La 32e chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris a condamné ce mercredi 29 janvier 2025, Alain Lambert et Alain Pelleray, dans le cadre du dossier GDE (Guy Dauphin Environnement), cette société basée dans le Calvados, qui souhaitait implanter un site d’enfouissement de déchets, au début des années 2010, près du prestigieux Haras du Pin.
Des peines de prison avec sursis
Le premier, ancien ministre délégué au Budget et président du Département de l’Orne, a été condamné pour trafic d’influence à 2 ans de prison avec sursis simple et à verser 100 000 € d’amende.
Le second, Alain Pelleray, écope d’un an de prison avec sursis simple et devra verser 50 000 €. Les deux hommes sont inéligibles pendant trois ans.
Conseil d’Alain Lambert et connaisseur de la vie politique ornaise, Cyril Fergon réagit à cette décision, qui reprend les grandes lignes des réquisitions du Parquet National Financier.
La peine prononcée par le PNF est lourde, comment Alain Lambert réagit à ce jugement ?
Il le reçoit mal. Effectivement la décision est lourde. Sévère même. Il est déclaré coupable de l’un des chefs d’accusation (la complicité de trafic d’influence n’a pas été retenue, N.D.L.R). Il faut dire que l’infraction de trafic d’influence pour les élus, est très fortement réprimée dans le Code pénal.
« C’est la pichenette dans le nez »
Le tribunal a suivi les réquisitions du parquet. Vous réclamiez pourtant le non-lieu…
Ce n’est pas tellement une surprise. La 32e chambre a l’habitude de suivre les réquisitions du Parquet National financier. J’avais trouvé les réquisitions très lourdes, en dehors de la question du trafic d’influence.
Trois ans d’inéligibilité pour un homme qui a consacré sa vie aux autres en tant qu’élu, c’est moralement très dur à encaisser. C’est la pichenette dans le nez. Heureusement, le tribunal n’a pas retenu l’affichage de la peine au Conseil Départemental. Cela aurait été une mise au pilori
Vous comptez faire interjeter de la décision ?
Nous avons dix jours pour rendre notre décision. Il est nécessaire de prendre le temps de la réflexion. Alain Lambert est persuadé de son innocence, et il veut toujours le démontrer. Toutefois, il a l’âge qu’il a (78 ans, N.D.L.R.) et une santé qui lui joue des tours. Il faut qu’il se décide à affronter une nouvelle procédure, de nouvelles audiences. C’est une épreuve morale. Nous attendons le jugement écrit vendredi. Alain Lambert prendra sans doute quelques jours pour échanger avec ses proches pour se décider.
À l’heure actuelle, sa décision n’est donc pas prise ? Que lui conseillez-vous ?
À ce stade, l’idée serait de faire appel. Mais la décision lui appartient. Il doit échanger avec ses proches, son épouse, ses enfants, ses petits-enfants…
Si nous décidons de faire appel, il faudra attendre 18 ou 24 mois supplémentaires, et se préparer de nouveau.
Sur des questions de Droit pur, comme la prescription de certains faits, ou la légalité des perquisitions à domicile, j’attends de voir les explications du jugement. La jurisprudence n’est pas faite sur ces perquisitions, qui étaient sévères.
Avec une Cour d’Appel, tout est différent. C’est un autre regard, des magistrats avec plus d’expérience, de recul.
« Il n’a jamais touché un centime personnellement »
Sur le fond, Alain Lambert continue donc d’affirmer son innocence ?
Tout à fait. Il n’accepte pas le principe de culpabilité. D’ailleurs, on le condamne seulement sur des intentions. Dans cette affaire, jamais il n’a touché un centime personnellement.
Oui, on lui a offert des balades à la montagne, des restaurants, et il a demandé une avance sur un livre. Mais quand on voit les jugements pour certains qui se sont vraiment enrichis, on peut être surpris de la sévérité de cette décision.
Dans quel état est-il aujourd’hui ?
Il est affecté, naturellement. Depuis deux ans et demi, j’ai vu son état se dégrader à cause de cette affaire.
Après son audition devant les services de police judiciaire, il était sur le dos dans l’escalier. Physiquement, il a été opéré du dos, il marche avec une canne anglaise… Par moments, il était au fond du trou.
C’est un humain, il est terrorisé par l’image qu’il renvoie. Il vit à Alençon, il fait ses courses comme tout le monde. Il voit le regard des autres autour de lui. Dans les jours à venir, il va passer par différentes phases : l’abattement, la colère, l’énervement, l’envie de se battre.
C’est sain de passer par là avant de se décider à faire appel ou non.
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