Le jugement choc rendu ce lundi 31 mars contre Marine Le Pen et qui, à ce stade, l’empêche de concourir à la prochaine élection présidentielle de 2027, est salué par une majorité d’électeurs interrogés par l’AFP à Marseille.
« Personne n’est intouchable », expliquent, en substance, la plupart des habitants questionnés dans la deuxième ville de France, où le RN était pourtant arrivée en tête aux élections européennes de 2024.
« La justice a fait son travail »
« Confiance dans la justice », « retour de bâton », « personne n’est intouchable » : à Marseille, une majorité d’électeurs saluent la condamnation de Marine Le Pen, empêchée a priori de concourir pour la prochaine présidentielle, même si certaines voix critiquent une « décision politique ».
« La justice a fait son travail et il est normal que les élus puissent être condamnés, comme tout justiciable. Personne n’est au-dessus des lois, encore moins les politiques s’ils ont fait quelque chose de répréhensible », estime Marc Fonteneau, ingénieur habitant le cossu 7e arrondissement de la deuxième ville de France.
« Elle a détourné beaucoup d’argent »
Pour Nadine Garry, animateure sportif rencontrée sur le Vieux-Port, « les juges ont eu raison de la traiter au même niveau que tout le monde ». « C’est la preuve que la justice a fait son travail », se félicite-t-elle. Dans un sourire, elle avoue que cette décision « redonne un peu plus confiance dans la politique ».
Un avis partagé par Nathanaël Fichou, serveur d’une trentaine d’années dans le touristique centre-ville de la cité phocéenne, selon qui « personne n’est intouchable : elle a fauté, elle doit payer ».
« Elle a détourné beaucoup d’argent, elle n’est pas au-dessus des lois. Si elle a fait quelque chose de grave, elle ne peut pas se présenter. En tant que politique, elle doit montrer l’exemple ».
Un véritable « système » selon la justice
à l’issue de deux mois d’investigation et s’appuyant sur des preuves formelles à son encontre, le tribunal correctionnel de Paris a condamné lundi la cheffe de file du Rassemblement national (RN) pour détournement de fonds publics à quatre ans d’emprisonnement dont deux fermes, une amende de 100.000 euros et surtout cinq ans d’inéligibilité. Il a également considéré qu’il y avait bien eu un « système » entre 2004 et 2016 pour faire des « économies » au sein du parti d’extrême droite en payant avec l’argent du Parlement européen des assistants d’eurodéputés travaillant pour le parti. Vingt-trois autres personnes ont été condamnées, ainsi que le FN devenu RN.
« Une preuve que la justice fonctionne bien »
« C’est un juste retour de bâton : elle voulait que la justice soit intraitable avec les politiques s’ils fautaient, et maintenant elle se plaint que la justice est injuste », ironise Barbara B., travailleuse dans la restauration.
« Une preuve que la justice fonctionne bien », pour Ondine Regelsperger, étudiante. « C’est rassurant que la justice a rendu une décision en toute indépendance, sans céder à la pression de l’opinion publique ou médiatique », abonde Alban Richeboeuf, avocat.
« Les élus sont soumis aux lois, c’est ce qui nous distingue d’une dictature. C’est d’ailleurs dans ces moments-là qu’on voit l’importance d’un État de droit et la force d’une démocratie », estime pour sa part Olivier, Normalien de 22 ans.
La prise de parole de Marine Le Pen au journal de 20h de TF1 lundi soir, lors de laquelle elle a déploré une « décision politique » et « un jour funeste pour la démocratie », a inquiété Magali Lagier, pharmacienne retraitée.
On a toutes les preuves contre elle et elle les nie. Et sa façon d’appeler les gens qui votent pour elle à se révolter m’a fait peur : c’est du Trumpisme.
« Une volonté politique de vouloir l’abattre »
Certaines voix, plus rares, estiment « anormal » qu’une candidate sérieuse à la plus haute fonction de l’État puisse être disqualifiée par des juges.
« Ils sont tous coupables, c’est une volonté politique de vouloir l’abattre, l’éliminer avant les prochaines élections », affirme Maguy Grossmann, retraitée de 77 ans du 13e arrondissement, où le vote RN est majoritaire.
Pareil pour Hugo, 37 ans, pour qui « à partir du moment où on fait appel, la décision devrait attendre. Pour une élection, tout doit être fait pour respecter le choix des gens ».
Cette condamnation pourrait même s’avérer contre-productive, selon Nicole, retraitée de 70 ans, car elle « va inciter les gens à voter RN, car ils sont des martyrs ».
Le RN en tête aux européennes à Marseille
Nicole Prolhac, 78 ans, se dit, elle, « embêtée car Marine Le Pen représente des millions d’électeurs » qui « ne pourront pas voter pour elle ». Puis de se demander : « mais est-ce qu’on peut laisser à la tête du pays quelqu’un qui a fait des malversations ? ».
À Marseille, la liste du RN conduite par Jordan Bardella était arrivée en tête (30,14 %) aux élections européennes de 2024, devant la liste LFI (21,54 %). Lors des élections législatives de juin et juillet 2024, le RN et ses alliés ciottistes avaient décroché trois des sept sièges de députés dans la ville.
Avec AFP
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