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comment la mort d’Elias a relancé le débat de l’arme à feu chez les policiers municipaux

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Un drame qui est encore dans toutes les mémoires. Le 24 janvier 2025, Elias, 14 ans, était tué dans le 14e arrondissement de Paris pour avoir refusé de donner son téléphone à ses agresseurs. Après la mort de l’adolescent, plusieurs voix se sont élevées pour réclamer que la police municipale à Paris soit armée. Ce qu’elle n’est pas depuis sa création en octobre 2021, Anne Hidalgo (PS) y étant farouchement opposée.

La première à avoir amené ce débat dans la campagne des prochaines élections municipales, c’est Rachida Dati, la maire du 7e arrondissement et ministre de la Culture. « Il est impératif de mettre un terme à l’insécurité à Paris. En complément des efforts entrepris par la préfecture de police, cela doit passer aussi par le déploiement d’une police municipale armée et la prise en compte sérieuse de l’insécurité qui sévit à Paris, plutôt que le déni par la majorité municipale », écrivait-elle sur ses réseaux sociaux après la mort de l’adolescent.

« La gauche s’est arrêtée au milieu du gué »

Au sein de Changer Paris, on explique que cette mesure aurait déjà dû s’appliquer lors de la création de la police municipale en 2021. « Pour nous, ça constituait un ensemble cohérent avec la formation, l’armement et l’équipement. La gauche s’est arrêtée au milieu du gué », regrette David Alphand, porte-parole et co-président du principal groupe d’opposition au Conseil de Paris.

Pierre-Yves Bournazel (Horizons) souligne, lui, que cet armement est « réclamé » par les policiers municipaux sur les terrains et par les syndicats. « C’est ce que je constate chaque jour », explique-t-il.

Pour les élus du centre et de la droite, le port de l’arme doit avant tout permettre aux policiers municipaux de se protéger. « Le fait de porter un uniforme peut faire de vous une cible », affirme le co-président du groupe Union Capitale, citant l’exemple de Clarissa Jean-Philippe, policière municipale tuée en 2015 à Montrouge (Hauts-de-Seine) par Amedy Coulibaly.

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La question centrale de la formation

Aujourd’hui, les policiers municipaux sont « seulement armés de bâtons et de bombes lacrymogènes », expliquent David Alphand. « Insuffisant » selon lui. Il réclame le port « d’une arme légère », comme un pistolet 9 mm ou à impulsion électrique. « Ça aurait un caractère dissuasif et c’est l’effet psychologique recherché », développe-t-il.

La gauche est dans le déni. Elle refuse de prendre en compte la réalité d’insécurité. La maire du 14e arrondissement (Carine Petit) n’avait pas pris la mesure du risque et de la menace qui entourait les enfants autour du stade (Jules Noël où est mort Elias). Il y a un décalage entre le discours politique et la réalité. 

David Alphand
Co-président du groupe Changer Paris

Mais avant d’envoyer des policiers armés sur le terrain, le groupe Changer Paris et Pierre-Yves Bournazel souhaitent mettre l’accent sur la formation de ses agents. « C’est irresponsable de ne pas concevoir cette formation », explique l’élu du 18e arrondissement. « Les former revient à les protéger », abonde-t-il.

La mairie de Paris s’est récemment dotée d’un tout nouveau centre de formation, dédié aux métiers de la sécurité et de la prévention. Situé dans les anciens locaux de Charlie Hebdo dans le 11e arrondissement, ce nouveau lieu doit « donner les moyens à cette police municipale de réussir », expliquait Nicolas Nordman, adjoint à la Sécurité, au moment de l’inauguration en mai 2024.

À gauche, une question de compétences et de loi

Pour faire infléchir cette position « idéologique » de la gauche, les partisans d’une police municipale armée mettent en avant la décision du maire de Bordeaux, Pierre Hurmic, qui, en novembre dernier, annonçait la création d’une brigade spéciale dotée d’armes à feu « pour plus de sécurité et de proximité ».

Mais chez les écolos parisiens, on s’oppose totalement à cette mesure. Eux qui étaient déjà contre la création de la police municipale, il y a quatre ans. « Pour nous, les policiers municipaux doivent répondre à un besoin de proximité », développe Fatoumata Koné, président des écologistes au Conseil de Paris.

Si la gauche parisienne admet que la sécurité « est un enjeu important » dans la capitale, elle estime que les missions de la police municipale doivent se cantonner à lutter contre les incivilités du quotidien, qui « pourrissent la vie quotidienne des Parisiens », selon le sénateur (PCF), Ian Brossat : stationnement, verbalisation, lutte contre les ventes à la sauvette, tranquillité de l’espace public ou violences sexistes et sexuelles. Des tâches qui doivent s’effectuer à « vélo ou à pied » et qui doivent « rassurer la population », pour Fatoumata Koné. Et qui ne doivent pas « se confondre » avec celles de la police nationale. L’élue écologiste craint par exemple que l’armement des agents municipaux « apporte de la confusion auprès de la population ».

Toutes ces missions font partie « du cadre est fixé dans la loi », relève le député (PS), Emmanuel Grégoire. À droite, on répond qu’un groupe de travail a été formé autour du ministre (LR) de l’Intérieur, Bruno Retailleau, pour « permettre une évolution des missions et du cadre législatif ».

L’ancien premier adjoint s’indigne de la récupération effectuée par la droite après la mort d’Elias. « C’est indécent […] Je ne vois pas en quoi un policier armé aurait changé quoi que ce soit ». Même son de cloche chez Ian Brossat. « Expliquer que la mort d’Elias aurait été empêchée si la police municipale avait été armée, c’est de la démagogie et une instrumentalisation, c’est répugnant ».

Unanimité sur l’augmentation des effectifs

Pour la gauche parisienne, un coupable est tout trouvé dans ce débat : l’État. Emmanuel Grégoire parle d’un « désengagement », Ian Brossat d’un « drame ». Tous demandent le retour d’une police nationale de proximité avec plus d’agents sur le terrain.

Durant les JO, 1 200 policiers nationaux ont été déployés et il y a eu une baisse très sensible de la délinquance, car on avait une police nationale rassurante et présente. Ce qu’on a été capable de faire pendant les JO, l’État devrait être capable de le faire tout le temps.

Ian Brossat
Sénateur de Paris

S’ils s’opposent sur la question de l’armement, les élus parisiens trouvent en revanche un terrain d’entente sur les effectifs, qu’ils jugent tous insuffisants à l’heure actuelle. « La maire avait promis 3 600 agents à la fin du mandat et on ne les aura pas », déplore la présidente des écologistes au Conseil de Paris.

« Le compte n’y est pas » pour David Alphand. « Il faut muscler le dispositif de la police municipale pour éviter que des vides sécuritaires n’apparaissent ». Pour cela, le groupe Changer Paris propose de réserver des logements sociaux aux agents municipaux afin de rendre « le métier plus attractif ».



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