La Nordiste Françoise Lemaire vient d’écrire un nouveau livre sur son « héroïne » : Louise Nicolle. Elle vécut au XIXe siècle à Saint-Amand-les-Eaux (Nord) et dévoua sa vie aux plus pauvres, fondant de nombreuses œuvres de charité, ainsi qu’une congrégation religieuse. L’autrice veut relancer son procès en béatification.
Le livre « Louise Nicolle, une sainte pour aujourd’hui », tiré à compte d’autrice, mettant davantage l’accent sur la spiritualité de Louise que le précédent, est enrichi d’une lettre (4 pages) adressée au pape François avec des arguments convaincants : « Avec trois miracles reconnus, l’humble désir de voir enfin cette figure d’évangélisatrice du XIXe siècle reconnue comme sainte et servir de modèle de don de soi, poussé jusqu’à l’extrême, à notre Nord si défavorisé et si déchristianisé. »
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Ancienne professeure de lettres en lycée et classes préparatoires, au service des jeunes en difficultés scolaires et de jeunes étrangers désireux d’apprendre le français, Françoise Lemaire, 77 ans, est responsable pour les Hauts-de-France, à la suite de Louise Nicolle, de « L’heure de présence au Sacré-Cœur de Jésus », et membre de l’association « Mère de Miséricorde ».
Plusieurs livres
Elle est l’autrice de plusieurs livres dont « La vie est belle à en crever » (2001, biographie de Jacques Lebreton, diacre permanent, sans yeux et sans mains).
Bien sûr, elle est spécialiste de Louise Nicolle, avec « Louise Nicolle, une sainte pour aujourd’hui » (149 p. 12€), et « Louise Nicolle, pionnière d’œuvres sociales » (2012, Éditions du Moulin, 352 p. 19€). Ils sont disponibles chez l’autrice ([email protected]) ou à la Librairie Vauban, 20 avenue Jean Mabuse, 59600 Maubeuge.
Une 18e fondation à créer pour les seniors ?
À sa volonté de relance de la béatification, s’ajoute celle d’une 18e fondation « destinée, dit-elle, aux plus isolés et donc aux plus démunis sur le plan moral, ceux que la maladie, l’âge ou le handicap immobilise en Ehpad, résidence seniors ou chez eux. J’aimerais faire de cette idée une fondation nationale, nous pourrions même couvrir toute la France… Trois personnes ont répondu à mon appel et huit personnes vont pouvoir être rejointes… »
Louise a personnifié l’amour des autres jusqu’à l’épuisement ! Son œuvre est éminemment utile et sainement démocratique ».
L’autrice précise : « Elle a tenté d’établir une société fondée sur le respect dû aux humbles et sur la mise en valeur des possibilités de chacun, toujours en vue de faire aimer, d’enseigner et de servir Jésus ».
Mais qui est vraiment Louise Nicolle ? La figure est à découvrir.
Femme et chrétienne à l’avance sur son temps
Native de Saint-Amand-les-Eaux, de milieu aisé qui voit grandir quatre enfants, Louise Nicolle consacre sa vie dans la cité à faire reculer les misères physiques, morales et sociales, précurseur des œuvres sociales modernes face à une laïcisation de l’école et de la société, empruntant une voie étroite et austère.
À 21 ans, la voilà animatrice d’un patronage de jeunes filles où elle pratique « la religion large, joyeuse, parfumée » chère à Catherine de Sienne.
Coup de génie : elle fait « patronner » des filles très difficiles, de milieux très défavorisés, par des filles de bonne famille. « Patronnesses » et « patronnées » sont à égalité pour la tenue du foyer, la couture, la broderie, la cuisine, le jardinage, la gestion du budget !
Au total, 17 fondations (dont 3 patronages), une œuvre considérable. Philibert Vrau (1829-1905), figure industrielle lilloise du catholicisme social, verra là « une maison d’éducation de la classe ouvrière, une œuvre de formation (sur) naturelle, virile et chrétienne ».
Une demande de béatification suspendue
Souhaitant entrer dans la vie religieuse -sa santé fragile l’en empêchera-, Louise crée les « Humbles Filles du Sacré-Cœur » agrégée à l’Ordre de saint Dominique qui la propose à la béatification -après qu’elle fut déclarée « servante de Dieu » par Rome- à la demande (1932) de Mgr Chollet, archevêque de Cambrai.
Le procès est relancé en 1946, les « restes » de Louise reconnus en 1948 et son cercueil descendu dans le caveau de la chapelle au 31 rue du 18 juin 1940, siège de l’œuvre. Deux objections seront émises pour la poursuite de la cause : le coût et le fait que Louise soit « insuffisamment connue » (sic).
L’APEI prolonge autrement la trace laissée par l’Amandinoise
En décembre 2020, le corps de Louise Nicolle est transféré dans le caveau familial du cimetière de la ville thermale. L’association « Les Papillons blancs » (APEI) se porte alors acquéreur du terrain de la rue du 18 juin 1940 avec la construction de la Section familiale de l’Amandinois et, depuis peu, celle d’une Maison d’accueil spécialisée (MAS) externalisée. La chapelle attenante est désacralisée.

Mgr Dollmann, archevêque, auteur de la préface du livre, voit en Louise « la fécondité d’une vie de charité » qui se poursuit « dans les situations de pauvreté actuelles » avec l’implantation de l’association qui protège l’enfance inadaptée.
Signe des temps ? Deux ans après le décès de Louise Nicolle, l’encyclique Rerum Novarum (1891) donnera le coup d’envoi de la doctrine sociale de l’Église.
De nombreux témoignages
Dans son ouvrage, Françoise Lemaire énonce les vertus théologales (la foi, l’espérance, la charité) et cardinales (la prudence, la justice, la force, la patience et la tempérance) dont témoignent écrits et témoins de l’époque ajoutés au témoignage contemporain d’Hervé et Antoine, arrières petits-neveux de Louise Nicolle.
Philippe Courcier
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