Home Faits Divers à Paris, les deux ambulanciers ont-ils dépouillé les grands-mères malades ?

à Paris, les deux ambulanciers ont-ils dépouillé les grands-mères malades ?

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Huguette*, 84 ans, ne va pas bien. En récidive de cancer, elle a été hospitalisée quelques jours en septembre 2024. Pour le retour, deux ambulanciers sont chargés de la ramener chez elle à Paris. Arrivés à son domicile, les deux hommes montent avec l’octogénaire. Chose surprenante, ils la suivent dans son appartement. L’un est avec Huguette dans la cuisine, et insiste pour qu’elle prenne son médicament. Le second est aussi à son domicile. Mais que fait-il ?

Une dizaine de minutes après, les deux hommes repartent. Le lendemain, un vent de panique souffle chez l’octogénaire. Des bijoux ont disparu. Des liasses de billets d’une valeur de 10 000 euros se sont aussi évaporées. Un doute assaille la victime. Les ambulanciers cachaient-ils des aigrefins sans scrupules ? Elle décide de se rendre au commissariat.

Au moins cinq femmes âgées volées

Ce triste tableau est l’un des cinq décrits par la présidente Delphine Jabeur ce jeudi 20 mars 2025 au tribunal correctionnel de Paris. Face à elle, Salim B.. L’homme de 43 ans a la silhouette athlétique et le visage nerveux. On lui reproche d’avoir, entre 2019 et 2025, d’avoir volé argent et bijoux à des femmes âgées malades lors d’interventions. À ses côtés, Abdelhakim B.. Cet homme de 40 ans est soupçonné d’avoir participé à quatre des méfaits. Un troisième prévenu est aussi jugé pour le cinquième fait, le plus ancien. La relaxe sera requise à son encontre.

Dans cette affaire, c’est la plainte d’Huguette qui a tout déclenché. Salim B. et Abdelhakim B. sont interpellés puis relâchés, mais les enquêteurs persistent. Ils mettent au jour d’autres plaintes de femmes âgées, dont les richesses ont disparu dans les mêmes circonstances. À chaque fois, les deux prévenus étaient présents. Montre volée au poignet, bague dérobée dans une boîte… L’une des victimes a même appelé l’un des ambulanciers après la perte d’un collier. « Pour qui me prenez-vous madame ? Je suis pas là pour voler des gens ! », lui répond une voix indignée.

Cette indignation est toujours présente ce jeudi dans le ton de Salim B., qui réfute sa participation au moindre méfait.

« Je travaille beaucoup ! J’ai fait quatre boîtes d’ambulances depuis 2016. J’ai jamais eu de problèmes ! », vocifère l’intéressé.

« Je ne comprends pas. Je vis un enfer depuis plusieurs mois. Je n’ai pas d’explication », s’étrangle de son côté Abdelhakim B.. 

Plus de 30 000 euros de bijoux vendus

Pourtant, des éléments troublants suscitent des interrogations de la part du tribunal. Les deux hommes font de multiples recherches sur les bijoux sur leur téléphone, allant de la montre Cartier aux œufs de Fabergé. Salim B. a même des contacts très étroits avec une bijoutière. Il lui vend de nombreux ornements pour un bénéfice total de 30 000 euros. L’acheteuse lui refuse parfois des articles, car elle a des doutes sur leur provenance. Au domicile du prévenu, on trouve des bijoux, mais pas ceux volés. Chez lui et son collègue, plus de 2 000 euros en liquide sont découverts.

« Je rachète des bijoux et je les revends. Tout ce que j’ai vendu à cette bijoutière, c’était fait en virement avec des papiers d’identité ! Si ça provenait de vols, je n’aurais pas fait ça ! », s’énerve l’accusé.

« Quelques jours après l’un des vols, on vous localise près des puces de Saint-Ouen. Ça ne serait pas pour revendre le bijou ? », demande la présidente.

« Mais je vais à Saint-Ouen si je veux », crie Salim B.. 

La présidente frappe la table pour le calmer.

Quant à son collègue, il évoque des recherches sur les bijoux pour trouver un cadeau à sa compagne après une dispute.

« Vous auriez dû demander conseil à votre ami. Il a l’air de s’y connaître », ne peut s’empêcher de railler la juge.

Le prévenu se dit victime de son patron

Malgré son casier chargé, avec une condamnation il y a 15 ans pour vol aggravé, Salim B. maintient s’être rangé. Il se positionne même en victime de son patron aux pratiques douteuses. La présidente évoque l’audition d’une ancienne collègue. Cette dernière dénonce l’attitude désagréable du prévenu et un vol commis chez une femme tétraplégique.

« J’ai jamais tourné avec une fille. C’est mon patron qui a dit de faire une déposition sur moi. C’est un manipulateur”, râle l’intéressé avec fièvre.

« Oui enfin monsieur, c’est pas votre patron qui a monté un complot avec cinq victimes pour vous faire virer », lui répond la présidente.

« Ah ça je sais pas… », se permet Salim B.. 

«Le prétexte de ces vols est abject et lâche »

Face aux vociférations et justifications, peu de contradictoire. Les victimes sont aux abonnées absentes. Certaines sont trop malades pour assister à l’audience. D’autres ont déjà quitté ce monde sans connaître le fin mot de l’histoire. Leurs avocats se font écho de leur honte et leur douleur.

« Le prétexte de ces vols est abject et lâche. Je ne suis pas très surprise que les prévenus contestent. Je n’en attendais pas beaucoup moins », lance l’avocate d’Huguette, désormais en phase terminale. Elle estime à 50 000 euros le préjudice matériel subi par sa cliente.

« La victime c’est ma grand-mère. J’ai donc subi les faits de près », affirme Me Julia Mas. Dans sa péroraison, l’avocate relate les conséquences psychologiques de ce larcin : « Maintenant, quand elle a un pépin de santé, elle ne veut plus appeler le médecin, car elle a peur qu’il fasse venir une ambulance ».

Cinq et trois ans de prison requis

Côté parquet, on dénonce des faits « d’une extrême gravité ». « On comprend que les victimes n’ont pas été choisies par hasard. Elles sont âgées de 76 à 91 ans et sont en situation de grande détresse », déclare le magistrat. Pour ce dernier, il pourrait y avoir davantage de victimes : « le problème dans ce type de faits, c’est que les victimes portent rarement plainte. Il est difficile pour elles de s’inscrire dans le temps long de la justice ».

Il demande cinq ans de prison pour Salim B.., dont une année avec sursis. Pour son collègue, trois ans de prison dont une année avec sursis. La relaxe est requise pour le troisième prévenu.

« On est dans l’hypothétique et l’imaginaire ! »

À la défense, on s’étrangle face à ces lourdes réquisitions. Les conseils des ambulanciers dénoncent une enquête « boiteuse ». « Ça me met dans une rage de voir que juste par la plainte, on se dit tout de suite que ce sont les ambulanciers ! On est dans l’hypothétique et dans l’imaginaire ! Il n’y a pas de bénéfices. Pas d’argent ! Pas de bijoux ! », tonne l’avocat d’Abdelhakim B.. «La procédure ne révèle rien de compromettant à l’égard de mon client ! », surenchérit le conseil de Salim B.. 

L’affaire a été mise en délibéré pour le 1ᵉʳ avril 2025.

*Le prénom a été modifié



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