Pour contourner les terminaux géants de conteneurs maritimes comme Le Havre (Seine-Maritime), davantage surveillés, les trafiquants de cocaïne ciblent les ports secondaires en France et larguent aussi des ballots à l’approche des côtes, récupérés ensuite par des complices. « Il y a quelques années, on ne voyait pas ces phénomènes », expose Jean-Pierre Stephan, représentant du syndicat Solidaires des douanes dans l’Ouest de l’Hexagone.
Le transport maritime est le vecteur majeur d’acheminement de la cocaïne en France et Le Havre sa principale porte d’entrée, d’après le dernier bilan de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT).
Or, « le renforcement des mesures de sécurité au port du Havre a permis de réduire son utilisation par les narcotrafiquants », stipule l’organisme. Les flux se reportent ailleurs, dans le Nord et en Bretagne. Dunkerque, Rouen, Montoir-de-Bretagne sont des ports « parmi les plus exposés », cite depuis 2024 une commission d’enquête sénatoriale sur le narcotrafic.
De nombreuses organisations criminelles coopèrent pour acheminer les stupéfiants. Chacun a ses portes d’entrée.
Échouages
Les ballots largués en mer reviennent également de manière récurrente dans l’actualité depuis une poignée d’années. Comme les près de 700 kg, conditionnés et imperméabilisés en plusieurs dizaines de paquets, flottant au large de Fécamp en 2023.
C’est la technique dite du « drop-off » : « pour éviter un éventuel risque de contrôle dans l’enceinte portuaire, on va larguer la marchandise avant destination », décrit l’économiste Clotilde Champeyrache.
Le bateau à la feuille de route suspecte évite ainsi une inspection et une embarcation locale moins repérable récupère la marchandise. Quand le stratagème capote, des ballots échouent sur les plages, comme ce fut le cas dans le Cotentin, à Réville, Omonville-la-Rogue ou encore Néville-sur-Mer en 2023.
« On peut imaginer que certains marins pêcheurs sont sollicités par les trafiquants pour récupérer les colis munis d’AirTag (traceur disponible dans le commerce pour une somme modique, N.D.L.R.) ou de balises », reprend l’agent de terrain anonyme. Et d’ajouter : « Les pêcheurs sont en ce moment un peu, comment dire, pas sous surveillance, mais ça fait partie des hypothèses. »
« On a des indices, ça reste des indices », pointe Jean-Pierre Stephan au sujet d’éventuels marins pêcheurs impliqués. « Le monde de la pêche connaît des difficultés actuellement. Et ce n’est pas un mystère, il est touché par la consommation de stupéfiants », poursuit le douanier. Une fois « le doigt mis dans la consommation » de stupéfiants stimulants pour tenir les cadences, des pêcheurs sont susceptibles d’être en « lien avec des réseaux ».
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