Dans la nuit du mardi 11 au mercredi 12 mars 2025, un incendie s’est déclaré dans l’une des geôles du commissariat de police du Havre. Un homme de 38 ans, interpellé quelques minutes plus tôt dans le quartier de Caucriauville et placé en garde à vue, vient de mettre le feu à son matelas à l’aide d’un briquet. Il était jugé au tribunal ce vendredi.
Il vole un chariot élévateur et roule dans les rues du Havre sans permis
Présenté jeudi en fin de journée au parquet du Havre, puis incarcéré, le mis en cause a été jugé ce vendredi 14 mars « selon la procédure de comparution immédiate des chefs de dégradations volontaires par incendie et de mise en danger de la vie d’autrui, outre les infractions pour lesquelles il était placé initialement en garde à vue », indique Soizic Guillaume, la procureure de la République du Havre dans un communiqué envoyé vendredi matin.
Pour comprendre ce qui a mené ce Havrais, père de deux enfants, à mettre le feu dans sa cellule, il faut remonter quelques heures plus tôt.
Un peu avant minuit cette nuit-là, Dany* entre sur un chantier et se met au volant d’un chariot élévateur. Il est équipé d’une tenue de travail, d’un casque et de chaussures de sécurité, des objets volés début mars sur un autre chantier début mars.
« Vous démarrez, vous écrasez les barrières de protection d’un chantier et vous commencez à conduire dans les rues du Havre », relate la présidente du tribunal à l’audience. Ce sont des riverains alertés par le bruit qui préviennent la police. L’un d’eux tente de l’arrêter. En vain.
Un briquet caché sur lui malgré la fouille des policiers
Le prévenu continue sa balade dans la ville, « faisant des dégâts un peu partout », et ce jusqu’à l’intervention d’un policier arrivé sur les lieux. « Il vous a demandé de vous arrêter », rappelle la présidente au prévenu. « Je n’ai pas entendu son injonction », répond Dany depuis le box.
Le policier saute alors dans la cabine pour mettre fin à cette cavale. Les deux hommes chutent au sol et l’engin s’arrête automatiquement, une mesure de sécurité sur ce type d’engin. « Très énervé » et alcoolisé, le mis en cause rend l’interpellation difficile, tout comme le placement en cellule au commissariat boulevard de Strasbourg au Havre, après la fouille réglementaire.
Une fouille lors de laquelle le gardé à vue a réussi à cacher un briquet sur lui. « On n’a pas fouillé mes poches et mon briquet était dans une poche », justifie-t-il à l’audience avant de dire avoir agi « par mauvaiseté ». « J’en voulais au policier pour ce qu’il m’avait fait », ajoute-t-il en montrant les blessures sur son visage consécutives à la chute du chariot élévateur.
Le commissariat évacué à cause des fumées
« Par mauvaiseté » donc et « pour faire chier le monde », relate la substitut du procureur lors du procès, Dany met le feu au matelas, » lequel a été en grande partie consumé ».
« Le sinistre a aussi en partie dégradé le plexiglas, le sol et les murs de la geôle. L’intervention rapide des policiers à l’aide d’extincteurs a permis de circonscrire rapidement l’incendie. Les dégâts ont été cantonnés à la geôle occupée qui a subi des dégradations. Le commissariat a toutefois été évacué par mesure de précaution, compte tenu de la présence de fumées », explique Soizic Guillaume.
Cinq policiers, incommodés par ces fumées, se sont portés partie civile. « Je regrette car j’aurais pu tuer des personnes », reconnaît le prévenu, qui ne travaille plus depuis 2020, date d’une opération des hanches, et vit uniquement de l’allocation aux adultes handicapés.
Condamné à douze mois de prison ferme toutes peines confondues
« Pourquoi vous n’avez pas commis d’infractions pendant 10 ans entre 2010 et 2020 ? », questionne la substitut du procureur, qui requiert 12 mois de prison dont six avec sursis probatoire pendant deux ans. « Je travaillais beaucoup [sur les chantier, NDLR], je m’occupais de mes enfants. Et quand j’ai dû arrêter de travailler, j’ai recommencé », confie celui qui a déjà été condamné à sept reprises.
Dany a finalement écopé de 12 mois de prison dont huit avec sursis probatoire pendant deux ans avec l’obligation de soins en addictologie et d’indemniser les victimes (400 euros pour cinq policiers, 600 euros pour le sixième qui l’a interpellé, ainsi que 600 euros en global pour les frais de justice ; il devra également indemniser la société à qui il a volé le chariot élévateur).
Il a également été condamné à deux mois de prison ferme pour refus d’obtempérer avec interdiction de conduire tout véhicule terrestre à moteur et interdiction de détention et port d’arme pendant cinq ans.
Enfin, une précédente peine d’emprisonnement d’une durée de six mois a été révoquée. Il a été emmené au centre pénitentiaire à la fin de l’audience.
* Le prénom du prévenu a été modifié
**Cette peine est susceptible d’appel. Tout justiciable demeure présumé innocent tant que toutes les voies de recours n’ont pas été épuisées
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