Malgré les fenêtres constamment ouvertes, les murs suintent, coulant littéralement sur les prises électriques. À Thionville (Moselle), voilà déjà quatre ans que la famille Eon vit en colocation forcée avec d’énormes taches de moisissures noires et vertes.
À six dans cet appartement insalubre des boucles des Prés de Saint-Pierre – avec de jeunes enfants, dont un nourrisson de trois mois –, ils témoignent d’un sentiment d’abandon de la part de leur bailleur social et de la mairie.
Pourtant, la moisissure prend de plus en plus de place dans la vie de la famille. « Depuis quelques jours, il y a beaucoup de pleurs… », confie pudiquement Amelia Eon, la mère, désespérée et à bout de solutions.
Tout est moisi dans cet appartement de Moselle
Rideaux, fenêtres, portes, meubles : tout est moisi et à jeter. Aucune pièce du logement n’est épargnée : « On vit dedans, on dort dedans », résume Amelia Eon.
Quand je rentre chez moi et que je vois les murs noirs, ça me ronge.
Les taches, profondément imprégnées, ne disparaissent pas malgré tous les efforts déployés. Elle déplore une situation invivable : « En été, quand il fait chaud, c’est un four et on sent le moisi. » Une odeur tenace qui imprègne le linge, à peine sorti de la machine.

« J’ai honte », le mal-être de la famille
Amelia Eon s’inquiète de la santé de ses jeunes enfants : « J’ai éloigné leur lit le plus loin possible de la moisissure. Moi, j’ai des allergies, je me demande si les moisissures n’y participent pas. »
La mère fait état d’un mal-être qui impacte directement ses enfants : « Ils vivent dedans, donc ils se rendent compte de la situation. Ils me répètent : ‘Quand est-ce qu’on part ?’».
« J’ai honte », résume Amelia Eon, expliquant éviter à tout prix de ramener des invités chez elle. « Se sentir bien chez soi, c’est important », plaide-t-elle, « chez moi, je n’achète plus rien. Pas de décoration, pas de meuble, parce que ça pourrit dans tous les cas ».

Le relogement s’avère complexe
Le quartier Saint-Pierre est en cours de transformation. L’immeuble de la famille Eon tombera complètement dans deux ans, fin 2026. La réhabilitation de l’appartement n’est donc pas envisagée par Moselis, le bailleur social. D’ici là, l’unique solution est un relogement.
Trois logements ont été proposés par Moselis, mais aucun ne convenait à la famille. Le premier était beaucoup trop éloigné du travail de la mère. Le second était dans la tour d’en face, mais traumatisée, la famille veut s’échapper du quartier. Le loyer du dernier était triplé.

« J’ai l’impression que je ne déménagerai jamais »
Sollicité, Moselis se dit « un peu embêté de cette situation ». Le problème viendrait du manque de vacance dans leur parc de logements. Ils déclarent cependant que le dossier de la famille est à nouveau « en haut de la pile ». Mais depuis octobre 2024, la famille n’a plus de nouvelles.
Du côté de la mairie de Thionville, le cabinet du maire informe qu’ils ne pourront appuyer les locataires qu’en cas d’un recours collectif de voisinage.
Amelia Eon s’affaire déjà à collecter les témoignages de ses voisins, également concernés par les moisissures. Mais résignée, elle soupire : « J’ai l’impression que je ne déménagerai jamais ».
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