Depuis minuit, dans la nuit du 1er au 2 mars 2025, Philippe Bas n’est plus sénateur de la Manche, et David Margueritte l’est automatiquement devenu. « On ne remplace pas Philippe Bas », résumait jeudi ce dernier. Le même jour, dans un courrier adressé aux agents de l’Agglo, il annonçait sa décision de siéger au Sénat.
Cela devenait réel, après deux semaines compliquées. De l’hôtel Atlantique au Palais du Luxembourg, il y a un monde, même si l’élu revendique une forme de continuité dans son engagement pour le Cotentin, à travers son souhait de « faire rayonner le territoire » à l’échelle nationale.
Histoire de courants
Il passe d’un univers où il était devenu incontournable aux ors de la République, où il faudra se faire une place dans une majorité sénatoriale installée de longue date. Avec ses codes, ses mécaniques et ses caciques.
« Bruno Retailleau a une grande influence sur la droite sénatoriale, indique un élu du Cotentin. Pas sûr que ce soit simple de peser quand on arrive en proche de Laurent Wauquiez. Surtout en ce moment. »
L’analyse est un peu rapide. S’il voue effectivement une fidélité personnelle à Laurent Wauquiez, l’élu cotentinais se révèle politiquement proche du ministre de l’Intérieur, avec lequel il a échangé à plusieurs reprises ces dernières semaines quant à la réalité de l’éventail de choix que lui offrait vraiment le code électoral, suite au départ de Philippe Bas.
Je suis très en phase avec la majorité sénatoriale.
« Être parlementaire, ce n’est pas juste lever la main pour voter les textes »
Jusqu’au dernier moment, David Margueritte a pensé rester à la présidence de l’Agglo, en démissionnant du Sénat. Interrogés, de nombreux maires disent comprendre sa décision. Cela n’aurait sans doute pas été le cas si le président du Cercle du Cotentin avait fait le même choix, mais en ayant eu trente jours pour décider entre devenir parlementaire ou garder ses deux mandats à l’Agglo et à la Région (comme il l’espérait).
Au moment où il annonce qu’il va finalement siéger, il ne s’est pas encore projeté sur son prochain quotidien au Palais du Luxembourg. Dans quelle commission s’installera-t-il ? La décision, stratégique quant au rôle qu’il souhaite jouer à Paris, sera scrutée.
Béatrice Gosselin est à la Culture, Sébastien Fagnen à l’Aménagement du territoire. Philippe Bas était un éminent membre de la Commission des lois. Il n’y a pas d’automaticité pour celui qui récupère son siège.
Être parlementaire, ce n’est pas juste lever la main pour voter les textes. Ce n’est pas comme cela que j’imagine cette mission.
Le Cotentin, terre de sénateurs
Les premières heures après la proposition faite à Philippe Bas par Gérard Larcher, David Margueritte envoie aux journalistes qui l’interpellent sur le sujet un texto où il explique prendre un temps de réflexion. En privé, Philippe Bas ne cache pas sa surprise qu’il ne dise pas oui tout de suite.
Par voie de presse, mais aussi directement, celui qui va entrer au Conseil constitutionnel, rappelle la nécessité qui incombe aux sénateurs d’être régulièrement présents sur tout le territoire. L’ancien ministre le sait : son entrée chez les Sages met le bazar dans la droite manchoise.
L’entrée de David Margueritte au Sénat ouvre des perspectives directes dans le nord du département, et freine des ambitions dans le sud.
Du côté du Sénat, la présence de deux élus du Cotentin n’indique pas non plus qu’ils vont se marcher sur les pieds, ni qu’il y aura une concurrence frontale. Politiquement, il y aura peu d’effets.
Par sa présence sur la liste Philippe Bas en 2023, David Margueritte semble avoir déjà fait le plein électoral localement. Au point qu’un instant, au moment du dépouillement à Saint-Lô en septembre 2023, l’assistance s’est demandé si Philippe Bas n’allait pas réussir à passer trois noms.
Entre-temps, Sébastien Fagnen, lui, s’est fait sa place au Sénat et sillonne le territoire depuis un an et demi. De plus, à travers la signature de plusieurs courriers communs (dont il a parfois été l’instigateur) l’élu socialiste a démontré sa capacité à travailler pour le département au-delà des clivages partisans, réels.
Calendrier
Leur calendrier, aussi, peut différer. Beaucoup tablent sur un retour de David Margueritte aux municipales l’an prochain. Et lui, ne ferme pas la porte, même s’il promet un engagement total au Sénat. Il ne peut, quoi qu’il en soit, se permettre de laisser planer le parfum de parenthèse.
Je ne sais pas faire autrement : quand je m’engage dans quelque chose, j’y vais à fond. Je ne suis pas un grand libéral, je suis attaché au rôle de l’État et aux questions de souveraineté. Être au Sénat, cela a un sens. Et une fierté. Ce que je veux, c’est me sentir utile. Je me suis senti utile à l’Agglo.
David Margueritte ne rêvait plus de devenir parlementaire depuis quelques années, mais l’appel du Sénat résonne plus en lui aujourd’hui que celui de l’Assemblée nationale. Lui se réclame « enraciné au territoire ».
Justement, avec leur expérience d’élu, les sénateurs doivent dire ce qui est possible ou non, au moment d’appliquer sur le terrain une loi votée à Paris. Une ode au temps long, à rebours des canons médiatiques de l’époque. La Chambre haute apparaît aujourd’hui comme un élément important pour l’équilibre politique. Dans l’image, y entrer, ce n’est plus la promesse d’y conclure une histoire politique. De plus en plus souvent, c’est simplement ouvrir un nouveau chapitre d’un engagement.
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