

Au fil de ses auditions, elle dévoile avoir été victime de violences régulières de la part de son compagnon. En avril dernier par exemple quand, après avoir bu beaucoup d’alcool, ils ont quitté ensemble une soirée. Il lui aurait « reproché de lui avoir manqué de respect » avant de la saisir par la gorge « de la main droite, tout en conduisant de la main gauche ».

Je me suis défendue pour qu’il lâche prise. J’ai tellement eu peur que je me suis uriné dessus. J’ai cru qu’on allait mourir.

Victime de violences conjugales

Examinée par un médecin, elle écope de six jours d’incapacité de travail.

Entendue, la fille du mis en cause confirme les déclarations de sa belle-mère. Depuis, elle se refuse à avoir tout contact avec son père.

Il minimise les faits

Interpellé et placé en garde à vue, l’ouvrier agricole n’est pas inconnu de la justice et pour cause, il a été condamné 10 jours plus tôt pour plusieurs actes d’exhibitions sexuelles à six mois de prison assortis d’une période de probation pendant 30 mois.

Contre sa compagne, il conteste tout acte de violence. Il argue que sa compagne souffre d’un trouble bipolaire et que lors d’une rechute ou que son traitement n’est plus adapté, « elle fait n’importe quoi » avant de finir par reconnaître « des violences réciproques ».

À l’audience, le prévenu semble détaché des faits. S’il reconnaît avoir violenté son ex-compagne, il conteste l’avoir séquestrée. « Je n’ai pas voulu qu’elle sorte car elle avait consommé de l’alcool et pris des médicaments. » Concernant des violences antérieures, il admet du bout des lèvres « un épisode ». Pour le reste, il nie et indique qu’il ne s’agissait que de « disputes verbales ». 

« Frapper une femme, bon, c’est pas terrible »

Il assure « ne pas être fier » de lui. « Frapper une femme, bon, c’est pas terrible. » Lorsque le tribunal lui renvoie le traumatisme pour sa fille d’avoir été témoin de sa violence, il fend l’armure quelques instants et exprime des regrets avant de se refermer de nouveau.

Présente à l’audience, la victime maintien ses accusations. Elle explique que tout était prétexte à une dispute, « nos divergences politiques par exemple ». Si elle admet être bipolaire, elle explique être suivie et avoir une vie totalement normale : « Quand il se fait passer pour le sauveur et tente de me faire passer pour folle, il vous ment ».

Pour l’avocat de la victime, le prévenu minimise sa responsabilité et tente de jeter le discrédit sur sa cliente mais il tient à rappeler à la juridiction comme au prévenu que c’est grâce au témoignage de sa fille que ce dernier doit répondre de ses actes. « Quand on commet ce genre de faits devant sa fille, on se remet en question, si le prévenu ne voit plus sa fille, c’est de sa seule responsabilité. »

Il sollicite la somme de 5 900 euros de dommages et intérêts. La mère de la jeune fille se constitue partie civile par le biais de son avocat. En effet, elle est profondément traumatisée après cette scène mais également suite « aux exhibitions sexuelles » commises par son père. Son avocat sollicite la somme de 6 000 euros de dommages et intérêts.

Prison avec sursis

Le procureur n’est pas tendre non plus. Face la minimisation du prévenu tout au long de l’audience, il requiert une peine de huit mois d’emprisonnement à exécuter sous bracelet électronique. Il réclame également une interdiction de contact et de paraître au domicile de la victime pendant trois ans.

Du côté de la défense, on sollicite la relaxe pour des faits de violences datant de avril et mai 2024 faute d’élément probant. Concernant les infractions commises en juillet, le conseil du prévenu réfute toute minimisation par son client. « Il ne banalise pas, il dit seulement qu’il n’a pas les épaules pour gérer la bipolarité de la victime » et assure qu’il regrette ses agissements. Concernant la séquestration, « c’était pour éviter un drame » qu’il a agi de la sorte, selon son avocat qui sollicite une peine alternative à l’incarcération.

Le tribunal relaxe le prévenu des faits de violences commis en avril et mai 2024 mais le déclare coupable* des violences de juillet 2024 et de séquestration. Il écope d’une peine de huit mois d’emprisonnement avec sursis. Il a interdiction d’entrer en contact et de paraître au domicile de la victime pendant trois ans. Il devra verser la somme de 1 900 euros à sa compagne et 2 400 euros à sa fille à titre de dédommagement.

Frédéric Bernard

*Cette peine est susceptible d’appel. Toute personne est présumée innocente tant que toutes les voies de recours n’ont pas été épuisées



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